Histoire & Patrimoine en Haut Berry Giennois

16 avril 2019

Tragédie patrimoniale à Notre-Dame. Sous les déblais la rage.

 

 

« Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée » Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.

 

Notre Drame (Libération

 Ce 15 avril 2019 restera dans nos mémoires. Il sera à tout jamais le jour qui vit se réaliser la prophétie hugolienne. Jamais dans toute sa longue histoire la plus célèbre des cathédrales de France n'avait connu pareil désastre. Sa charpente exceptionnelle, une des plus grandes et des plus anciennes de notre pays n'est plus qu'un souvenir. La majeure partie de ce travail avait été réalisée entre 1220 et 1240 mais une partie des 1300 chênes utilisés pour la construire était issue d'une charpente provisoire posée sur le choeur dès les années 1170, tandis que certaines pièces de remploi remontaient aux VIIIe et IXe siècles. Alors que dans l'émotion divers observateurs, souvent peu connaisseurs, parlent déjà de reconstruire, de réparer, il faut avoir à l'esprit que s'il est bien évident que la cathédrale sera restaurée, nous avons perdu pour toujours des trésors inestimables et irremplaçables. C'est une partie de l'âme de ce monument qui a rejoint les cieux sous nos yeux dans la fin de cette triste journée du 15 avril.

 

Alerté dès les premières minutes, j'ai aussitôt pris les images tournées en direct sur place par des vidéastes professionnels et amateurs. Alors qu'à 18h50 n'était annoncé qu'un départ d'incendie à Notre-Dame, les premières vues du sinistre montraient déjà toute son horreur et toute son ampleur. Il était évident à l'historien de l'art que je suis que le comble, la Forêt, était irrémédiablement perdu. Impossible pour les pompiers d'intervenir assez vite, ni même d'intervenir tout court vu la hauteur, l'immensité et l'intensité du foyer. La violence de l'incendie était perceptible au premier regard dans la vitesse ascentionnelle inouïe des fumées et dans le rougeoiement très particulier des flammes. Alors que la plus grande partie de la charpente était encore debout il était clair que nous assistions en direct et impuissants à sa fin.

 Cette catastrophe nous saisit d'autant plus qu'elle nous prend par surprise et qu'elle est absurde. Notre-Dame avait tout connu : guerre de Cent Ans, Révolution de 1789, de 1830, de 1848, Cummune de Paris en 1871 durant laquelle on avait tenté de l'incendier comme le furent l'Hôtel de Ville voisin et le palais des Tuileries. Enfin l'occupation et la Libération de Paris durant la seconde Guerre Mondiale. Et de tout cela elle était sortie indemne. C'est de tout évidence un accident stupide, vraisemblablement lié (il faut rester prudent à l'heure où nous parlons car l'enquête ne fait que commencer) à un chantier de restauration en cours sur la flèche de Viollet-le-Duc qui en a été à l'origine; comme c'est malheureusement si souvent le cas... Comment ne pas penser à l'incendie de la cathédrale de Nantes, le 28 janvier 1972 causé par un chalumeau qu'un ouvrier avait oublié d'éteindre, à l'incendie de la basilique Saint-Donatien dans la même ville de Nantes le 15 juin 2015 déclenché par un accident lors d'une soudure.

 

 

C'est l'incendie de la charpente du logis royal du château d'Angers le 10 janvier 2009 pour les mêmes raisons. Les amoureux du patrimoine maritime penseront bien sûr également l'incendie du paquebot "NORMANDIE" dans le port de New York le 9 février 1942, causé une fois encore par l'imprudence d'un soudeur et l'absence de toute précaution élémentaire, qui entraîna la perte du plus beau navire de l'histoire.

 

 


 Dans la région de Gien, cet incendie ne peut pas ne pas nous rappeler celui qui détruisit le comble et l'étage du Petit Château d'Autry-le-Châtel en 2003. Là encore le feu naquit d'une soudure mal maîtrisée lors de travaux de restauration au niveau du comble du XVe siècle qui fut entièrement détruit par les flammes après le départ des ouvriers, comme hier le comble de Notre-Dame. En qualité de spécialiste, ce n'est jamais sans appréhension que je vois des travaux avoir lieu dans ou autour du comble d'un édifice ancien car tous les historiens de l'art savent le risque inhérent à de telles opérations.

 

Autry-le-Châtel, le Petit Château (photo de l'auteur)

 

Des Monuments Historiques négligés, abandonnés par l'Etat

 

Devant les images en direct de Notre-Dame en flammes, ce n'est pas seulement l'incrédulité, la tristesse, la douleur, l'angoisse qui m'étreignent ce 15 avril. A ces sentiments s'ajoute, chez moi comme chez mes collègues historiens et historiens de l'art, la colère. Une colère froide. Parce que ce drame était évitable. Parce qu'il était écrit. Ecrit au sens propre par Victor Hugo qui avait imaginé, mis en scène un tel incendie sous sa plume afin d'attirer l'attention de ses contemporains sur l'état du monument au XIXe siècle et le risque de destruction qu'il courait. Ecrit surtout par les gouvernements successifs de notre pays, particulièrement ces dernières années (mais globalement depuis la fin de l'ère François Mitterrand) pour lesquels la culture, bien qu'ils s'en défendent à chaque fois, a été inlassablement une variable d'ajustement privilégiée. Ces dernières années, tous ont prétendu "sanctuariser" voire "augmenter" son budget quand en réalité ce budget était en baisse continuelle, ces soi-disant augmentations ne rattrapant même pas l'inflation annuelle, encore moins l'inflation cumulée des années précédente où les budgets étaient reconduits au centime près. Un budget du ministère de la Culture qui s'élève à 10 milliards d'euros. Somme qui paraît énorme mais qui est en réalité bien dérisoire au vu du nombre effarrant de domaines de compétences (ou d'incompétences, c'est selon le point de vue) de ce ministère pour qui le patrimoine est depuis longtemps le parent pauvre à qui l'on fait l'aumone a minima et auquel on n'affecte de s'intéresser que lorsqu'une caméra tourne. Preuve en est la place qu'occupent les Monuments Historiques et leur entretien dans ces 10 milliards d'euros annuels : 3%. Oui, vous avez bien lu : 3% ! Soit 300 millions d'euros pour entretenir l'ensemble des 45.000 Monuments Historiques et 260.000 objets classés. Le calcul est vite fait dont il résulte l'indigence inouïe des sommes allouées à l'entretien de notre patrimoine national, régulièrement obligé de faire la manche pour survivre à coups de souscriptions populaires (on nous en parle déjà pour Notre-Dame, et les travaux qui étaient en cours étaient déjà l'objet d'une souscription), de mécénat privé etc, alors que les cathédrales, propriétés de l'Etat depuis 1905 (sauf rares exceptions, les églises construites avant 1905 sont quant à elles propriété des communes), devraient être entretenues par l'Etat sur les fonds levés via l'impôt, car cela relève de ses missions régaliennes. La création récente du loto du Patrimoine, si elle découle d'une intention parfaitement louable de la part de ses inventeurs parmi lesquels l'animateur Stéphane Bern,  dénonce par le seul fait de son existence la situation de précarité extrême dans laquelle le patrimoine de ce pays est plongé depuis des années.

"L'état du patrimoine n'est pas du tout à la hauteur du niveau d'un grand pays. On a rogné sur les budgets, cherché des pis-aller, jusqu'au dernier, le loto du patrimoine. Tout ça est bien sympathique mais le patrimoine, c'est une charge régalienne, c'est l'image de la France, c'est notre histoire ! A force de faire des petits bouts de trucs à droite et à gauche, on finit par le mettre en danger."Alexandre Gady (16/04/2019 pour France Info), historien de l'art, directeur du Centre André Chastel, professeur à l'Université Paris-Sorbonne, président de la Société pour la Protection des Paysages et de l'Esthétique de la France, membre de la Commission Nationale de l'Architecture et du Patrimoine (ex-Commission Nationale des Monuments Historiques).

 

En finir à tout prix avec les visions économiques de court terme

 

En tout domaine et depuis des années, les visions politiques dans notre pays sont exclusivement des visions de court terme incompatibles avec une politique d'investissement qui devrait être celle de tout bon gouvernant. Or notre patrimoine est un investissement. Un investissement sur notre avenir. Non seulement culturel mais également économique. Et le monument dont nous pleurons la ruine aujourd'hui est emblématique : Notre-Dame est le monument gratuit le plus visité au monde (au monde !) avec 12 à 14 millions de touristes et de pèlerins accueillis chaque année. Ce sont ces monuments, ce sont nos paysages, c'est tout notre cadre de vie qu'ils participent de créer qui fait l'attractivité de notre pays et en fait l'une des destinations touristiques les plus prisées au monde. Investir dans l'entretien de notre patrimoine sous toutes ses formes c'est donc investir non pas dans notre passé, comme le croient nombre de petites cervelles, mais bien dans notre avenir et celui des générations suivantes.

Car nous ne sommes pas propriétaires mais seulement dépositaires de ces monuments et de ces oeuvres d'art que d'autres ont créés avant de nous les transmettre, à charge pour nous de les conserver et de les transmettre à notre tour. Pour cela on ne peut se contenter de quelques euros distribués chichement tous les ans (à condition d'avoir d'abord bien rempli le formulaire rose, qui vous donnera accès au formulaire vert, qui vous permettra d'obtenir le formulaire bleu, qui lui-même vous permettra de vous faire délivrer le formulaire mauve nécessaire à l'obtention du laissez-passer A38 comme stipulé dans la circulaire B64. Cf. Astérix et les Douze Travaux.) Et ce d'autant moins qu'un édifice mal ou insuffisamment entretenu se dégrade; et plus il se dégrade, plus sa remise en état coûte cher, remise en état qu'un entretien régulier à peu de frais permet d'éviter. 

Car les travaux de grande ampleur qui étaient en cours à Notre-Dame et qui devaient durer au moins jusqu'en 2022, estimés à 168 millions d'euros (il s'agissait "juste" de conforter la flèche de Viollet-le-Duc à ce prix-là) auraient pu être évités si l'édifice avait été correctement entretenu dans les dernières décennies. Mais ça n'a pas été le cas. La flèche par exemple n'avait plus été touchée depuis 1930. Et même devant l'urgence à intervenir sur cette flèche les autorités responsables ont traîné les pieds, repoussant continuellement le moment de l'intervention. Une intervention qui n'aurait pas été nécessaire si l'entretien avait été fait convenablement. Entretien qui aurait non seulement permis d'économiser de l'argent public (car il est toujours considérablement moins coûteux de procéder à un entretien régulier plutôt que de laisser les choses se dégrader jusqu'au point de non retour) mais qui aurait évité par contre-coup la nécessité de ce chantier  lourd durant lequel un probable accident a détruit un patrimoine irremplaçable, et failli rayer de la carte purement et simplement l'un des monuments les plus célèbres de la planète.

 

Monuments négligés, vies humaines en danger

 

Par ailleurs, ce défaut d'entretien de nos Monuments Historiques ne met pas uniquement en danger les monuments eux-mêmes, ce qui n'est déjà pas tolérable, mais au-delà de cela il met en grand danger des êtres humains : les personnes qui fréquentent ces monuments (visiteurs ou travailleurs) et plus encore les forces d'intervention qui se portent à son secours quand, comme à Notre-Dame, la situation tourne au drame. C'est inacceptable ! Nous ne devons qu'à la chance le bilan humain de la catastrophe de ce 15 avril ! Chance épaulée par l'expérience et le professionnalisme des forces d'intervention. Nous ne pouvons pas tolérer une seconde que nos forces de police comme nos pompiers doivent exposer leurs vies pour lutter contre des sinistres parfaitement évitables ! 

Je profite de ces lignes pour saluer le courage, la compétence, la détermination sans faille des services de secours des pompiers de Paris dont l'action combinée a permis de sauver d'une destruction complète ce joyau qu'est Notre-Dame. J'associe à cet hommage toutes les personnes, souvent des professionnels de la culture (conservateurs, architectes du patrimoine) mais pas seulement, accourus dès les premières minutes du sinistre et qui ont pu les épauler dans le sauvetage des oeuvres d'art contenues par l'édifice en formant une véritable chaîne humaine alors que la charpente brûlait au-dessus de leurs têtes et que ses voûtes s'effondraient ou menaçaient de s'effondrer.

 

L'alibi fallacieux de la caisse vide

 

On m'objectera probablement que l'Etat n'a pas d'argent. Je pourrais répondre en plusieurs pages argumentées mais soyons synthétique. Notre pays n'a jamais généré autant de richesses qu'aujourd'hui, et l'Etat manque d'argent ? Il est certain qu'à force de se défaire à vil prix de nos autoroutes (construites et financées par l'Etat, rapportant plusieurs milliards d'euros par an avant leur privatisation par le gouvernement Villepin), de nos télécoms (gouvernement Jospin; ne vous inquiétez pas, il y en a pour tous les bords à ce petit jeu depuis 20 ans), d'EDF-GDF, de notre poste, bientôt de nos barrages et de nos aéroports, à supprimer les impôts des citoyens les plus riches, à ne pas lutter efficacement contre la fraude fiscale, etc etc... et encore je ne dis rien des opérations délirantes comme l'EPR de Flamanville; alors oui, oui il ne restera bientôt plus grand chose dans les caisses. (Au fait, je vous pose la question juste comme ça : il viendrait à l'esprit de quel rentier, et plus généralement de quel bon gestionnaire, de se séparer délibérément de ses sources de revenus de la sorte ?) Mais il faut croire  que de l'argent il en reste tout de même un peu puisque, comme le rappelait fort justement Didier Rykner (La Tribune de l'Art) ce 16 avril 2019 au micro de France Info : "on va dépenser des milliards d'euros pour les Jeux Olympiques en 2024 qui vont nous ruiner et avant cet incendie, on n’avait pas l’argent pour entretenir la cathédrale ? Je ne cache pas une certaine colère, qui est aussi celle de beaucoup d'historiens d'art et beaucoup de conservateurs."

Par ailleurs, comme nous l'évoquions plus haut, si l'Etat n'a pas d'argent, il a d'autant moins intérêt à laisser pourrir son patrimoine sous peine de devoir payer bien plus cher lorsqu'il faut réparer des décennies d'incurie. Mais évidemment, engager des investissements raisonnés, bloquer des budgets annuels, même modestes pour l'entretien régulier du patrimoine n'entre pas dans les calculs de gouvernants qui ne font que passer aux affaires quelques années voire quelques mois. Après quoi, leur mandat  terminé, ils bénéficieront de la plus parfaite impunité face aux conséquences désastreuses des politiques qu'ils auront menées en parfaite connaissance de cause la plupart du temps. Et après cela ce sont les gens comme moi que l'on qualifie de rêveurs voire d'irresponsables. Cela ferait sourire en d'autres circonstances.

Alors oui, Notre-Dame renaîtra de ses cendres, qui imaginerait le contraire ? Encore faudra-t-il être vigilant à ce qu'on ne déshabille pas davantage Pierre pour habiller Paul... Mais ces cendres sont encore fumantes que ceux-là mêmes dont l'oeuvre de sape laborieuse, méthodique, nous a conduit au désastre s'emparent à nouveau du corps désarticulé pour en faire le jouet de leurs ambitions. Un objectif de reconstruction à cinq ans selon Emmanuel Macron. Eté 2024 donc. Ca ne vous rappelle rien cette échéance ? Amusant... ou pas.

 

Dans un prochain billet nous nous intéresserons à Maurice de Sully (1120-1196). De qui s'agit-il ? Tout simplement du créateur de Notre-Dame de Paris, natif de Sully-sur-Loire, à quelques kilomètres à peine des limites de notre Haut-Berry Giennois. 

 

Pour aller plus loin :

 

Incendie de Notre-Dame : " C'est à l'État de prendre en charge la reconstruction "

Jean-Michel Leniaud : Il est encore prématuré d'évaluer l'étendue des dégâts, mais il s'agit d'une atteinte grave, d'une mutilation effrayante de l'histoire de notre pays. Même si le monument a été remanié au fil des siècles, Notre-Dame c'est un tout, qui remonte à l'époque mérovingienne. C'est un lieu qui a été constamment habité depuis lors.

https://www.la-croix.com

 

"Notre-Dame, c'est l'incendie de trop" : pourquoi les historiens de l'art et spécialistes du patrimoine sont en colère

Les architectes et les historiens de l'art dénoncent un manque cruel d'entretien dans les bâtiments du patrimoine français. Après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril,qui a presque entièrement détruit la toiture de l'édifice, les architectes et les historiens de l'art font part de leur colère froide face au manque d'entretien de ces bâtiments.

https://www.francetvinfo.fr

 

Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes : quel avenir pour la cathédrale ?

Après le dramatique incendie qui a ravagé hier la cathédrale, "les Matins" font le point sur ce que l'on sait des causes de ce drame, sur l'estimation des dégâts et la reconstruction à venir. Mais aussi sur la symbolique de Notre-Dame de Paris et l'inquiétude pour l'orgue unique au monde[...]

https://www.franceculture.fr

 


24 août 2018

Le Temple de Châtillon-sur-Loire

Alors que cette nuit du 23 au 24 août 2018 marque le 446e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélémy, elle est pour nous l'occasion de revenir sur une page sombre de l'histoire de notre pays, qui n'épargna pas, loin s'en faut, notre Haut Berry Giennois.

La querelle entre protestants et catholiques a profondément marqué le val de Loire. Nous avions évoqué il y a déjà quelque temps, à l'occasion d'un précédent billet, le terrible siège de Sancerre (1572-1573), et nous aurons l'occasion dans d'autres articles de revenir sur cette thématique spécifique. Bien que le XVIe siècle, contrairement à des périodes antérieures, nous ait laissé une assez grande quantité de sources documentaires, celles-ci restent grandement lacunaires et leurs contenus, même lorsque ces sources sont de première main, souvent sujets à caution. Néanmoins, le recoupement des témoignages, entre rédacteurs catholiques et chroniqueurs protestants, l'archéologie, l'étude des fonds d'archives, l'observation des monuments anciens, permettent, petit à petit, de saisir les principales péripéties de cette seconde moitié du XVIe siècle dans le Haut Berry Giennois.

 

Jean Calvin, attribué à Hans Holbein

Calvin ayant étudié à Orléans, le val devint de facto une terre d'élection pour les thèses de l'Eglise Réformée, et notre région fut dès lors l'une des plus durement meurtries par les guerres civiles qui déchirèrent le pays à compter de 1562. Le Haut Berry Giennois, situé entre Gien et La Charité et relevant essentiellement du comté de Sancerre, a évidemment fait partie des territoires les plus concernés par les développements de cette douloureuse page d'histoire. Gien et Châtillon-sur-Loire devinrent très tôt des foyers importants pour la nouvelle religion. Les villes, leurs étudiants, leur bourgeoisie commerçante, fournissaient un terreau favorable aux échanges d'idées, aux réflexions, par un niveau d'instruction supérieur à celui observé dans les campagnes. 

 

L'abbé Vallet, auteur, à la fin du XVIIIe siècle, d'une histoire de Gien demeurée inédite, rapportait, à la suite de Lebeuf, en 1545, le cas d'un prêtre giennois, Etienne Bertin qui, séduit par les thèses de Luther et de Calvin, "n'avoit pas eu honte de rompre ses engagements les plus solennels qu'il avoit contracté avec Jésus-Christ, pour prostituer à une malheureuse créature un corps dont il ne pouvoit disposer que pour servir Dieu et son Eglise. Ce ministre sacrilège fut rigoureusement puni de son crime; il fut étranglé, puis brûlé à Auxerre le lundy 28 septembre 1551, après avoir été dégradé le 23 devant le grand portail de la cathédrale, par l'évêque de Bethléem."

Théodore de Bèze (1519-1605) ca. 1570 ?, attribué à Frans Pourbus (l'Ancien), huile sur panneau, 64x49 cm. Collection particulière.

Vallet se fourvoie néanmoins lorsqu'il laisse entendre que les Réformés giennois disposaient d'un "temple calviniste" dès 1535. Il était alors bien trop tôt, Calvin ne s'étant déclaré en faveur des thèses défendues par Martin Luther qu'à l'automne 1533. De même, malgré la relative proximité d'Orléans, la preuve est loin d'être établie de la venue à Gien ou dans ses environs proches, ni de Jean Calvin, ni de Théodore de Bèze, et moins encore de Martin Luther, contrairement à ce qu'affirmait Pierre Pinsseau à la suite de Vallet.

Si Calvin put se rendre en visite à Gien lorsqu'il étudiait le droit à Orléans et le grec ancien à Bourges, entre 1525 et 1532/34, ce ne fut assurément pas pour y prêcher. Il en va de même pour Théodore de Bèze; et l'arrêt à Gien pour un prêche d'un Luther en route pour Paris tel que le rapporte Vallet manque cruellement de crédibilité. Cependant, les étudiants giennois qui côtoyaient ou avaient côtoyé Calvin et/ou Théodore de Bèze à Orléans ou à Bourges se chargèrent de tout évidence de diffuser leur message; et, dès le début des années 1530, il est évident que Gien et ses alentours commencèrent à bruisser des thèses protestantes.

S'il est permis de croire l'abbé Vallet sur ce point, une trentaine d'années plus tard, les Réformés giennois auraient disposé non pas d'un mais de deux temples à la suite de l'édit d'Amboise (8 mars 1560), et de l'édit de Janvier (édit de Saint-Germain, 17 janvier 1562). Le premier dans le faubourg du Berry, sur la rive gauche de la Loire, le second dans le faubourg de la Genabie.

Odet de Coligny (1517-1571), attribué à François Clouet, huile sur toile, 94x73 cm, musée Condé, Chantilly.

Quoi qu'il en soit, la communauté protestante crût semble-t-il très vite à Châtillon, si bien qu'en 1557 les partisans de la Réforme se sentirent assez sûrs d'eux pour prendre d'assaut l'église paroissiale. Ils la saccagèrent de fond en comble; détruisant la crypte Saint-Posen, les nefs du sanctuaire, dispersant les reliques aux quatre vents. Seul le clocher fut épargné. François Ier ayant ordonné la destruction des murailles de la ville en 1528, les Réformés jugèrent que cette tour pourrait se montrer utile le cas échéant pour la défense de la petite cité.

Cependant le culte protestant ne s'imposa pas immédiatement pour autant. Les tenants de la Réforme demeuraient minoritaires. Paradoxalement ils se sentaient néanmoins en position de force. D'ailleurs, leur propre seigneur, Odet de Coligny, frère de l'amiral, et abbé de Fleury, allait, comble de l'ironie, finir par épouser leur parti. Ce n'est qu'à force de prêches, en 1560, que le protestantisme s'imposa finalement à Châtillon, faisant d'elle l'une des toutes premières villes protestantes, aux côtés de Sancerre. Le curé fut chassé et le culte devint public.

Exemple de temple au XVIe siècle. Temple de Paradis, Lyon 1564-1567, Jean Perresin ?

Le premier temple fut établi dans une simple maison de la ville haute de Châtillon. Ce n'est qu'une fois le calme revenu, après les meurtriers affrontements du dernier tiers du siècle, qu'un véritable édifice de culte fut élevé à compter de 1596, sur une parcelle de la rue de Chambon qui prit dès lors le nom de rue du Temple*.

Maximilien de Béthune, surintendant des finances, grand maître de l'artillerie, baron de Rosny, duc de Sully, pair de France.

 La population ne pouvant pourvoir seule à son érection, elle fit appel au surintendant des finances, Monsieur de Rosny, Maximilien de Béthune, futur duc de Sully, protecteur des Réformés du Berry. Sensible à leur requête, ce dernier ne se contenta pas d'accéder à leur demande; quatre ans plus tard il fit également don au temple de Châtillon d'une cloche "qui fut posée sur la maîtresse porte, dans un petit clocheton, à la forme et manière de nos capucins."

Ce premier temple de Châtillon, qui était également l'un des trois premiers temples élevés en France, n'a malheureusement pas survécu. S'apprêtant à révoquer l'édit de Nantes (1685), Louis XIV en ordonne la destruction en 1684 et interdit "pour jamais" l'exercice du culte protestant à Châtillon.

 

*Nous tirons ces derniers éléments des résultats de recherches publiés par l'association Castellio, dont nous tenons à souligner ici la valeur des travaux menés depuis sa fondation.

08 juin 2017

18 juin 2017 : 6e Rallye-Patrimoine du Giennois

 

JPPM-bandeau2017

J-10

Nous y sommes ! Dans 10 jours auront lieu les 20e Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins. ... et avec elles, le 6e Rallye-Patrimoine du Giennois !

Cette année encore, avec le soutien de la ville de Gien qui met à notre disposition sa flotte de mini-bus, nous partirons à la découverte du patrimoine local. Un patrimoine largement méconnu. Pourtant une partie de ce patrimoine est public. Ce sont notamment les églises, les hôtels de ville, les croix, les ports ; que sais-je encore... 

Refusez les sentiers battus !

C'est parce que notre pays est riche du nord au sud et d'est en ouest d'un patrimoine extrêmement divers; et parce que, sauf quelques grands sites, comme par exemple le château de Sully-sur-Loire ou l'abbaye de Saint-Benoît dans le Loiret, ce patrimoine n'est pas valorisé, n'est pas mis à la portée des publics, faute d'une politique visant à mettre en place une médiation indispensable à sa mise en lumière; c'est pour cela que, d'un commun accord avec Michel Tissier, alors président de la Société Historique et Archéologique du Giennois, je créais, en 2010, sous l'égide de cette dernière, les Rallyes-Patrimoine du Giennois. 

Rallye 2016, éolienne Bollée de Saint-Martin-sur-Ocre

Dépaysement garanti

Parce que c'est d'abord nous qui vivons près de ce patrimoine qui paradoxalement le connaissons bien mal (et je m'inclus dans ce "nous"), que j'ai souhaité proposer ce circuit annuel avant-tout aux habitants du Giennois désireux d'en savoir plus sur leur région; sur ces monuments, sur ces paysages, sur ce décor qui fait leur quotidien mais qu'ils regardent sans le voir vraiment. Parce qu'il n'est pas nécessairement besoin de prendre un avion, un paquebot, ne serait-ce qu'un train pour se sentir dépaysé, transporté. Il suffit quelquefois d'ouvrir les yeux, et de se laisser porter, pour s'émerveiller d'une rencontre avec un patrimoine inconnu, insoupçonné et pourtant bien là, à quelques kilomètres, voire parfois à seulement quelques mètres de chez soi !

Rallye 2016, la grange pyramidale de Châtillon-sur-Loire

Les Rallyes-Patrimoine : kesako ? 

Chaque année désormais, lors du 3e Week End du mois de juin, dans le cadre des Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins, nous partons donc à la découverte de ce patrimoine local. L'idée est simple mais exigeante : Une journée culturelle de qualité pour tous, au prix le plus bas possible (10€); le tout dans un esprit de convivialité, de partage et d'échange, pour une empreinte carbone limitée et dans une démarche sensibles au développement durable, à la préservation des espaces naturels, des savoir-faire traditionnels et à l'agriculture biologique ou raisonnée. 

Edition 2017

Cette année, les Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins qui accueillent notre 6e Rallye-Patrimoine dans leur programmation nationale, fêtent leur 20e édition. Après une année 2016 marquée par la thématique des "métiers et savoir-faire", l'édition 2017 est tout simplement placée sous le signe de la fête du patrimoine rural. Nous irons donc cette année, le nez au vent, sans fil rouge mais toujours remplis de curiosité, à la découverte d'un patrimoine aux formes très diverses. Immanquablement, certaines des thématiques des années passées nous accompagneront : oui, le Moyen Âge sera encore présent; oui, il y aura des couleurs et des lumières; oui, il y aura des métiers et des savoir-faire; et oui, il y aura des dates et des personnages.

Mais s'il est une thématique qui n'a jamais véritablement cessé de nous accompagner depuis qu'elle fut donnée en 2011, c'est bien "patrimoine caché". Et cette édition 2017 des Rallyes-Patrimoine ne fera pas exception à la règle. Au gré de notre périple du jour, nous ferons avec ce patrimoine local des rencontres privilégiées. Ruines tapies dans la végétation, patrimoine vernaculaire, églises rarement ouvertes, monuments privés non visitables mais ouverts exceptionnellement pour nous... 

Bref, une édition encore riche en contenus comme en surprises.

Rallye 2016, visite aux fis d'Galarne

Infos pratiques 

Date : Dimanche 18 juin

Point de rendez-vous : place du château de Gien (devant le portail de l'église)

Accueil des participants : de 8h30 à 9h00

Départ : 9h00

Depuis les débuts de la manifestation ou presque, le programme est secret. Néanmoins voici en quelques mots les grandes lignes de cette édition 2017 :

Déroulé de la journée :

9h30 : visite d'un village ligérien du Giennois et de certains de ses principaux monuments

Midi : pique-nique au bord d'un plan d'eau (ou à l'abri si le temps n'est pas avec nous)

L'après-midi nous nous promènerons, à la découverte de plusieurs édifices remarquables, notamment un petit bijou d'architecture religieuse, à la rencontre entre gothique final et première Renaissance française. 

Retour prévu à Gien avant 20h00.

Préconisations : se munir d'un pique-nique, de vêtements peu salissants, de chaussures confortables et adaptées à une journée d'excursion, ainsi qu'à la météo du moment, éventuellement d'une paire de jumelles.

Le nombre de places à bord des mini-bus étant limité, la réservation est vivement conseillée auprès du guide par mail : antoine.estienne@orange.fr ou par téléphone au 06.85.26.07.48. (Laissez un message en cas d'absence ou bien envoyez-moi un simple SMS en indiquant vos noms et le nombre de places que vous désirez réserver.) Les demandes de renseignements pourront du reste se faire par les mêmes canaux.

Nota bene : au cas où les minibus afficheraient complet, nous nous efforcerions d'organiser en plus un covoiturage capable de pallier la pénurie. Nous ne refuserons personne (sauf déferlante de visiteurs par centaines de milliers, ce dont nous ne doutons pas, cela va de soi...)

Venez comme vous êtes; en famille, entre amis, en espérant vous trouver en nombre pour cette 6e édition !

Programme 2017, petit aperçu en exclusivité. (Photo A. Estienne)

23 octobre 2016

Communication

Le 3 novembre prochain, votre serviteur interviendra à la Société Historique et Archéologique du Giennois, à l'occasion des conférences bimestrielles proposées par l'association. Ces conférences, gratuites et ouvertes à toutes et à tous, ont lieu au Centre Marcel Champault, siège de la Société, rue de l'Ancien Hôtel-Dieu.

 

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La communication que j'ai souhaité proposer à l'occasion de cette séance du mois de novembre portera sur un monument du Haut Berry, bien proche de notre Haut Berry Giennois; en l'occurrence la collégiale Saint-Martin de Léré. Cet édifice, dont les parties les plus anciennes remontent au XIe siècle, a fait l'objet d'un très petit nombre d'études depuis le XIXe siècle. Il présente pourtant une histoire singulière et des dispositions aussi étonnantes qu'énigmatiques.

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Pour la première fois, la SHAG retransmettra cette conférence en direct sur sa page facebook, à l'adresse www.facebook.com/SocieteHistoriqueetArcheologiqueduGiennois. Ainsi, si vous n'êtes pas à Gien le 3 novembre, ou si vous n'avez pas la possibilité de vous rendre rue de l'Ancien Hôtel-Dieu dans les locaux de la Société, vous pourrez suivre la conférence depuis votre ordinateur ou votre smartphone, comme si vous y étiez. Vous pourrez même interagir avec la salle et avec votre serviteur en laissant vos questions sous forme de commentaires sous la fenêtre vidéo du direct. Sous réserve, bien sûr, que la technologie ne nous trahisse pas !

A très bientôt !

 

Le guide-conf'.

13 octobre 2016

3e Rencontres Européennes Médiévales de Lorris

Une fois n'est pas coutume, regardons un peu au-delà du Haut Berry Giennois. Car à compter de demain, vendredi 14 octobre 2016, se tiendront à Lorris les 3e Rencontres Européennes Médiévales. 

Historivegauche_Lorris_3e_Rencontre_Européennes_Médiévales_de_Lorris_2016

Au coeur de cette manifestation, un colloque d'histoire d'une très très belle qualité, consacré cette année à l'Ecole au Moyen Âge. De 9h00 à 18h00, vendredi, et de 9h00 à 12h00 samedi, se succèderont un total de treize communications plus alléchantes les unes que les autres. Le programme complet est disponible ici.

 Mais ce n'est pas tout ! En plus de ce très intéressant colloque, les organisateurs et la ville de Lorris vous proposent tout un important programme de manifestations avec :

 

Vendredi 14 octobre 

 

  • Colloque, salle du Martroi, 9H15-18H00
  • Campement médiéval et location de costumes (cour de la mairie, musée départemental de la Résistance)
  • Visites guidées de l'église et des orgues (les plus anciennes de France en activité), 15H00
  • Concert gratuit en l'église Notre-Dame de Lorris à 21H00, sur les orgues historiques de Lorris, plus vieilles orgues de France en activité (1501).

Ombres et lumières de l'époque gothique ou Musique au temps des papes en Avignon, XIVe siècle, en France et en Italie.

Avec : Hélène de Carpignies, voix et harpe ; Magali Imbert, voix flûtes et percussions ; Catherine Jousselin, voix et vielle ; Joseph Rassam, orgue.

 

Samedi 15 octobre 

 

  • Colloque salle du Martroi, 9H15-12H15
  • Marché médiéval
  • Campement médiéval et location de costume (cour de la mairie, musée départemental de la Résistance)
  • Visites de l'église et des orgues (plus vieilles orgues de France en activité) de 10H30 à 17H30
  • Animations de rue 
  • Jeux médiévaux de plein air pour les enfants
  • Remise des prix du concours de dessins de l'Office de Tourisme et vin d'honneur (14H00)
  • Représentations théâtrales sous la halle, par l'Atelier à Coulisses : "La farce du cuvier" et "Le roman de renart" de 15H30 à 18H00
  • Dîner médiéval sous la halle à 21H00 (Réservations Office de tourisme : 02.38.94.81.42.)

 

Ayant eu l'occasion de suivre la majeure partie des communications de la 2e édition des Rencontres Européennes Médiévales en 2014, c'est peu dire que je vous invite chaleureusement à vous rendre à cette 3e édition qui s'annonce absolument passionnante, avec des intervenants de grande qualité; et à profiter des très nombreuses animations et activités proposées au long de ces deux jours. On ne peut par ailleurs que féliciter la ville de Lorris pour le soutien qu'elle apporte à une manifestation culturelle telle que celle-ci. La région Centre-Val de Loire est également partenaire.

Je regrette de ne pas pouvoir être présent pour profiter moi-même de cette manifestation d'une qualité rare, je dirais même unique dans la région. Outre les conférences et communications proposées dans le cadre du colloque, je vous invite, parmi toutes les manifestations qui l'entourent, à vous rendre au concert du vendredi 14 octobre qui, au vu du programme, s'annonce remarquable. Vous aurez en tout cas l'occasion rare de profiter des sonorités uniques des orgues de Lorris, un monument à elles seules puisque, datant de 1506, elles sont aujourd'hui les doyennes des orgues de France encore jouées. 

Je vous rappelle que toutes les informations sont disponibles ici, et que vous pouvez retrouver également l'actualité des Rencontres Européennes Médiévales de Lorris via le réseau social facebook.

Excellent week-end à toutes et à tous !

A très bientôt.

Le guide-conf'.


03 octobre 2016

Un an plus tard, ces objets que vous ne verrez plus

Un triste anniversaire

Il y a un an, jour pour jour, étaient dispersées les collections du château de Saint-Brisson-sur-Loire. Alors que le monument a rouvert ses portes au public au mois de juin, désormais propriété de M. Lancelot Guyot (SCI Tous au château); pour tous les amoureux du patrimoine, plus encore pour les membres de l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson (ACSB), le traumatisme est intact. Rien ne nous avait préparé à cela. Rien car nous partions tous du principe que ce monument, propriété de la commune, à laquelle sa dernière propriétaire l'avait légué en 1987, était un sanctuaire; et que ses collections, comme toutes les collections muséales de France, étaient et demeureraient inaliénables. Mais c'était sans compter sur la méchanceté, la bêtise crasse, insondable, l'acharnement destructeur et la rapacité de certains décideurs.

Le château de Saint-Brisson, vu depuis le coteau de la rive droite (photo : A. Estienne).

Comme je l'évoquais dans un précédent billet, faisant immédiatement suite à cette vente de la honte, avec l'ACSB et quelques passionnés, nous avons tenté, avec des moyens somme toute bien limités, de sauver du naufrage ce que nous pouvions. Je ne sais pas combien de pièces au juste ont disparu ce jour-là. Nous ne le saurons probablement jamais. 

Pour comble de malheur, les pièces de la collection étaient si nombreuses et diverses (pensons à la vaisselle, à l'argenterie, à tous les très nombreux bibelots), que nous n'en possédons pas un inventaire photographique exhaustif. Du reste, les clichés dont nous disposons sont rarement de très bonne qualité. Néanmoins ils existent. 

Avec ce triste anniversaire, et alors que nous sommes tous encore sonnés par ce qui est arrivé, je me demandais quoi faire. Quoi faire maintenant. J'ai un début de réponse avec ces quelques clichés. Je me propose donc de vous présenter chaque année à cette date anniversaire, un billet consacré à une ou plusieurs pièces de la collection Saint-Brisson, en grande partie disparue durant ces trois jours maudits, 4,5 et 6 octobre 2015.

Le coffret d'Anna Séguier

Le premier objet que je souhaitais vous faire découvrir est un petit coffret. Ce petit coffret a longtemps été présenté dans le cabinet de toilette de Madame la marquise, au premier étage de l'aile nord-est, néo-Renaissance. 

 

Le coffret en situation dans le cabinet de toilette du premier étage (photo : A.C.S.B.).

 

Cet élégant petit coffret en bois gaîné de cuir havane imitait la forme des grandes malles de voyage en usage dans la haute société au XIXe siècle. 

Couvercle du coffret aux initiales d'Anna Séguier (photo : A.C.S.B.).

 

Sur le cuir de son couvercle, entre deux sangles factices, se trouvent deux initiales "A.S." que surmonte une couronne de marquis. La datation de l'objet associée à la présence de ces initiales montre qu'il appartenait à Anna Séguier, née Amelot de Chaillou (1823-1890). Elle était l'épouse de Pierre Frédéric Brigitte Séguier, dernier marquis de cette lignée (1813-1902). 

Façade principale du coffret, estampillée Buck Brothers Manufacturers, et Royal Warrant Appointment (photo : A.C.S.B).

 

Sur la face principale, ce luxueux petit coffret montre une estampille de la maison Buck Brothers Manufacturers. Au centre, on retrouve le blason de la famille royale britannique, soutenu par le lion et la licorne, ainsi que la devise "Dieu et mon droit". Les manufactures Buck frères bénéficiaient donc du Royal Warrant Appointment. Une distinction toujours en usage, et réservée aux maisons ayant fourni, cinq années durant au moins, un service d'une qualité irréprochable à la Couronne britannique.

Coffret d'Anna Séguier estampillé Buck Brothers; remarquer la soie au revers du couvercle (photo : A.C.S.B.).

 

Les parois intérieures de ce petit coffret étaient autrefois tendues de soie moirée et de velours dont seul le couvercle avait gardé le souvenir. Présenté sur cette table de toilette comme support d'une collection de barrettes et d'épingles à chapeau, cette jolie création était vraisemblablement au départ un coffret à bijoux. 

Une quête

J'ai réellement été très peiné de ne pas avoir été en mesure d'enchérir sur cet objet, mais il y avait tellement de pièces à sauver et si peu de fonds pour le faire... J'ai toujours adoré ce petit coffret qu'il m'est arrivé - très rarement et très précautionneusement - de manipuler du bout des doigts en une douzaine d'années à conduire régulièrement des visites au château de Saint-Brisson.

Nous ne disposions pas des fonds suffisants pour tout sauver, dès lors il a fallu faire des arbitrages. L'Association des Amis du Château, moi-même et une poignée de passionnés que je remercie encore une fois du fond du coeur, avons donc été obligés de privilégier les pièces qui, au milieu de toutes les autres nous ont paru les plus importantes, le niveau des enchères faisant le reste. Le but est de constituer un fonds cohérent, partagé entre ce qui a donc pu être acquis par des particuliers passionnés par le château, et ce qui l'a été par l'association. Par ailleurs, petit à petit, ce fonds est destiné autant que possible à s'enrichir afin d'espérer reconstituer un jour la collection, pièce après pièce. Une quête qui prendra des décennies.

Une bouteille à la mer

Aussi, parce qu'il faut bien commencer par quelque chose, si modeste soit ce quelque chose, je lance un appel. Si la personne qui a acquis cet objet, ce petit coffret, tombe sur ce billet de blog, je lui serais infiniment reconnaissant si elle avait la gentillesse de me contacter, par l'intermédiaire très simple de l'onglet "contacter l'auteur" ou bien via mon mail personnel : antoine.estienne@orange.fr. A défaut de lui racheter cet objet qu'elle souhaite j'imagine conserver, je souhaiterais au moins savoir ce qu'il est devenu depuis cette vente et avoir son contact à toute fin utile.

Si, par ailleurs, vous qui lisez ces lignes avez acquis un ou des objets en provenance du château de Saint-Brisson-sur-Loire lors de cette vente ou d'une vente suivante, je vous serais très obligé de la même façon si vous acceptiez de vous faire connaître. Soit directement de moi par l'intermédiaire de ce blog ou de mon mail personnel (antoine.estienne@orange.fr) ; soit de l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire. Merci infiniment par avance pour votre collaboration à ce projet. 

Union Jack

For those of us who don't speak French, I'm launching an appeal, to all bidders of the october 4, 5 & 6, 2015 auction about the château de Saint-Brisson, by Me. Jean-Claude Renard, that took place in Loire-Sologne Auction House. The association that preserved and restored the castle of Saint-Brisson during nearly 30 years (the A.C.S.B.) and me, Antoine Estienne, art historian, are trying to locate, in France and around the world, the different pieces of the collection of this castle sold these days of 2015. If you acquired one of these; please, feel free to call me through this blog (use the button "Contacter l'auteur"), or via my personnal email : antoine.estienne@orange.fr ; or to call the A.C.S.B. (Association des Amis du Château de Saint-Brisson). We are hoping for your contact, in order to know where the different pieces of this collection are conserved today. Thank you very much in advance for your collaboration in this project.

Antoine Estienne.

17 septembre 2016

33e Journées Européennes du Patrimoine

JEP 2016Ce samedi 17 septembre, et dimanche 18, se tiennent dans toute la France les 33e Journées Européennes du Patrimoine. Comme chaque année mais avec des variantes et des nouveautés, vous seront proposées de nombreuses manifestations, activités et visites tout autour de vous. Aussi m'a-t-il semblé urgent de réunir quelques informations sur la programmation dans le Haut Berry Giennois en cette occasion.

 

Autry-le-Châtel

  • A Autry-le-Châtel, les propriétaires du Petit Château, les Amis du Château d'Autry et nos amis de l'association Gien Généalogie vous proposent de 11h à 18h, samedi et dimanche des visites commentées du château et du parc, une exposition sur les maires d'Autry-le-Châtel et une exposition sur les Morts pour la France d'Autry-le-Châtel. Et tout cela pour 1€ (Gratuit pour les enfants). On ne peut que vous encourager à leur rendre visite dans ce très beau cadre goûté en son temps par Mme de Sévigné. (Nous avions découvert le site du Petit Château en avant-première de son ouverture au public, en 2010, en compagnie de la Société Historique et Archéologique du Giennois, lors de la première édition des Rallyes-Patrimoine du Giennois.)

Dates et horaires : Samedi 17 & Dimanche 18 septembre, de 11h00 à 18h00. Tarif : 1€ adulte, gratuit pour les enfants.

Autry château JEP 2016

 

Beaulieu-sur-Loire

 

  • A Beaulieu, les Amis de Beaulieu et les personnels de l'Office de Tourisme se proposent de vous faire découvrir l'ancienne église collégiale Saint-Etienne (ISMH), du sol au grenier puisque les impressionnantes charpentes feront partie de la visite (nous étions allés les découvrir en 2010 avec la Société Historique et Archéologique du Giennois, lors de la première édition des Rallyes-Patrimoine du Giennois) Une visite qui vaut le détour.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Une visite commentée de la grange pyramidale des Brosses, curiosité de ce Pays Fort, vous sera également proposée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Toujours très actif cet Office de Tourisme de Beaulieu, et ça fait rudement plaisir ! Ainsi, bien sûr que l'Association des Amis de Beaulieu; l'un et l'autre vous proposent également une visite commentée du hameau de l'Etang-le-Comte, propriété des comtes de Sancerre dont il a tiré son nom. Un charmant petit village niché au milieu des vignes. Ces vignes sont celles du domaine Guérot, une petite exploitation viticole familiale dont les productions constituent sans doute l'un des meilleurs vins de l'appellation coteaux du Giennois. Une visite à déguster... avec modération, cela va sans dire ! Et Encore une étape réalisée en 2010 lors du premier Rallye-Patrimoine Giennois.

Date et horaire : Samedi 17 septembre à 16h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Les propositions sont décidément riches à Beaulieu puisque vous aurez aussi la possibilité de suivre une visite commentée du hameau de Maimbray.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 10h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Toujours à Beaulieu, la maison des Chanoines, actuelle mairie; bâtiment en pans de bois remarquable remontant au XVe siècle et hébergeant aujourd'hui la mairie vous sera ouvert pour une visite commentée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Enfin, à Beaulieu la programmation se termine par la possibilité qui vous est offerte de découvrir la maison Marret, place du 11 novembre, et son parc tout au long du week end. Tarif : GRATUIT

Beaulieu-sur-Loire, maison des Chanoines (Photo A. Estienne)

 

Châtillon-sur-Loire

 

Châtillon n'est pas en reste ! Voilà ce que vous ont concocté l'association Castellio et l'Office de tourisme :

 

  • Visite de l'église Saint-Maurice, de la crypte Saint-Posen et de la chapelle Saint-Hubert. (Rendez-vous devant l'église paroissiale) 

Date et horaire : Samedi 17 septembre à 14h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Découverte du circuit des fresques urbaines. Visite commentée par l'un des artistes les ayant réalisées. (Rendez-vous devant l'Office de tourisme) 

Date et horaires : Samedi 17 septembre à 15h00. Tarif : GRATUIT

 

  • L'espace culturel municipal vous propose une exposition sur "l'Homme et son environnement à la préhistoire". 

Dates et horaires : Samedi 17 septembre de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre de 15h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Le musée municipal de préhistoire est quant à lui en visite libre.

Dates et horaires :  Samedi 17 septembre de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre de 14h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

  • L'écluse de Mantelot est également au programme avec deux visites commentées. 

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 15h00 et 16h30 Tarif : GRATUIT

 

  • L'Office de tourisme vous propose également une visite commentée du parcours poétique, musée de sculptures en plein air qui s'étale sur près d'un kilomètre, en bord de Loire, entre le site classé de Mantelot et le site naturel protégé de l'Île à Gaston. (Rendez-vous à l'écluse de Mantelot) GRATUIT

Date et horaires : samedi 17 septembre à 10h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Le Temple protestant de Châtillon sera également ouvert à la visite, libre le samedi sur demande auprès de l'Office de tourisme (afin d'obtenir la clé), libre ou commentée le dimanche par les soins de l'association Castellio.

Dates et horaires : Samedi 17 septembre, de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre, de 15h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

Châtillon-sur-Loire, nef de l'église Saint-Maurice (Photo A. Estienne)

 

Et un peu au-delà du Haut Berry Giennois... 

 

Briare

 

  • Musée de la mosaïque et des émaux, visite commentée, démonstrations et réalisations de mosaïques

Visite libre de 10h00 à 18h00 les 17 & 18 septembre.

Visite guidée les 17 & 18 septembre à 14h00, 15h00 et 16h00.

 

  • Randonnée pédestre commentée autour du patrimoine fluvial de Briare : Canal Henri IV, Nouveau Bief du Canal Latéral à la Loire, Ancien canal Latéral à la Loire et Port de Plaisance.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 9h30 (port de plaisance, quai de la Trézée) Tarif non communiqué.

 

  • Balades fluviales : En collaboration avec le Fluvial Club de Briare, Charmes Nautiques, Locaboat et Le Boat, balades fluviales commentées sur le Canal de Briare construit au XVIIe siècle à la demande du roi Henri IV.

Dates : 17 & 18 septembre. (Port de plaisance, quai de la Trézée) tarif non communiqué.

 

 

Sury-près-Léré

 

  • Visite commentée de l'église Saint-Jean-Baptiste (fin XVe-début XVIe)

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 14h30. Tarif non communiqué (probablement gratuit)

 

 

Léré

 

  • A Léré, un circuit de découverte de la ville vous est proposé. (Le rendez-vous semble être fixé devant la mairie, se renseigner auprès d'elle.)

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 10h00 et 15h00. Tarif non précisé (probablement gratuit)

 

Eglise collégiale Saint-Martin de Léré, la crypte romane (Photo A. Estienne)

 

Subligny

 

  • A Subligny vous est proposée la visite du moulin de Tirepeine (ISMH) dont l'établissement remonte au moins au XVe siècle. Le bâtiment conserve un mécanisme remarquable ainsi que tout son système hydraulique. (Localisation : sur la D47, exactement à mi-chemin entre Jars et Assigny. Contact : 02 48 73 87 25 ). Visite libre ou commentée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 9h30. Tarif : non précisé.

 

Un programme sympathique et sans doute non exhaustif. De quoi passer un week end culturel à deux pas de chez soi.

 

Mais comme ce blog est aussi un espace de liberté, parlons un peu des sujets qui fâchent. Parlons des absents. Parlons du programme que vous auriez dû avoir, mais que vous n'aurez pas pour ces Journées Européennes du Patrimoine.

N°1 : Saint-Brisson-sur-Loire

Chaque année depuis plus de 25 ans, l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire vous accueillait au château pour le week end. Visites guidées classiques, visites spéciales par les restaurateurs des parties fermées au public, démonstrations de tir de machines de guerre médiévales... Tout un programme pour toute la famille, dans la convivialité et le partage autour de la culture et du patrimoine, autour d'un grand monument du Giennois. 

Pour la deuxième année consécutive, les Amis du Château ne vous accueilleront pas au château pour les Journées Européennes du Patrimoine.

Les habitués de ce blog savent en effet que le 31 décembre 2014, la municipalité de Saint-Brisson, de façon unilatérale, avec le plus grand mépris et après 27 années de travail bénévole qui avaient permis de restaurer la quasi totalité du monument sans qu'il en coûtat bien lourd à la commune, ce 31 décembre 2014 donc, la municipalité nous foutait dehors avec perte et fracas avant de disperser les collections du château, léguées avec lui à la commune en 1987, à l'encan, et de brader le château comme on se débarrasse d'une vieille épave ou d'un chien galeux. (Voir mes articles précédents à ce sujet) Le tout avec une détermination et une hargne froide qui nous laisse encore pantois aujourd'hui. Cette blessure profonde sera longue, très longue à refermer. Un an bientôt après les chapitres les plus durs de cet épisode, je confesse qu'il me fait encore passer des nuits blanches. Des nuits à me demander ce que sont devenues les pièces que nous n'avons pas pu arracher aux griffes des marchands, et à me poser bien d'autres questions. Je profite donc de ce papier pour rappeler à tous les responsables de cet attentat contre le patrimoine, de ce gâchis humain et financier, ce que je pense d'eux, et leur adresser le témoignage de mon souverain mépris. Je n'ai pas la rancune facile, mais il y a des choses qui font si mal qu'il est impossible de les oublier.

Château de Saint-Brisson-sur-Loire vu du val (Photo A. Estienne)

 

N'ayant pas trouvé mention de Saint-Brisson-sur-Loire dans l'agenda officiel des JEP, je ne sais pas si quelque chose est prévu au château qui, racheté en septembre 2015 par M. Lancelot Guyot (SCI Tous au château), a rouvert ses portes au public au mois de juin dernier. 

 

N°2 : Gien

Voilà LA grande absente de ces Journées Européennes du Patrimoine : Gien. Une ville de plus de 15.000 habitants qui m'est chère et où RIEN n'est prévu pour ces Journées Européennes du Patrimoine, où, par comparaison, nous noterons qu'un village de moins de 2000 habitants tel que Beaulieu propose rien moins que 6 manifestations en deux jours ! 

Je veux croire qu'il s'agit là d'un oubli regrettable qui a fait que les (nombreuses !) manifestations prévues à Gien n'ont pas été relayées par la presse, ni par les sites spécialisés, ni par le programme officiel du ministère. Mais j'ai peur de ne pas croire moi-même à ce que je suis en train d'écrire. (Vous sentez que ça m'énerve ? Vous le sentez ? Eh bien vous êtes en-dessous la vérité, je vous l'assure.)

Alors on me rétorquera que, si je suis si malin, pourquoi est-ce que je ne propose pas moi-même quelque chose ?

Premièrement parce que, professionnel de la culture, je travaille chaque week end des Journées Européennes du Patrimoine (dans une ville autrement concernée par la culture et le patrimoine, est-il utile de le préciser ?), et je n'ai donc pas la possibilité matérielle de donner de mon temps en cette occasion, ce que je fis pour Saint-Brisson voilà quelques années.

Deuxièmement, parce que les idées ne me manquent pas, voilà un exemple de ce que l'on aurait pu; ou, devrais-je dire, de ce que l'on aurait proposer au public ce week end à Gien : 

  • Dans le cadre du thème des 33e Journées Européennes du Patrimoine, "Patrimoine et citoyenneté", visite commentée de l'hôtel de ville de Gien et de la place du général De Gaulle. A 11h00, 14h00, 15h00, 16h00 et 17h00, samedi 17 & dimanche 18 septembre
  • Visite commentée de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Gien et de ses orgues trentenaires, à 14h00, 15h00, 16h00 et 17h00 samedi 17 et dimanche 18 septembre
  • Gien, de la perle médiévale au joyau de la Reconstruction, promenade commentée dans la ville basse, à la découverte d'une cité à deux visages. A 14h30 les samedi 17 et dimanche 18 septembre

Gien, vu du Berry. (Photo A. Estienne)

Et on pourrait continuer de dérouler ainsi toute une liste d'actions et de manifestations possibles, ce que je vais me garder de faire car je ne suis définitivement pas payé pour cela.

L'an passé le Conseil Départemental ouvrait les extérieurs du château au public (l'intérieur étant encore en travaux). Il ne semble pas que l'opération soit reconduite pour 2016, ou bien l'information n'aura pas été relayée par les canaux ad hoc.

Les Giennois devront donc (une fois de plus...) trouver dans les campagnes voisines, en Haut Berry notamment, de quoi satisfaire leur légitime curiosité et leur appétit pour la culture, l'histoire et le beau. 

Fin de ce billet politiquement incorrect.

Excellentes Journées Européennes du Patrimoine à toutes et à tous, et à bientôt pour des papiers plus historiques.

 

 

02 mai 2016

Les vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire - partie 2 : le choeur

 

  • Les vitraux du choeur

De très grandes dimensions, sans rapport aucun avec les petites lancettes de la nef, les vitraux du choeur sont dus à deux très bonnes signatures de la fin du XIXe siècle : Jules Boulanger (?-ca. 1915)  et Auguste Perrodin (1833-1887). Jouant sur de très grands à plats colorés, les deux artistes ont transposé sur verre plusieurs épisodes de la Passion du Christ. Malgré l'homogénéité dont font preuve ces cinq grandes verrières, le chantier qui vit leur réalisation paraît s'être étalé sur une assez longue période, de 1885, date portée par le vitrail d'axe, à 1893.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, l'arrestation du Christ. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrière de l'arrestation du Christ. Détail. Judas désigne Jésus aux Romains. (Photo A. Estienne)

 

Ce détail du vitrail de l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers permet de mettre en exergue la remarquable qualité et le souci du détail apporté au dessin, jusqu'aux derniers plans de la scène. Jules Boulanger et Auguste Perrodin ne sont pas des inconnus, néanmoins je n'ai pu rassembler suffisamment d'informations pour parvenir à déterminer si leur collaboration, de tout évidence extrêmement fructueuse, fut ici une exception ou bien au contraire un exemple abouti au milieu d'un ensemble plus vaste. Il est cependant possible que les deux hommes se soient rencontrés au cours des années 1870. En effet, Perrodin séjourna trois années durant à Rouen, ville dans laquelle Jules Boulanger possédait son atelier. Le peintre y avait été appelé afin de réaliser le décor peint de l'église néo-romane Saint-Hilaire, nouvellement construite. Peintre d'histoire, Perrodin donne les cartons que Boulanger transpose sur verre. Le premier est amateur de grandes compositions, le second passionné par la couleur. La synthèse de leurs travaux respectifs à Châtillon-sur-Loire est tout à fait remarquable.


Eglise de Châtillon-sur-Loire, la Cène. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, la crucifixion. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Crucifixion, détail. (Photo A. Estienne)

 

On peut ici admirer la qualité du traitement de la couleur, la qualité du dessin, le tout en partie marqué par la recherche de compositions monumentales propres à la peinture d'histoire du XIXe siècle, et par un style et des coloris empruntés à la Renaissance. La patte des deux artistes est une nouvelle fois présente dans une synthèse d'une grande beauté, d'une grande élégance.

 Artiste talentueux, disciple d'Hippolyte Flandrin (1809-1864), Auguste Perrodin est repéré notamment par Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc qui lui confie la réalisation de décors majeurs lors du chantier de restauration de Notre-Dame-de-Paris entre 1860 et 1864. C'est ainsi qu'il fut amené à décorer la chapelle axiale de la cathédrale Notre-Dame, consacrée à la Vierge. Six panneaux réalisés a fresco représentant La rencontre de Jésus portant sa croix et de sa mère, La crucifixion, La descente de croix, La Communion, La mort, Le couronnement de la Vierge. Non content de cela, l'architecte de Napoléon III lui confie encore la décoration de la chapelle Saint-Etienne dans le bras nord du transept, et la décoration du bras sud (une vie de Marie, suivie de douze rois, prophètes et docteurs qui l'ont célébrée, l'artiste ayant donné les traits de Viollet-le-Duc lui-même à l'un de ces personnages). Perrodin réalise également le décor des panneaux intérieurs du meuble enfermant les reliques acquises par Louis IX auprès de Baudoin II. Ils portent huit épisodes de la vie de saint Louis. 

Enthousiasmé par le travail du jeune peintre, Viollet-le-Duc en parlait en ces termes : "Je ne croyais pas qu'on pût à notre époque retrouver avec autant de bonheur cette pureté idéale de lignes, cette transparence de couleurs dont les moines italiens semblaient avoir enseveli le secret dans leurs cloîtres."

A peu de distance de là, son travail de restauration de certaines fresques au château de Vaux-le-Vicomte sera également salué pour son exceptionnelle qualité. Durant toute sa carrière, Auguste Perrodin s'essaie avec un égal succès à tous les supports, de la peinture murale, a fresco, à la peinture sur verre en passant par la peinture de chevalet. Il est actif dans la France entière : Rouen, Caen, Rhodez, Cahors, Lyon, Antony, Noisy-le-Sec, Fécamp, Honfleur, Villefranche-sur-Rhône, Paris, Beaugency, entre autres, sans oublier Bourg-en-Bresse dont il était natif.

Las, en dépit de sa virtuosité, Auguste Perrodin ne fut jamais reconnu ni distingué à la hauteur de ses talents. Charles Jarrin (1813-1900), qui rédigea dans les pages de la Société d'Emulation, Agriculture, Lettres et Arts de l'Ain, une nécrologie des plus détaillées et des plus élogieuses à son sujet l'expliquait ainsi : "Je disais en 1869 dans les Annales, de l'oeuvre de Perrodin à Notre-Dame, que l'avenir du peintre dépendait de son succès. C'était mal connaître Paris. Il faut pour réussir là un peu de talent, c'est vrai; mais surtout bien du savoir-faire ou bien de la fortune. Avec de la fortune, on donne à propos à dîner à un directeur de journal, on paie son prix un article de revue. Avec du savoir-faire on se faufile dans tel salon influent, on obtient tel portrait sûr d'avance d'être regardé. Or Perrodin n'avait que du talent."

Eglise de Châtillon-sur-Loire, la Résurrection. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. Les soldats endormis. (Photo A. Estienne)    Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. (Photo A. Estienne)    Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. (Photo A. Estienne)    

Eglise de Châtillon-sur-Loire, l'apparition à saint Thomas. (Photo A. Estienne)

 Ces remarquables verrières font malheureusement partie des toutes dernières oeuvres d'Auguste Perrodin. Boudé par le milieu parisien, victime tout autant de son refus des mondanités que de l'évolution du goût; épuisé par des années d'un labeur acharné dans de nombreux monuments de province où chaque fois son travail fut admiré à défaut d'être toujours correctement payé; gravement malade, Auguste Perrodin s'éteint le 25 juillet 1887, à Châteauneuf-les-Bains, seulement âgé de 53 ans, et alors même que sont réalisées les premières verrières du choeur de Châtillon. Si toutes paraissent avoir été dessinées par lui, seules, de gauche à droite, les verrières n°2 (1887) et n°3 (vitrail d'axe, 1885), portent sa signature aux côtés de celle de Jules Boulanger. Les trois autres, réalisées plus tardivement, en 1891 et 1893, du fait de difficultés financières du commanditaire ou d'un retard lié à la disparition du dessinateur, sont demeurées anonymes. Seule y apparaît la marque du maître verrier rouennais. 

Auguste Perrodin repose à Châtillon-les-Dombes, auprès de ses parents. Sa modestie et son talent l'avaient fait tenir en haute estime par tous ceux qui le connaissaient. Une rue porte désormais son nom dans sa ville natale de Bourg-en-Bresse.

 

A notre connaissance, aucune étude ne paraît jamais avoir été consacrée à Auguste Perrodin. C'est à coup sûr un grand tort, et il est plus que temps qu'un artiste de cette valeur soit reconnu, ses oeuvres recensées et valorisées, plus de 130 ans après sa disparition. Si ce modeste article y contribuait d'une façon quelconque, j'en serais très heureux.

Historivegauche_Auguste_Perrodin_Jules_Boulanger_Châtillon_sur_Loire_église_Antoine_Estienne

 

  • Les vitraux du transept

Très différents des précédents, tant dans le style que dans la technique, les vitraux du transept ont été réalisés entre les années 1930 et la fin des années 1950. Ils témoignent des créations d'une grande famille de maîtres verriers dans la première moitié du XXe siècle, les Mauméjean. De style Art Déco, leurs dimensions sont identiques à celles des vitraux du choeur. L'artiste, de tout évidence Charles (dit Carl) Mauméjean (1888-1957) joue énormément sur la couleur; mais contrairement à Boulanger et Perrodin qui développaient de grands à plats de couleurs très purs, il joue ici sur la technique traditionnelle du vitrail avec sa multiplicité de petits verres colorés assemblés au plomb. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept nord, la Présentation de Jésus au Temple. (Photo A. Estienne)

   Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept nord, l'Adoration des mages. (Photo A. Estienne)

   Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept sud, l'Assomption ? (Photo A. Estienne)   

Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept sud, l'apparition du Christ ressuscité aux apôtres et à la Vierge. (Photo A. Estienne)

 

Les ateliers Mauméjean ont essaimé dans toute la France et au-delà, Amérique, Asie, particulièrement en Espagne. Ils avaient en effet un atelier à Hendaye), travaillé dans les édifices les plus variés, jusqu'à réaliser les vitraux de la chapelle du paquebot "Ile-de-France" en 1927, à bord duquel ils croisèrent le jeune Max Ingrand, 18 ans à peine à cette époque, chargé de la réalisation de verres gravés pour de nombreuses cabines du navire, et qui réaliserait bien plus tard les vitraux de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Gien. "Maitres d'une rare compétence professionnelle possédant un sens artistique avisé et une profonde science héréditaire." Tels étaient les qualificatifs qui accompagnèrent la remise du grand prix de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Paris en 1925 à la maison Mauméjean frères. Artistes engagés, les frères Mauméjean n'hésitent pas, en 1941, à l'occasion d'une commande pour l'église de Montgeron (Essonne) à représenter le roi Hérode sous les traits d'Adolf Hitler, massacrant saint Jacques symbolisant le peuple juif. Acte de résistance en forme de pied de nez à l'Occupant. L'oeuvre était passée inaperçue jusqu'à sa redécouverte en 2011. L'atelier Mauméjean, quant à lui, existe toujours, désormais implanté à Madrid. Un ouvrage est paru il y a peu qui retrace l'épopée de cette grande maison.

 

Antoine Estienne.

13 février 2016

Les vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire - partie 1 : la nef

JPPM 2015, affiche du 3e Rallye-Patrimoine du Giennois.

Le 14 juin 2014, jorganisais avec la SHAG (Société Historique et Archéologique du Giennois) le 3e Rallye-Patrimoine du Giennois dans le cadre des 17e Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins. Cette manifestation nationale, d'initiative associative, moins célèbre et moins ancienne aussi que son fameux pendant, les Journées Européennes du Patrimoine, qui se tiennent traditionnellement le 3e week-end de septembre, est organisée le 3e week-end de juin. Elle ouvre la saison quand les JEP la referment. Les Journées du Patrimoine de Pays se proposent surtout de mettre en avant un patrimoine rural, modeste, peu connu ou spécifique. 

L'édition 2014 se tenait sur la thématique "Couleurs et lumière". Nous sommes donc partis à bord des mini-bus mis à notre disposition par la ville de Gien, à la découverte des mosaïques, des dallages, des peintures et des vitraux qui font châtoyer nos monuments, à Gien et dans sa région. Un patrimoine important, riche et totalement méconnu. Très peu de recherches ont eu lieu à ce sujet, particulièrement dans la région, aussi ce circuit qui nous emmenait de Gien à Germigny-des-Prés, en passant par Briare, Châtillon-sur-Loire, Saint-Brisson-sur-Loire, Cerdon, Sully-sur-Loire et Saint-Benoît-sur-Loire, m'a-t-il demandé un gros travail de préparation. Je pense d'ailleurs qu'il donnera lieu à la publication d'un article spécifique dans un prochain bulletin de la SHAG et à quelques billets sur ce blog. En voici un premier avant-goût avec un aperçu des vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire.

Eglise Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, la nef centrale et le choeur, vus de l'Ouest. (Photo A. Estienne)

L'église  Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire est une construction néo-gothique du dernier tiers du XIXe siècle (1877-1879). Bien que de notre point de vue elle ne soit pas à ranger dans la catégorie bien chargée des horreurs infâmes que le XIXe siècle a eu le chic de substituer à nombre d'églises médiévales assurément mieux bâties et souvent sauvables, en dépit des imprécations des uns ou des autres, l'église Saint-Maurice ne mériterait guère de retenir l'attention s'il n'y avait ses verrières. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrière sud du bras sud, le Christ ressuscité apparaissant à la Vierge et aux apôtres, détail. (Photo A. Estienne)

D'une qualité et d'une diversité étonnantes, ces verrières, notamment celles du choeur et du transept, de grandes dimensions, portent les signatures de certains des meilleurs artistes et artisans verriers de leur époque, et font littéralement de l'église de Châtillon un petit temple de la couleur, un musée de la peinture sur verre de la fin du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du transept, signature de l'atelier Mauméjean. (Photo A. Estienne)     Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du choeur, signature de Jules Boulanger. (Photo A. Estienne)     Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du choeur, signature d'Auguste Perrodin. (Photo A. Estienne)           

Ces vitraux et vitreries, tous figuratifs, paraissent issus d'au moins deux campagnes différentes. La première pourrait avoir concerné simultanément la nef et le choeur. Dans ces deux espaces en effet, bien que de qualité radicalement différente, et ayant été exécutées par des artistes différents, les verrières semblent contemporaines entre elles. Il s'agit vraisemblablement d'oeuvres commandées sur concours à l'issue du chantier de reconstruction de l'église dans les années 1880. Le transept, quant à lui, présente des oeuvres radicalement modernes, se rattachant clairement au style et à la période Art Déco, ce qui les situe entre les années 1930 et 1950.

  • Les vitraux de la nef

Premiers rencontrés par le fidèle ou par le visiteur profane, les vitraux de la nef sont aussi à dire vrai les moins remarquables quoique d'une qualité tout à fait correcte. Ils présentent plusieurs thèmes, parfois développés sur deux verrières. On y trouve Jeanne d'Arc, saint Louis, saint Maurice, patron de l'église, sainte Solange, patronne du Berry, saint Posen, patron de la paroisse, saint Vincent, patron des vignerons, et saint Eloi, patron des artisans. Le tout est complété par deux roses dans le prolongement occidental des bas-côtés, l'une d'elles étant dédiée au Sacré Coeur, l'autre à Maurice d'Agaune. Enfin il faut citer une verrière placée à l'aplomb du baptistère et représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Exception faite de ce saint Jean-Baptiste et du saint Vincent, réalisés tous deux par l'atelier parisien Antoine Lusson fils, toutes ces verrières sont issues de l'atelier Charles Lorin, à Chartres.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail johannique signé Lorin (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail johannique signé Lorin (Photo A. Estienne)

Cycle de la vie et du martyre de Jeanne d'Arc (Ch. Lorin, Chartres).

Lancette gauche : partie haute, Jeanne délivre Orléans; partie basse, Jeanne est choisie pour délivrer le pays de l'Anglais.

Lancette droite : partie haute, Jeanne est accueillie au ciel; partie basse, Jeanne est brûlée vive à Rouen.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Maurice d'Agaune. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de sainte Solange signé Lorin. (Photo A. Estienne) 

Vie et martyre de saint Maurice; vie et martyre de sainte Solange (Ch. Lorin, Chartres).

Lancette gauche : partie haute, Maurice commandant l'armée des Thébains; partie basse, Maurice et ses hommes sont mis à mort par l'armée de Maximien. Lancette droite : partie haute, décollation de Solange; partie basse, Solange en prière au pied d'un calvaire au milieu de son troupeau à l'arrivée du bourreau.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Posen. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Posen. (Photo A. Estienne)  

Cycle de la vie de saint Posen (Ch. Lorin, Chartres).

Relativement communes, les verrières de Lusson comme celles de Lorin sont issues d'un travail du verre industriel ou semi-industriel en cette fin de XIXe siècle, ce qui en fait davantage des "produits" que des oeuvres. Comme Charles Lorin, Antoine Lusson avait hérité de l'atelier de son père. Si ce dernier a aujourd'hui disparu, l'atelier Lorin en revanche est toujours en activité, et est aujourd'hui le plus ancien atelier du vitrail de Chartres.

Réalisées en grisailles, les deux verrières de Lusson sont aisément identifiables dans la nef. Une seule est signée mais, comme les éléments végétaux chez Lorin, le décor standardisé des grisailles et des bordures néo-Renaissance permet de les reconnaître.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Vincent. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Jean-Baptiste. (Photo A. Estienne)

Les deux verrières signées A. Lusson, Paris : vitrail de saint Vincent, et vitrail du baptême du Christ par saint Jean-baptiste accompagné de la phrase "Hic est filius meus dilectis" (Celui-ci est mon fils bien-aimé, Matthieu III, 17)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Eloi. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Louis. (Photo A. Estienne)

 

Vitrail de saint Eloi et vitrail de saint Louis.

Lancette droite : partie haute, saint Louis portant la couronne d'épines, entouré d'évêques portant des reliquaires contenant vraisemblablement des reliques de la Vraie Croix. Partie basse, Louis IX rendant la justice sous son chêne.

 Un deuxième ensemble de vitraux est constitué par quatre quadrilobes situés sous la tribune, dans l'avant-nef, de part et d'autre du portail. Le visiteur ne distingue vraiment ces quatre vitraux que sur le chemin de la sortie. Ils mettent en scène les portraits des quatre évangélistes accompagnés de leurs attributs. Jean et son aigle, Luc et son boeuf, Marc et son lion, Matthieu et son ange. Présentant une  belle facture, tant au point de vue du dessin que de la couleur, ces oeuvres agréables ont été réalisées par l'atelier L. Fauché à Orléans qui semble avoir connu une certaine notoriété entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Jean l'évangéliste. (Photo A. Estienne)

 

Saint Jean.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Luc. (Photo A. Estienne)

 

Saint Luc.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Marc. (Photo A. Estienne)

 

Saint Marc.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Matthieu. (Photo A. Estienne)

 

Saint Matthieu.

 

24 décembre 2015

Les féeries ligériennes

En ces périodes de fêtes je cherchais une idée de billet de saison, quelque chose qui nous rappelle en cette veille de Noël que la poésie est partout autour de nous et qu'il suffit d'ouvrir grands les yeux pour se sentir soudain transporté. C'est Abraham Malfuson (1768-1848) qui me fournit la matière de ce court papier. Ayant eu la chance d'acquérir voici quelque temps l'édition originale, et dans mon cas partiellement manuscrite, de son Histoire de la ville de Sancerre (1826), petit ouvrage fort intéressant et fort rare au demeurant, j'y ai relevé ce passage :

"En effet, l'astre du jour s'était caché derrière le Mont-Damné, qui domine le village de Chavignol, ses derniers rayons doraient les sommets de l'Orme-au-Loup, de Pierre-Compillière, et les cimes lointaines du Morvan. Les quais, les maisons, les églises de Cosne, Pouilly et La Charité brillaient d'une couleur aurore. Aucun vent impétueux n'agitait l'air, l'azur du ciel se réfléchissait dans les ondes paisibles de la Loire; une brise légère apportait une fraîcheur délicieuse. Insensiblement la lumière décroissait et les objets disparaissaient dans l'ombre. Soudain un nouveau spectacle vient me frapper. La Loire se couvre des feux des pêcheurs et bientôt le cours de ce fleuve, de Nevers à Briare, dans un espace de vingt lieues, ne présente qu'une immense illumination."

Historivegauche_Histoire_de_Sancerre_Abraham_Malfuson

Outre un commerce prodigieux qui voyait descendre et remonter au fil de l'eau et du vent une impressionnante flotille de bateaux à fond plat de toutes tailles, et qui fit la richesse de nombre d'habitants et de villes occupant les berges du fleuve, Gien la première, Abraham Malfuson nous rappelle en effet que la Loire fut de tout temps un exceptionnel vivier. Bien qu'elle soit rarement évoquée dans les publications spécialisées, la pêche y était autrefois une activité importante sinon majeure dont le souvenir est encore entretenu ici et là de manière discrète. Pensons tout simplement à la rue des pêcheurs, dans le quartier du Berry en rive gauche de Gien, dont les quelques maisons anciennes se rattachent encore à cette activité. La marine de Loire ne l'a d'ailleurs pas totalement déserté puisque l'association les Fis d'Galarne a ses locaux non loin, qui, depuis près d'un quart de siècle s'emploie à redonner vie à la marine de Loire. 

Si seule une toute petite poignée d'irréductibles pratiquent encore la pêche en Loire, notamment Monsieur Charles Sergent sur ce territoire du Haut Berry Giennois qui nous intéresse, faisant perdurer des traditions, des savoir-faire et des saveurs propres à ce terroir, il faut imaginer le fleuve autrefois couvert, outre de bateaux de commerce, de nombreuses barques de pêche, et ce de jour... comme de nuit. En effet, certains pêcheurs ligériens au moins pratiquaient la pêche au feu ou pêche à feu, aussi connue sous le nom italien de pêche au lamparo. Pratiquée à la torche, puis, à compter de la fin du XIXe siècle, à la lampe à acétylène, la pêche au feu consiste à attirer le poisson près de la surface de l'eau à l'aide d'une puissante source lumineuse, puis à l'enserrer dans un filet.

 

Pêcheurs au lamparo de l'Empire byzantin, du Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid, Vitr. 26-2.

Comme le montre bien cette enluminure byzantine, la pêche au feu est une technique très ancienne, attestée en Europe depuis l'Antiquité et sans doute bien au-delà. De très nombreuses cultures la pratiquent ou l'ont pratiquée autour du globe, comme au moins certains peuples natifs d'Amérique du Nord. Une scène similaire nous est présentée par Paul Kane (1810-1871) sur une huile sur toile intitulée Fishing by torchlight et conservée au Royal Ontario Museum de Toronto. En dépit du fait que l'artiste y situe l'action à des milliers de kilomètres de notre Haut Berry Giennois, sur des canoes qui n'ont rien de commun avec les futreaux utilisés sur la Loire, le tableau restitue avec une particulière acuité l'ambiance lumineuse qui pouvait entourer cette pêche singulière.

Paul Kane (1810-1871), Fiching by torchlight, Royal Ontario Museum, Toronto.

Malheureusement, plus encore peut-être que toutes les activités pratiquées sur le fleuve, la pêche au feu est une pratique risquée, comme en témoigne ce document tiré des registres paroissiaux du petit village insulaire de Saint-Firmin-sur-Loire que nous reproduisons ci-dessous. En cette matinée de 1734, le curé du lieu est appelé sur les berges de la Loire pour procéder à la levée du corps d'un tout jeune homme, un pêcheur du village, qui a trouvé la mort durant la nuit, noyé en pratiquant la pêche au lamparo.

 

Extrait des registres paroissiaux de Saint-Firmin-sur-Loire, 20 août 1734, AD Loiret 1Mi EC 276 GG 4 163.

 

"Ce Jour d'huy vingt aoust mil sept cent trente quattre entre six et sept heures du matin à la sollicitation des Simons Henry père et fils vignerons demeurants en ce bourg de St Firmin, moy prestre curé de St Firmin sur Loire, revestu de mes habits Sacerdotaux accompagné de la croix et de l'eau beniste et des temoins cy après nommés Je me suis transporté au bord de la riviere de Loire distant du bourg environ milles pas ou Jay trouvé un cadavre mort (sic) qu'on m'a dit s'estre noyé de la nuit derniere en peschant au feu lequel a esté reconnu pour estre pierre henry, fils de Simon henry vigneron lequel cadavre J'ay enlevé et deposé en l'eglise du dit St Firmin pour estre Inhumé comme Il en sera ordonné par la Justice de St Brisson. le tout en présence de Jean collas Sergent fils du marguiller, Simon henry vigneron pere, Simon henry vigneron filz françois millan manoeuvre, pierre marechal vigneron, george paumier vigneron, françois girault domestique tous tesmoins demeurants dans ledit bourg qui ont tous déclaré ne savoir signer Soffre le deL collas qui a signé ces presentes avec moy.

Le vingtiesme d'aoust 1734 suivant l'ordonnance de monsieur le procureur fiscal de la Justice de St brisson en datte du Jour signé Carré a esté inhumé par moy curé de St firmin sur loire le cadavre cy-dessus qui a esté reconnu pour estre pierre henry aimant mary d'anne poupardin agé de vingt deux ans environ lequel a esté inhumé dans le grand cimetière de ladite paroisse par moy curé soussigné ou je lai conduit avec les cérémonies ordinaires. 

De Sauzay, curé de St Firmin."

Toute médaille a son revers, et la féérie que devait être autrefois ce fleuve dont l'onde fourmillait de lumières scintillantes et sautillantes au gré du courant, une fois la nuit venue, ne doit pas faire oublier le lourd tribut payé par les hommes de la rivière. Tâchons cependant, l'espace d'un instant, de ne retenir que la beauté d'une telle vision.

Et puisqu'il s'agit là du dernier billet de l'année, j'en profite pour vous souhaiter à toutes et à tous, chères lectrices et chers lecteurs, d'excellentes fêtes de fin d'année, pleines de joie(s) de chaleur et, pourquoi pas, de poésie. 

Joyeuses fêtes et bonne année 2016 ! 

Bien à vous.

Le guide-conf'