Histoire & Patrimoine en Haut Berry Giennois

17 septembre 2016

33e Journées Européennes du Patrimoine

JEP 2016Ce samedi 17 septembre, et dimanche 18, se tiennent dans toute la France les 33e Journées Européennes du Patrimoine. Comme chaque année mais avec des variantes et des nouveautés, vous seront proposées de nombreuses manifestations, activités et visites tout autour de vous. Aussi m'a-t-il semblé urgent de réunir quelques informations sur la programmation dans le Haut Berry Giennois en cette occasion.

 

Autry-le-Châtel

  • A Autry-le-Châtel, les propriétaires du Petit Château, les Amis du Château d'Autry et nos amis de l'association Gien Généalogie vous proposent de 11h à 18h, samedi et dimanche des visites commentées du château et du parc, une exposition sur les maires d'Autry-le-Châtel et une exposition sur les Morts pour la France d'Autry-le-Châtel. Et tout cela pour 1€ (Gratuit pour les enfants). On ne peut que vous encourager à leur rendre visite dans ce très beau cadre goûté en son temps par Mme de Sévigné. (Nous avions découvert le site du Petit Château en avant-première de son ouverture au public, en 2010, en compagnie de la Société Historique et Archéologique du Giennois, lors de la première édition des Rallyes-Patrimoine du Giennois.)

Dates et horaires : Samedi 17 & Dimanche 18 septembre, de 11h00 à 18h00. Tarif : 1€ adulte, gratuit pour les enfants.

Autry château JEP 2016

 

Beaulieu-sur-Loire

 

  • A Beaulieu, les Amis de Beaulieu et les personnels de l'Office de Tourisme se proposent de vous faire découvrir l'ancienne église collégiale Saint-Etienne (ISMH), du sol au grenier puisque les impressionnantes charpentes feront partie de la visite (nous étions allés les découvrir en 2010 avec la Société Historique et Archéologique du Giennois, lors de la première édition des Rallyes-Patrimoine du Giennois) Une visite qui vaut le détour.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Une visite commentée de la grange pyramidale des Brosses, curiosité de ce Pays Fort, vous sera également proposée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Toujours très actif cet Office de Tourisme de Beaulieu, et ça fait rudement plaisir ! Ainsi, bien sûr que l'Association des Amis de Beaulieu; l'un et l'autre vous proposent également une visite commentée du hameau de l'Etang-le-Comte, propriété des comtes de Sancerre dont il a tiré son nom. Un charmant petit village niché au milieu des vignes. Ces vignes sont celles du domaine Guérot, une petite exploitation viticole familiale dont les productions constituent sans doute l'un des meilleurs vins de l'appellation coteaux du Giennois. Une visite à déguster... avec modération, cela va sans dire ! Et Encore une étape réalisée en 2010 lors du premier Rallye-Patrimoine Giennois.

Date et horaire : Samedi 17 septembre à 16h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Les propositions sont décidément riches à Beaulieu puisque vous aurez aussi la possibilité de suivre une visite commentée du hameau de Maimbray.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 10h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Toujours à Beaulieu, la maison des Chanoines, actuelle mairie; bâtiment en pans de bois remarquable remontant au XVe siècle et hébergeant aujourd'hui la mairie vous sera ouvert pour une visite commentée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 14h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Enfin, à Beaulieu la programmation se termine par la possibilité qui vous est offerte de découvrir la maison Marret, place du 11 novembre, et son parc tout au long du week end. Tarif : GRATUIT

Beaulieu-sur-Loire, maison des Chanoines (Photo A. Estienne)

 

Châtillon-sur-Loire

 

Châtillon n'est pas en reste ! Voilà ce que vous ont concocté l'association Castellio et l'Office de tourisme :

 

  • Visite de l'église Saint-Maurice, de la crypte Saint-Posen et de la chapelle Saint-Hubert. (Rendez-vous devant l'église paroissiale) 

Date et horaire : Samedi 17 septembre à 14h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Découverte du circuit des fresques urbaines. Visite commentée par l'un des artistes les ayant réalisées. (Rendez-vous devant l'Office de tourisme) 

Date et horaires : Samedi 17 septembre à 15h00. Tarif : GRATUIT

 

  • L'espace culturel municipal vous propose une exposition sur "l'Homme et son environnement à la préhistoire". 

Dates et horaires : Samedi 17 septembre de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre de 15h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

  • Le musée municipal de préhistoire est quant à lui en visite libre.

Dates et horaires :  Samedi 17 septembre de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre de 14h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

  • L'écluse de Mantelot est également au programme avec deux visites commentées. 

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 15h00 et 16h30 Tarif : GRATUIT

 

  • L'Office de tourisme vous propose également une visite commentée du parcours poétique, musée de sculptures en plein air qui s'étale sur près d'un kilomètre, en bord de Loire, entre le site classé de Mantelot et le site naturel protégé de l'Île à Gaston. (Rendez-vous à l'écluse de Mantelot) GRATUIT

Date et horaires : samedi 17 septembre à 10h30. Tarif : GRATUIT

 

  • Le Temple protestant de Châtillon sera également ouvert à la visite, libre le samedi sur demande auprès de l'Office de tourisme (afin d'obtenir la clé), libre ou commentée le dimanche par les soins de l'association Castellio.

Dates et horaires : Samedi 17 septembre, de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 & Dimanche 18 septembre, de 15h00 à 18h00. Tarif : GRATUIT

 

Châtillon-sur-Loire, nef de l'église Saint-Maurice (Photo A. Estienne)

 

Et un peu au-delà du Haut Berry Giennois... 

 

Briare

 

  • Musée de la mosaïque et des émaux, visite commentée, démonstrations et réalisations de mosaïques

Visite libre de 10h00 à 18h00 les 17 & 18 septembre.

Visite guidée les 17 & 18 septembre à 14h00, 15h00 et 16h00.

 

  • Randonnée pédestre commentée autour du patrimoine fluvial de Briare : Canal Henri IV, Nouveau Bief du Canal Latéral à la Loire, Ancien canal Latéral à la Loire et Port de Plaisance.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 9h30 (port de plaisance, quai de la Trézée) Tarif non communiqué.

 

  • Balades fluviales : En collaboration avec le Fluvial Club de Briare, Charmes Nautiques, Locaboat et Le Boat, balades fluviales commentées sur le Canal de Briare construit au XVIIe siècle à la demande du roi Henri IV.

Dates : 17 & 18 septembre. (Port de plaisance, quai de la Trézée) tarif non communiqué.

 

 

Sury-près-Léré

 

  • Visite commentée de l'église Saint-Jean-Baptiste (fin XVe-début XVIe)

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 14h30. Tarif non communiqué (probablement gratuit)

 

 

Léré

 

  • A Léré, un circuit de découverte de la ville vous est proposé. (Le rendez-vous semble être fixé devant la mairie, se renseigner auprès d'elle.)

Date et horaires : Dimanche 18 septembre à 10h00 et 15h00. Tarif non précisé (probablement gratuit)

 

Eglise collégiale Saint-Martin de Léré, la crypte romane (Photo A. Estienne)

 

Subligny

 

  • A Subligny vous est proposée la visite du moulin de Tirepeine (ISMH) dont l'établissement remonte au moins au XVe siècle. Le bâtiment conserve un mécanisme remarquable ainsi que tout son système hydraulique. (Localisation : sur la D47, exactement à mi-chemin entre Jars et Assigny. Contact : 02 48 73 87 25 ). Visite libre ou commentée.

Date et horaire : Dimanche 18 septembre à 9h30. Tarif : non précisé.

 

Un programme sympathique et sans doute non exhaustif. De quoi passer un week end culturel à deux pas de chez soi.

 

Mais comme ce blog est aussi un espace de liberté, parlons un peu des sujets qui fâchent. Parlons des absents. Parlons du programme que vous auriez dû avoir, mais que vous n'aurez pas pour ces Journées Européennes du Patrimoine.

N°1 : Saint-Brisson-sur-Loire

Chaque année depuis plus de 25 ans, l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire vous accueillait au château pour le week end. Visites guidées classiques, visites spéciales par les restaurateurs des parties fermées au public, démonstrations de tir de machines de guerre médiévales... Tout un programme pour toute la famille, dans la convivialité et le partage autour de la culture et du patrimoine, autour d'un grand monument du Giennois. 

Pour la deuxième année consécutive, les Amis du Château ne vous accueilleront pas au château pour les Journées Européennes du Patrimoine.

Les habitués de ce blog savent en effet que le 31 décembre 2014, la municipalité de Saint-Brisson, de façon unilatérale, avec le plus grand mépris et après 27 années de travail bénévole qui avaient permis de restaurer la quasi totalité du monument sans qu'il en coûtat bien lourd à la commune, ce 31 décembre 2014 donc, la municipalité nous foutait dehors avec perte et fracas avant de disperser les collections du château, léguées avec lui à la commune en 1987, à l'encan, et de brader le château comme on se débarrasse d'une vieille épave ou d'un chien galeux. (Voir mes articles précédents à ce sujet) Le tout avec une détermination et une hargne froide qui nous laisse encore pantois aujourd'hui. Cette blessure profonde sera longue, très longue à refermer. Un an bientôt après les chapitres les plus durs de cet épisode, je confesse qu'il me fait encore passer des nuits blanches. Des nuits à me demander ce que sont devenues les pièces que nous n'avons pas pu arracher aux griffes des marchands, et à me poser bien d'autres questions. Je profite donc de ce papier pour rappeler à tous les responsables de cet attentat contre le patrimoine, de ce gâchis humain et financier, ce que je pense d'eux, et leur adresser le témoignage de mon souverain mépris. Je n'ai pas la rancune facile, mais il y a des choses qui font si mal qu'il est impossible de les oublier.

Château de Saint-Brisson-sur-Loire vu du val (Photo A. Estienne)

 

N'ayant pas trouvé mention de Saint-Brisson-sur-Loire dans l'agenda officiel des JEP, je ne sais pas si quelque chose est prévu au château qui, racheté en septembre 2015 par M. Lancelot Guyot (SCI Tous au château), a rouvert ses portes au public au mois de juin dernier. 

 

N°2 : Gien

Voilà LA grande absente de ces Journées Européennes du Patrimoine : Gien. Une ville de plus de 15.000 habitants qui m'est chère et où RIEN n'est prévu pour ces Journées Européennes du Patrimoine, où, par comparaison, nous noterons qu'un village de moins de 2000 habitants tel que Beaulieu propose rien moins que 6 manifestations en deux jours ! 

Je veux croire qu'il s'agit là d'un oubli regrettable qui a fait que les (nombreuses !) manifestations prévues à Gien n'ont pas été relayées par la presse, ni par les sites spécialisés, ni par le programme officiel du ministère. Mais j'ai peur de ne pas croire moi-même à ce que je suis en train d'écrire. (Vous sentez que ça m'énerve ? Vous le sentez ? Eh bien vous êtes en-dessous la vérité, je vous l'assure.)

Alors on me rétorquera que, si je suis si malin, pourquoi est-ce que je ne propose pas moi-même quelque chose ?

Premièrement parce que, professionnel de la culture, je travaille chaque week end des Journées Européennes du Patrimoine (dans une ville autrement concernée par la culture et le patrimoine, est-il utile de le préciser ?), et je n'ai donc pas la possibilité matérielle de donner de mon temps en cette occasion, ce que je fis pour Saint-Brisson voilà quelques années.

Deuxièmement, parce que les idées ne me manquent pas, voilà un exemple de ce que l'on aurait pu; ou, devrais-je dire, de ce que l'on aurait proposer au public ce week end à Gien : 

  • Dans le cadre du thème des 33e Journées Européennes du Patrimoine, "Patrimoine et citoyenneté", visite commentée de l'hôtel de ville de Gien et de la place du général De Gaulle. A 11h00, 14h00, 15h00, 16h00 et 17h00, samedi 17 & dimanche 18 septembre
  • Visite commentée de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Gien et de ses orgues trentenaires, à 14h00, 15h00, 16h00 et 17h00 samedi 17 et dimanche 18 septembre
  • Gien, de la perle médiévale au joyau de la Reconstruction, promenade commentée dans la ville basse, à la découverte d'une cité à deux visages. A 14h30 les samedi 17 et dimanche 18 septembre

Gien, vu du Berry. (Photo A. Estienne)

Et on pourrait continuer de dérouler ainsi toute une liste d'actions et de manifestations possibles, ce que je vais me garder de faire car je ne suis définitivement pas payé pour cela.

L'an passé le Conseil Départemental ouvrait les extérieurs du château au public (l'intérieur étant encore en travaux). Il ne semble pas que l'opération soit reconduite pour 2016, ou bien l'information n'aura pas été relayée par les canaux ad hoc.

Les Giennois devront donc (une fois de plus...) trouver dans les campagnes voisines, en Haut Berry notamment, de quoi satisfaire leur légitime curiosité et leur appétit pour la culture, l'histoire et le beau. 

Fin de ce billet politiquement incorrect.

Excellentes Journées Européennes du Patrimoine à toutes et à tous, et à bientôt pour des papiers plus historiques.

 

 


02 mai 2016

Les vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire - partie 2 : le choeur

 

  • Les vitraux du choeur

De très grandes dimensions, sans rapport aucun avec les petites lancettes de la nef, les vitraux du choeur sont dus à deux très bonnes signatures de la fin du XIXe siècle : Jules Boulanger (?-ca. 1915)  et Auguste Perrodin (1833-1887). Jouant sur de très grands à plats colorés, les deux artistes ont transposé sur verre plusieurs épisodes de la Passion du Christ. Malgré l'homogénéité dont font preuve ces cinq grandes verrières, le chantier qui vit leur réalisation paraît s'être étalé sur une assez longue période, de 1885, date portée par le vitrail d'axe, à 1893.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, l'arrestation du Christ. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrière de l'arrestation du Christ. Détail. Judas désigne Jésus aux Romains. (Photo A. Estienne)

 

Ce détail du vitrail de l'arrestation du Christ au jardin des Oliviers permet de mettre en exergue la remarquable qualité et le souci du détail apporté au dessin, jusqu'aux derniers plans de la scène. Jules Boulanger et Auguste Perrodin ne sont pas des inconnus, néanmoins je n'ai pu rassembler suffisamment d'informations pour parvenir à déterminer si leur collaboration, de tout évidence extrêmement fructueuse, fut ici une exception ou bien au contraire un exemple abouti au milieu d'un ensemble plus vaste. Il est cependant possible que les deux hommes se soient rencontrés au cours des années 1870. En effet, Perrodin séjourna trois années durant à Rouen, ville dans laquelle Jules Boulanger possédait son atelier. Le peintre y avait été appelé afin de réaliser le décor peint de l'église néo-romane Saint-Hilaire, nouvellement construite. Peintre d'histoire, Perrodin donne les cartons que Boulanger transpose sur verre. Le premier est amateur de grandes compositions, le second passionné par la couleur. La synthèse de leurs travaux respectifs à Châtillon-sur-Loire est tout à fait remarquable.


Eglise de Châtillon-sur-Loire, la Cène. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, la crucifixion. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Crucifixion, détail. (Photo A. Estienne)

 

On peut ici admirer la qualité du traitement de la couleur, la qualité du dessin, le tout en partie marqué par la recherche de compositions monumentales propres à la peinture d'histoire du XIXe siècle, et par un style et des coloris empruntés à la Renaissance. La patte des deux artistes est une nouvelle fois présente dans une synthèse d'une grande beauté, d'une grande élégance.

 Artiste talentueux, disciple d'Hippolyte Flandrin (1809-1864), Auguste Perrodin est repéré notamment par Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc qui lui confie la réalisation de décors majeurs lors du chantier de restauration de Notre-Dame-de-Paris entre 1860 et 1864. C'est ainsi qu'il fut amené à décorer la chapelle axiale de la cathédrale Notre-Dame, consacrée à la Vierge. Six panneaux réalisés a fresco représentant La rencontre de Jésus portant sa croix et de sa mère, La crucifixion, La descente de croix, La Communion, La mort, Le couronnement de la Vierge. Non content de cela, l'architecte de Napoléon III lui confie encore la décoration de la chapelle Saint-Etienne dans le bras nord du transept, et la décoration du bras sud (une vie de Marie, suivie de douze rois, prophètes et docteurs qui l'ont célébrée, l'artiste ayant donné les traits de Viollet-le-Duc lui-même à l'un de ces personnages). Perrodin réalise également le décor des panneaux intérieurs du meuble enfermant les reliques acquises par Louis IX auprès de Baudoin II. Ils portent huit épisodes de la vie de saint Louis. 

Enthousiasmé par le travail du jeune peintre, Viollet-le-Duc en parlait en ces termes : "Je ne croyais pas qu'on pût à notre époque retrouver avec autant de bonheur cette pureté idéale de lignes, cette transparence de couleurs dont les moines italiens semblaient avoir enseveli le secret dans leurs cloîtres."

A peu de distance de là, son travail de restauration de certaines fresques au château de Vaux-le-Vicomte sera également salué pour son exceptionnelle qualité. Durant toute sa carrière, Auguste Perrodin s'essaie avec un égal succès à tous les supports, de la peinture murale, a fresco, à la peinture sur verre en passant par la peinture de chevalet. Il est actif dans la France entière : Rouen, Caen, Rhodez, Cahors, Lyon, Antony, Noisy-le-Sec, Fécamp, Honfleur, Villefranche-sur-Rhône, Paris, Beaugency, entre autres, sans oublier Bourg-en-Bresse dont il était natif.

Las, en dépit de sa virtuosité, Auguste Perrodin ne fut jamais reconnu ni distingué à la hauteur de ses talents. Charles Jarrin (1813-1900), qui rédigea dans les pages de la Société d'Emulation, Agriculture, Lettres et Arts de l'Ain, une nécrologie des plus détaillées et des plus élogieuses à son sujet l'expliquait ainsi : "Je disais en 1869 dans les Annales, de l'oeuvre de Perrodin à Notre-Dame, que l'avenir du peintre dépendait de son succès. C'était mal connaître Paris. Il faut pour réussir là un peu de talent, c'est vrai; mais surtout bien du savoir-faire ou bien de la fortune. Avec de la fortune, on donne à propos à dîner à un directeur de journal, on paie son prix un article de revue. Avec du savoir-faire on se faufile dans tel salon influent, on obtient tel portrait sûr d'avance d'être regardé. Or Perrodin n'avait que du talent."

Eglise de Châtillon-sur-Loire, la Résurrection. (Photo A. Estienne)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. Les soldats endormis. (Photo A. Estienne)    Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. (Photo A. Estienne)    Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de la Résurrection, détail. (Photo A. Estienne)    

Eglise de Châtillon-sur-Loire, l'apparition à saint Thomas. (Photo A. Estienne)

 Ces remarquables verrières font malheureusement partie des toutes dernières oeuvres d'Auguste Perrodin. Boudé par le milieu parisien, victime tout autant de son refus des mondanités que de l'évolution du goût; épuisé par des années d'un labeur acharné dans de nombreux monuments de province où chaque fois son travail fut admiré à défaut d'être toujours correctement payé; gravement malade, Auguste Perrodin s'éteint le 25 juillet 1887, à Châteauneuf-les-Bains, seulement âgé de 53 ans, et alors même que sont réalisées les premières verrières du choeur de Châtillon. Si toutes paraissent avoir été dessinées par lui, seules, de gauche à droite, les verrières n°2 (1887) et n°3 (vitrail d'axe, 1885), portent sa signature aux côtés de celle de Jules Boulanger. Les trois autres, réalisées plus tardivement, en 1891 et 1893, du fait de difficultés financières du commanditaire ou d'un retard lié à la disparition du dessinateur, sont demeurées anonymes. Seule y apparaît la marque du maître verrier rouennais. 

Auguste Perrodin repose à Châtillon-les-Dombes, auprès de ses parents. Sa modestie et son talent l'avaient fait tenir en haute estime par tous ceux qui le connaissaient. Une rue porte désormais son nom dans sa ville natale de Bourg-en-Bresse.

 

A notre connaissance, aucune étude ne paraît jamais avoir été consacrée à Auguste Perrodin. C'est à coup sûr un grand tort, et il est plus que temps qu'un artiste de cette valeur soit reconnu, ses oeuvres recensées et valorisées, plus de 130 ans après sa disparition. Si ce modeste article y contribuait d'une façon quelconque, j'en serais très heureux.

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  • Les vitraux du transept

Très différents des précédents, tant dans le style que dans la technique, les vitraux du transept ont été réalisés entre les années 1930 et la fin des années 1950. Ils témoignent des créations d'une grande famille de maîtres verriers dans la première moitié du XXe siècle, les Mauméjean. De style Art Déco, leurs dimensions sont identiques à celles des vitraux du choeur. L'artiste, de tout évidence Charles (dit Carl) Mauméjean (1888-1957) joue énormément sur la couleur; mais contrairement à Boulanger et Perrodin qui développaient de grands à plats de couleurs très purs, il joue ici sur la technique traditionnelle du vitrail avec sa multiplicité de petits verres colorés assemblés au plomb. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept nord, la Présentation de Jésus au Temple. (Photo A. Estienne)

   Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept nord, l'Adoration des mages. (Photo A. Estienne)

   Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept sud, l'Assomption ? (Photo A. Estienne)   

Eglise de Châtillon-sur-Loire, transept sud, l'apparition du Christ ressuscité aux apôtres et à la Vierge. (Photo A. Estienne)

 

Les ateliers Mauméjean ont essaimé dans toute la France et au-delà, Amérique, Asie, particulièrement en Espagne. Ils avaient en effet un atelier à Hendaye), travaillé dans les édifices les plus variés, jusqu'à réaliser les vitraux de la chapelle du paquebot "Ile-de-France" en 1927, à bord duquel ils croisèrent le jeune Max Ingrand, 18 ans à peine à cette époque, chargé de la réalisation de verres gravés pour de nombreuses cabines du navire, et qui réaliserait bien plus tard les vitraux de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Gien. "Maitres d'une rare compétence professionnelle possédant un sens artistique avisé et une profonde science héréditaire." Tels étaient les qualificatifs qui accompagnèrent la remise du grand prix de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels de Paris en 1925 à la maison Mauméjean frères. Artistes engagés, les frères Mauméjean n'hésitent pas, en 1941, à l'occasion d'une commande pour l'église de Montgeron (Essonne) à représenter le roi Hérode sous les traits d'Adolf Hitler, massacrant saint Jacques symbolisant le peuple juif. Acte de résistance en forme de pied de nez à l'Occupant. L'oeuvre était passée inaperçue jusqu'à sa redécouverte en 2011. L'atelier Mauméjean, quant à lui, existe toujours, désormais implanté à Madrid. Un ouvrage est paru il y a peu qui retrace l'épopée de cette grande maison.

 

Antoine Estienne.

13 février 2016

Les vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire - partie 1 : la nef

JPPM 2015, affiche du 3e Rallye-Patrimoine du Giennois.

Le 14 juin 2014, jorganisais avec la SHAG (Société Historique et Archéologique du Giennois) le 3e Rallye-Patrimoine du Giennois dans le cadre des 17e Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins. Cette manifestation nationale, d'initiative associative, moins célèbre et moins ancienne aussi que son fameux pendant, les Journées Européennes du Patrimoine, qui se tiennent traditionnellement le 3e week-end de septembre, est organisée le 3e week-end de juin. Elle ouvre la saison quand les JEP la referment. Les Journées du Patrimoine de Pays se proposent surtout de mettre en avant un patrimoine rural, modeste, peu connu ou spécifique. 

L'édition 2014 se tenait sur la thématique "Couleurs et lumière". Nous sommes donc partis à bord des mini-bus mis à notre disposition par la ville de Gien, à la découverte des mosaïques, des dallages, des peintures et des vitraux qui font châtoyer nos monuments, à Gien et dans sa région. Un patrimoine important, riche et totalement méconnu. Très peu de recherches ont eu lieu à ce sujet, particulièrement dans la région, aussi ce circuit qui nous emmenait de Gien à Germigny-des-Prés, en passant par Briare, Châtillon-sur-Loire, Saint-Brisson-sur-Loire, Cerdon, Sully-sur-Loire et Saint-Benoît-sur-Loire, m'a-t-il demandé un gros travail de préparation. Je pense d'ailleurs qu'il donnera lieu à la publication d'un article spécifique dans un prochain bulletin de la SHAG et à quelques billets sur ce blog. En voici un premier avant-goût avec un aperçu des vitraux de l'église de Châtillon-sur-Loire.

Eglise Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, la nef centrale et le choeur, vus de l'Ouest. (Photo A. Estienne)

L'église  Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire est une construction néo-gothique du dernier tiers du XIXe siècle (1877-1879). Bien que de notre point de vue elle ne soit pas à ranger dans la catégorie bien chargée des horreurs infâmes que le XIXe siècle a eu le chic de substituer à nombre d'églises médiévales assurément mieux bâties et souvent sauvables, en dépit des imprécations des uns ou des autres, l'église Saint-Maurice ne mériterait guère de retenir l'attention s'il n'y avait ses verrières. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrière sud du bras sud, le Christ ressuscité apparaissant à la Vierge et aux apôtres, détail. (Photo A. Estienne)

D'une qualité et d'une diversité étonnantes, ces verrières, notamment celles du choeur et du transept, de grandes dimensions, portent les signatures de certains des meilleurs artistes et artisans verriers de leur époque, et font littéralement de l'église de Châtillon un petit temple de la couleur, un musée de la peinture sur verre de la fin du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du transept, signature de l'atelier Mauméjean. (Photo A. Estienne)     Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du choeur, signature de Jules Boulanger. (Photo A. Estienne)     Eglise de Châtillon-sur-Loire, verrières du choeur, signature d'Auguste Perrodin. (Photo A. Estienne)           

Ces vitraux et vitreries, tous figuratifs, paraissent issus d'au moins deux campagnes différentes. La première pourrait avoir concerné simultanément la nef et le choeur. Dans ces deux espaces en effet, bien que de qualité radicalement différente, et ayant été exécutées par des artistes différents, les verrières semblent contemporaines entre elles. Il s'agit vraisemblablement d'oeuvres commandées sur concours à l'issue du chantier de reconstruction de l'église dans les années 1880. Le transept, quant à lui, présente des oeuvres radicalement modernes, se rattachant clairement au style et à la période Art Déco, ce qui les situe entre les années 1930 et 1950.

  • Les vitraux de la nef

Premiers rencontrés par le fidèle ou par le visiteur profane, les vitraux de la nef sont aussi à dire vrai les moins remarquables quoique d'une qualité tout à fait correcte. Ils présentent plusieurs thèmes, parfois développés sur deux verrières. On y trouve Jeanne d'Arc, saint Louis, saint Maurice, patron de l'église, sainte Solange, patronne du Berry, saint Posen, patron de la paroisse, saint Vincent, patron des vignerons, et saint Eloi, patron des artisans. Le tout est complété par deux roses dans le prolongement occidental des bas-côtés, l'une d'elles étant dédiée au Sacré Coeur, l'autre à Maurice d'Agaune. Enfin il faut citer une verrière placée à l'aplomb du baptistère et représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste. Exception faite de ce saint Jean-Baptiste et du saint Vincent, réalisés tous deux par l'atelier parisien Antoine Lusson fils, toutes ces verrières sont issues de l'atelier Charles Lorin, à Chartres.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail johannique signé Lorin (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail johannique signé Lorin (Photo A. Estienne)

Cycle de la vie et du martyre de Jeanne d'Arc (Ch. Lorin, Chartres).

Lancette gauche : partie haute, Jeanne délivre Orléans; partie basse, Jeanne est choisie pour délivrer le pays de l'Anglais.

Lancette droite : partie haute, Jeanne est accueillie au ciel; partie basse, Jeanne est brûlée vive à Rouen.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Maurice d'Agaune. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de sainte Solange signé Lorin. (Photo A. Estienne) 

Vie et martyre de saint Maurice; vie et martyre de sainte Solange (Ch. Lorin, Chartres).

Lancette gauche : partie haute, Maurice commandant l'armée des Thébains; partie basse, Maurice et ses hommes sont mis à mort par l'armée de Maximien. Lancette droite : partie haute, décollation de Solange; partie basse, Solange en prière au pied d'un calvaire au milieu de son troupeau à l'arrivée du bourreau.

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Posen. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Posen. (Photo A. Estienne)  

Cycle de la vie de saint Posen (Ch. Lorin, Chartres).

Relativement communes, les verrières de Lusson comme celles de Lorin sont issues d'un travail du verre industriel ou semi-industriel en cette fin de XIXe siècle, ce qui en fait davantage des "produits" que des oeuvres. Comme Charles Lorin, Antoine Lusson avait hérité de l'atelier de son père. Si ce dernier a aujourd'hui disparu, l'atelier Lorin en revanche est toujours en activité, et est aujourd'hui le plus ancien atelier du vitrail de Chartres.

Réalisées en grisailles, les deux verrières de Lusson sont aisément identifiables dans la nef. Une seule est signée mais, comme les éléments végétaux chez Lorin, le décor standardisé des grisailles et des bordures néo-Renaissance permet de les reconnaître.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Vincent. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Jean-Baptiste. (Photo A. Estienne)

Les deux verrières signées A. Lusson, Paris : vitrail de saint Vincent, et vitrail du baptême du Christ par saint Jean-baptiste accompagné de la phrase "Hic est filius meus dilectis" (Celui-ci est mon fils bien-aimé, Matthieu III, 17)

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Eloi. (Photo A. Estienne)Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Louis. (Photo A. Estienne)

 

Vitrail de saint Eloi et vitrail de saint Louis.

Lancette droite : partie haute, saint Louis portant la couronne d'épines, entouré d'évêques portant des reliquaires contenant vraisemblablement des reliques de la Vraie Croix. Partie basse, Louis IX rendant la justice sous son chêne.

 Un deuxième ensemble de vitraux est constitué par quatre quadrilobes situés sous la tribune, dans l'avant-nef, de part et d'autre du portail. Le visiteur ne distingue vraiment ces quatre vitraux que sur le chemin de la sortie. Ils mettent en scène les portraits des quatre évangélistes accompagnés de leurs attributs. Jean et son aigle, Luc et son boeuf, Marc et son lion, Matthieu et son ange. Présentant une  belle facture, tant au point de vue du dessin que de la couleur, ces oeuvres agréables ont été réalisées par l'atelier L. Fauché à Orléans qui semble avoir connu une certaine notoriété entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Jean l'évangéliste. (Photo A. Estienne)

 

Saint Jean.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Luc. (Photo A. Estienne)

 

Saint Luc.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Marc. (Photo A. Estienne)

 

Saint Marc.

 

Eglise de Châtillon-sur-Loire, vitrail de saint Matthieu. (Photo A. Estienne)

 

Saint Matthieu.

 

24 décembre 2015

Les féeries ligériennes

En ces périodes de fêtes je cherchais une idée de billet de saison, quelque chose qui nous rappelle en cette veille de Noël que la poésie est partout autour de nous et qu'il suffit d'ouvrir grands les yeux pour se sentir soudain transporté. C'est Abraham Malfuson (1768-1848) qui me fournit la matière de ce court papier. Ayant eu la chance d'acquérir voici quelque temps l'édition originale, et dans mon cas partiellement manuscrite, de son Histoire de la ville de Sancerre (1826), petit ouvrage fort intéressant et fort rare au demeurant, j'y ai relevé ce passage :

"En effet, l'astre du jour s'était caché derrière le Mont-Damné, qui domine le village de Chavignol, ses derniers rayons doraient les sommets de l'Orme-au-Loup, de Pierre-Compillière, et les cimes lointaines du Morvan. Les quais, les maisons, les églises de Cosne, Pouilly et La Charité brillaient d'une couleur aurore. Aucun vent impétueux n'agitait l'air, l'azur du ciel se réfléchissait dans les ondes paisibles de la Loire; une brise légère apportait une fraîcheur délicieuse. Insensiblement la lumière décroissait et les objets disparaissaient dans l'ombre. Soudain un nouveau spectacle vient me frapper. La Loire se couvre des feux des pêcheurs et bientôt le cours de ce fleuve, de Nevers à Briare, dans un espace de vingt lieues, ne présente qu'une immense illumination."

Historivegauche_Histoire_de_Sancerre_Abraham_Malfuson

Outre un commerce prodigieux qui voyait descendre et remonter au fil de l'eau et du vent une impressionnante flotille de bateaux à fond plat de toutes tailles, et qui fit la richesse de nombre d'habitants et de villes occupant les berges du fleuve, Gien la première, Abraham Malfuson nous rappelle en effet que la Loire fut de tout temps un exceptionnel vivier. Bien qu'elle soit rarement évoquée dans les publications spécialisées, la pêche y était autrefois une activité importante sinon majeure dont le souvenir est encore entretenu ici et là de manière discrète. Pensons tout simplement à la rue des pêcheurs, dans le quartier du Berry en rive gauche de Gien, dont les quelques maisons anciennes se rattachent encore à cette activité. La marine de Loire ne l'a d'ailleurs pas totalement déserté puisque l'association les Fis d'Galarne a ses locaux non loin, qui, depuis près d'un quart de siècle s'emploie à redonner vie à la marine de Loire. 

Si seule une toute petite poignée d'irréductibles pratiquent encore la pêche en Loire, notamment Monsieur Charles Sergent sur ce territoire du Haut Berry Giennois qui nous intéresse, faisant perdurer des traditions, des savoir-faire et des saveurs propres à ce terroir, il faut imaginer le fleuve autrefois couvert, outre de bateaux de commerce, de nombreuses barques de pêche, et ce de jour... comme de nuit. En effet, certains pêcheurs ligériens au moins pratiquaient la pêche au feu ou pêche à feu, aussi connue sous le nom italien de pêche au lamparo. Pratiquée à la torche, puis, à compter de la fin du XIXe siècle, à la lampe à acétylène, la pêche au feu consiste à attirer le poisson près de la surface de l'eau à l'aide d'une puissante source lumineuse, puis à l'enserrer dans un filet.

 

Pêcheurs au lamparo de l'Empire byzantin, du Codex Skylitzès Matritensis, Bibliothèque nationale de Madrid, Vitr. 26-2.

Comme le montre bien cette enluminure byzantine, la pêche au feu est une technique très ancienne, attestée en Europe depuis l'Antiquité et sans doute bien au-delà. De très nombreuses cultures la pratiquent ou l'ont pratiquée autour du globe, comme au moins certains peuples natifs d'Amérique du Nord. Une scène similaire nous est présentée par Paul Kane (1810-1871) sur une huile sur toile intitulée Fishing by torchlight et conservée au Royal Ontario Museum de Toronto. En dépit du fait que l'artiste y situe l'action à des milliers de kilomètres de notre Haut Berry Giennois, sur des canoes qui n'ont rien de commun avec les futreaux utilisés sur la Loire, le tableau restitue avec une particulière acuité l'ambiance lumineuse qui pouvait entourer cette pêche singulière.

Paul Kane (1810-1871), Fiching by torchlight, Royal Ontario Museum, Toronto.

Malheureusement, plus encore peut-être que toutes les activités pratiquées sur le fleuve, la pêche au feu est une pratique risquée, comme en témoigne ce document tiré des registres paroissiaux du petit village insulaire de Saint-Firmin-sur-Loire que nous reproduisons ci-dessous. En cette matinée de 1734, le curé du lieu est appelé sur les berges de la Loire pour procéder à la levée du corps d'un tout jeune homme, un pêcheur du village, qui a trouvé la mort durant la nuit, noyé en pratiquant la pêche au lamparo.

 

Extrait des registres paroissiaux de Saint-Firmin-sur-Loire, 20 août 1734, AD Loiret 1Mi EC 276 GG 4 163.

 

"Ce Jour d'huy vingt aoust mil sept cent trente quattre entre six et sept heures du matin à la sollicitation des Simons Henry père et fils vignerons demeurants en ce bourg de St Firmin, moy prestre curé de St Firmin sur Loire, revestu de mes habits Sacerdotaux accompagné de la croix et de l'eau beniste et des temoins cy après nommés Je me suis transporté au bord de la riviere de Loire distant du bourg environ milles pas ou Jay trouvé un cadavre mort (sic) qu'on m'a dit s'estre noyé de la nuit derniere en peschant au feu lequel a esté reconnu pour estre pierre henry, fils de Simon henry vigneron lequel cadavre J'ay enlevé et deposé en l'eglise du dit St Firmin pour estre Inhumé comme Il en sera ordonné par la Justice de St Brisson. le tout en présence de Jean collas Sergent fils du marguiller, Simon henry vigneron pere, Simon henry vigneron filz françois millan manoeuvre, pierre marechal vigneron, george paumier vigneron, françois girault domestique tous tesmoins demeurants dans ledit bourg qui ont tous déclaré ne savoir signer Soffre le deL collas qui a signé ces presentes avec moy.

Le vingtiesme d'aoust 1734 suivant l'ordonnance de monsieur le procureur fiscal de la Justice de St brisson en datte du Jour signé Carré a esté inhumé par moy curé de St firmin sur loire le cadavre cy-dessus qui a esté reconnu pour estre pierre henry aimant mary d'anne poupardin agé de vingt deux ans environ lequel a esté inhumé dans le grand cimetière de ladite paroisse par moy curé soussigné ou je lai conduit avec les cérémonies ordinaires. 

De Sauzay, curé de St Firmin."

Toute médaille a son revers, et la féérie que devait être autrefois ce fleuve dont l'onde fourmillait de lumières scintillantes et sautillantes au gré du courant, une fois la nuit venue, ne doit pas faire oublier le lourd tribut payé par les hommes de la rivière. Tâchons cependant, l'espace d'un instant, de ne retenir que la beauté d'une telle vision.

Et puisqu'il s'agit là du dernier billet de l'année, j'en profite pour vous souhaiter à toutes et à tous, chères lectrices et chers lecteurs, d'excellentes fêtes de fin d'année, pleines de joie(s) de chaleur et, pourquoi pas, de poésie. 

Joyeuses fêtes et bonne année 2016 ! 

Bien à vous.

Le guide-conf'

26 octobre 2015

Jean Chevreau, un facétieux Giennois survivant d'Azincourt

Rémission pour un serviteur de Pierre des Essars.

Paris, août 1416.

 

L'histoire ne dit pas si le roi a ri. Neuf mois après le massacre d'Azincourt, dont nous venons de célébrer, ce 25 octobre 2015, les 600 ans; une bataille - on devrait plutôt dire une boucherie - qui vit tomber en trois heures la fine fleur de la noblesse française - 6000 morts, 2200 prisonniers - sous la pluie de flèches des archers anglais, Charles VI le Fol, passablement atteint, reçoit une demande de rémission. 

Charles VI, roi de France. Maître de Boucicaut, Demandes à Charles VI, f° 4, Pierre Salomon conversant avec le roi Charles VI (détail), 1412, Bibliothèque de Genève.

La lettre de rémission est un instrument de justice encore relativement nouveau en 1416, puisqu'elle est apparue à la fin du XIVe siècle. Et l'on pourrait dire en guise de résumé qu'elle est à l'époque médiévale ce que la Grâce présidentielle est à la Ve République. A ceci près, toutefois, qu'au-delà de ses effets en matière judiciaire, elle est aussi, et avant tout, un intrument politique destiné à placer le roi au-dessus des parlements et de tous les tribunaux provinciaux ou seigneuriaux. Elle participe pleinement à ce titre de l'effort d'unification et de centralisation du royaume autour du pouvoir monarchique. Tout accusé peut en effet faire appel au roi durant une procédure judiciaire à son encontre, et avant même qu'une quelconque condamnation ait été prononcée. En émettant au profit du requérant une lettre de rémission, le roi éteint la procédure judiciaire, laissant cependant à la charge du bénéficiaire de sa grâce le soin d'indemniser sa victime.

L'histoire ne dit pas si le roi a ri. Pourtant il y avait sans doute de quoi à la lecture des exploits du requérant, Jean Chevreau. Le contenu de la lettre de rémission émise en retour, et retranscrite ci-dessous, nous en donne en tout cas un truculent aperçu.

Jean Chevreau est né à Gien. Âgé de 28 ans "ou environ", il est, au mois d'août 1416, date à laquelle est émise la lettre de rémission à son bénéfice, ce que l'on pourrait appeler un pensionnaire à titre gracieux des prisons du bailli royal de Chartres. Quelques mois plus tôt, il a pris part à la mêlée sanglante d'Azincourt; la male journée. Depuis trois ou quatre ans serviteur, valet ayant la garde des chevaux, de Pierre des Essars, écuyer possessionné à Sechereville, toponyme disparu et à notre connaissance non localisé de la commune actuelle de Gallardon, en Eure-et-Loir, à quelques lieues de Chartres; Jean Chevreau assiste impuissant à la capture de son maître par les Anglois.  Ne pouvant lui être d'aucun secours, il reprend seul le chemin de Sechereville où l'attend sa maîtresse, épouse de l'écuyer captif.

Azincourt, Abrégé de la Chronique d'Enguerrand de Monstrelet, XVe s, BnF.

Ayant été contraint de faire halte en chemin à Longroy (Seine-Maritime) afin de faire ferrer l'un des chevaux de son maître qu'il avait conservés sous sa garde, il y fit la rencontre d'un "compaignon". Un personnage dont il avait déjà croisé la route dans la ville même de Gallardon, "qui aucunes fois se disait prêtre, aucunes fois chevalier, et autreffois d'autre estât". Accompagné d'une jeune femme "qui s'esbatoit avec les compaignons", il prétendait posséder un rôle complet comprenant les noms de tous les combattants faits prisonniers par les ennemis.

Comme le filou était attablé dans une taverne, entouré d'hommes du cru, Jehan Legendre, Symon Berbion et Jehan Plessis, ainsi que de deux fillettes, Jean Chevreau entreprit de l'interroger au sujet du sort réservé à son maître, Pierre des Essars, "dont il ne sçeut rien dire de vérité". L'imposture étant ainsi dévoilée, et ses voisins de table, Legendre, Berbion et Plessis, comprenant, grâce à l'intervention de Chevreau, que l'homme assis au milieu d'eux "étoit toute malice" afin d'extorquer monnaie sonnante et trébuchante aux femmes et hommes du pays sans nouvelles d'un mari, d'un ami ou d'un parent; indignés par le procédé, les quatre hommes convinrent de donner à cet escroc une leçon dont il se souviendrait.

Jan Steen (1625-1679), Fête à la taverne.

C'est ainsi que, l'ayant suivi jusqu'au village de Viee, à une lieue et demi de Gallardon (probable commune actuelle de Villiers-le-Morhier), où il logeait "en l'ostel d'un povre homme d'ilec ", ainsi que la jeune prostituée qui l'accompagnait ("la povre femme, qui de son consentement estoit couchée avecques autres compaignons dudit pays"), aux environs de minuit, ils s'introduisirent dans ledit ostel par l'huis de derrière. Ils n'eurent pas longtemps à attendre, et virent presque aussitôt leur cible descendre de la chambre qu'il occupait à l'étage, accompagné de deux jeunes clercs locaux. Tirant son épée, Jean Chevreau en appuya la pointe contre la poitrine du faquin, déclarant qu'il n'hésiterait pas à le tuer s'il faisait mine de bouger.

Après quoi, le menant à la pointe de l'épée, Jean Chevreau et ses trois compagnons, escortèrent le drôle, qui assurément n'en menait pas large, jusque dans un bois voisin. Là, s'il faut en croire la lettre, ils le dépouillèrent de son jaseran (sorte de cotte de mailles constituée de mailles plates reliées entre elles par des mailles annulaires), équipement d'un certain prix, qu'ils gardèrent par devers eux avant de le laisser là, non sans lui avoir recommandé un prudent silence quant à la peu glorieuse aventure qu'ils venaient de lui offrir.

Si le jaseran est seul cité dans la lettre royale, parce qu'il représente un substantiel préjudice financier pour la victime, préjudice que Jean Chevreau, grâcié, devra réparer; on ne peut s'empêcher de penser que nos quatre facétieux compères, Jean Chevreau à leur tête, ne se contentèrent pas alors de ce seul butin. Il est en effet peu probable qu'en pleine nuit ils se soient attendus à trouver le larron vêtu de la sorte. Du reste, on comprend à la lecture de la lettre que l'expédition était punitive, et que s'ils s'emparèrent de ce vêtement de prix, ce fut sans doute en profitant de l'opportunité qui s'offrait à eux. Il ne leur était pas nécessaire en effet de conduire leur victime à l'extérieur du village, dans un bois, uniquement pour faire main basse sur sa cotte de mailles. S'ils en avaient eu spécialement après elle, il leur aurait été bien plus facile de la lui prendre au moment-même où ils l'avaient cueilli au nid. 

Peut-être votre serviteur a-t-il l'esprit affreusement mal tourné, mais si vous voulez l'en croire, et bien que la lettre royale n'en fasse point état; après Azincourt, cette fraîche nuit d'automne 1415, le roi ne fut vraisemblablement pas le seul à se trouver nu. Tout nu. Mais lui au moins n'était pas perdu au milieu des bois...

 

Rémission pour un serviteur de Pierre des Essars.

Paris, août 1416.

 

Charles, etc, savoir faisons à tous présens et avenir. A nous avoir esté exposé humblement de la partie des parens et amis charnelz de Jehan Chevreau, natif de la ville de Gien sur Loire, aagié de xxvm ans ou environ, à présent prisonnier en nos prisons de Chartres, contenant : Comme après la journée derrenièrement tenue en nostre pays de Picardie par plusieurs nos parens et vassaulx à l'encontre de nostre ad versaire d'Angleterre, à laquelle journée fut Pierre des Essars, escuier, duquel esloit et encores est serviteur ledit Pierre Chevreau, qui à ladicte journée fut avecques ledit Pierre des Essars, son maistre. Lequel Pierre, son maistre, demoura. prisonnier de nostredit adversaire d'Angleterre ou de ses gens. Et ledit Jehan Chevreau qui estoit avecques lui, comme varlet gardant ses chevaulx, s'en retourna au lieu de Sechereville près de la ville du Galardon où estoit et est le domicile dudit Pierre et de sa femme, avecques lesquels ledit Chevreau avoit et a demouré comme serviteur, par l'espace de trois à quatre ans. Et ainsi que ledit Jehan Chevreau estoit aie en la ville du Gué de Long- Roy 2 faire ferrer un des chevaulx dudit Pierre son maistre, il eut trouvé en ladicte ville un compaiguon, passant par le pais, qui aucunes fois se disoit prestre, aucunes fois chevalier, et autreffois d'autre estât; lequel il avoit par-avant veu en ladite ville de Galardon. Et menoit avec lui une jeune femme qui s'esbatoit avec les compaignons. Et disoit ledit compaignon avoir un rooles où estoient contenus les noms de tous les prisonniers françois de nosdiz adversaires, et d'iceulx prisonniers savoir les noms. Et estoit pour lors icellui compaignon en une taverne de ladicte ville du Gué de Long Roy, avecques et en la compaignie de Jehan Legendre, de Symon Berbion, de Jehan Plessis et de deux fillettes. Auquel compaignon il se feust adrecé, et icellui interrogué à savoir se il savoit aucunes nouvelles dudit Pierre des Essars, son maistre. Dont il ne lui sçeut riens dire de vérité. Et pour ce, ledit Jehan Chevreau, et autres dessus nommez, qui estoient dupais, véans [que] le fait et manière de procéder dudit compaignon estoit toute malice et afin de avoir et exiger argent, comme il avoit par pareil moien fait de plusieurs povres gentilz femmes et autres gens du pais qui avoient eu leurs maris et parens à ladicte journée, qui estoit grant pitié veu la désolacion qui lors vestoit, indignez et courroucez du cas avenu à ladicte journée; et par espécial ledit Jehan Chevreau, de la prise dudit Pierre des Essais, son maistre, se transporta tantost après heure de mynuyt, avecques aucun des dessus- nommez et autres dudit pays qui de ce avoient parlé ensemble, en intention de destrousser ledit compaignon au lieu et village de Viee, à lieue et demie dudit lieu de Galardon, où estoit logié ledit compaignon, en l'ostel d'un povre homme d'ilec. Ainsy y estoit logée la povre femme, qui de son consentement estoit couchée avecques autres compaignons dudit pays. Et oudit hostel entrèrent par l'uys de derrière, environ minuit. Et tantost après, descendi d'une chambre haulte dudit hostel, ledit compaignon qui y estoit couchié, avecques deux jeunes clers du pais. Au devant duquel ala ledit Jehan Chevreau, lequel tira une espée qu'il avoit et l'appuya contre la poictrine dudit compaignon, disant que s'il se remuoit, il le tueroit. Et d'ilec le menèrent, lui et les autres, en un petit bois près d'ilec, où ils lui despouillèrent un jaseran qu'il avoit vestu, et lui firent promectre que pour ce ne l'encuseroient, sans lui faire aucune autre force, injure ou violence. Et en ce point le laissèrent, et emportèrent ledit jaseran, qui povoit valoir environ dix frans. Sur lequel a esté baillié audit Jehan Chevreau environ dix solz parisis pour sa part. . . .

(Rémission adressée au bailli de Chartres.) 

Donné à Paris ou mois d'aoust, l'an de grâce

mil cccc et seize et nostre règne le xxxvi.

Par le Roy, à la relacion du conseil

Mojvïfort.

(Source : Archives nationales, Trésor des Chartes. Reg. JJ. 169, pièce 354.) 

Exemple de lettre de rémission émise par Charles VI au profit de Jehanne de Bellangues, 1395. A.N. JJ 148, n°315.

Il y a des jours comme ça, vous en conviendrez avec moi, où l'on est fier d'être Giennois.

Malheureusement pour Jean Chevreau, le délectable châtiment qu'il semble bien avoir mis en oeuvre à l'encontre de ce faisan dut très vite le désigner. Volens nolens, et pour peu fier qu'il en eût été, l'Ysengrin se vit sans doute contraint d'expliquer les raisons de son impudique et nocturne déambulation qui ne put manquer d'être remarquée, conduisant finalement à l'arrestation de Chevreau. C'est là du moins l'une des hypothèses les plus crédibles. Mais tout est bien qui finit bien, car même nu et fou, il semble que le roi ne se soit pas pour autant départi de son légendaire sens de l'humour. Ce sens de l'humour et de la justice si particulier qui lui fit un jour épingler sur le sac dans lequel il avait fait jeter en Seine l'amant présumé de sa femme, Louis de Bosredon, cette note restée célèbre : "Laissez passer la justice du Roi".


11 octobre 2015

Jours de tristesse

Le cauchemar

Les 4, 5 et 6 octobre 2015 seront pour longtemps dans le Giennois marqués du sceau de l'infâmie. Durant trois jours en effet s'est déroulée la vente aux enchères publiques des objets mobiliers du château de Saint-Brisson-sur-Loire. Une vente décidée par le conseil municipal de la commune, après la cession du château lui-même à Lancelot Guyot, 24 ans, signée formellement le 10 septembre dernier. Deux événements dramatiques qui nous ont valu un excellent article dans la prestigieuse revue La Tribune de l'Art (en date du 1er octobre 2015). Un article dont l'auteure, Mme Bénédicte Bonnet-Saint-Georges, qui m'avait contacté pour le composer, a eu la gentillesse de référencer ce blog. Je l'en remercie doublement. Vous trouverez cet article en suivant ce lien : http://www.latribunedelart.com/le-chateau-de-saint-brisson-vendu-puis-partiellement-vide *

Après 15 ans passés aux côtés de l'A.C.S.B (Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire) en qualité de bénévole, après avoir été témoin du dynamisme de notre association, de l'engagement sans faille et sans relâche de ses membres durant toutes ces années, et les précédentes, jamais je n'aurais cru vivre un jour une pareille horreur, une pareille violence, un tel cauchemar. Trois jours durant, les pièces que nous avons choyées, protégées, restaurées pour certaines, ont défilé, noyées au milieu de meubles et de bibelots de toutes provenances, lors d'une vente de prestige à laquelle les collections du château de Saint Brisson servaient de produits d'appel, de faire-valoir, tant leur valeur marchande était sans comparaison possible avec nombre d'objets proposés à la vente simultanément. 

L'attentat

Il m'est difficile d'exprimer à quel point, nous, membres de l'association des Amis du Château, qui avons tant oeuvré (et je le dis en toute modestie et collectivement, n'ayant pas fait partie moi-même des plus laborieux, je pense en l'occurrence aux travailleurs des vendredis d'hiver, à nos restaurateurs bénévoles), avons été mortifiés de voir disparaître sous nos yeux tout ce que nous avions mis tant de soin à préserver et à valoriser. Des objets qui étaient autant de témoignages sensibles d'une histoire commune, pour lesquels nous avions un respect tel que même les plus impliqués d'entre nous ne les avions, pour la plupart, jamais eus entre les mains, alors même que nous aurions eu toute latitude de les manipuler à notre guise quotidiennement. Mais c'eût été bafouer les règles élémentaires de la conservation préventive. Des règles dont se sont bien moqué les marchands qui, une fois entrés dans le temple, ont saisi sans ménagement ni vergogne tout ce qu'ils ont jugé monnayable, avec la bénédiction d'une municipalité commanditaire de ce qu'il est convenu d'appeler un attentat contre un monument majeur du patrimoine du Loiret.

Le mobilier du château de Brisson-sur-Loire (Loiret) vendu aux enchères

Trois petits tours et puis s'en vont

Combien de pièces avons-nous perdu ? Impossible de le dire en l'état. Beaucoup, sans aucun doute. Beaucoup trop. En effet, seules les plus importantes des pièces mises en vente ont fait l'objet d'un inventaire catalogue, les autres étant proposées à la vente en lots, "à la volée". Du reste, l'inventaire dressé par le commissaire-priseur lors du vidage en règle du château, est depuis gardé en mairie plus farouchement qu'un dossier secret du ministère de la Défense. Circulez, il n'y a rien à voir.

Une seule chose est sûre; plusieurs centaines de lots ont été proposés aux enchérisseurs, de la petite cuillère en argent isolée, au service de table complet, bien loin en tout cas de la trentaine de lots initialement annoncée. Sans donner raison pour autant à Me Jean-Claude Renard, opérateur de cette vente volontaire, qui sous-entendait qu'il y avait là une sorte de chance; certaines pièces, rangées dans les buffets et meubles divers du château, ont cependant défilé sous nos yeux pour la première... et sans doute la dernière fois.

Dans la salle, comble ce dimanche, outre des saint-brissonnais atterrés; de nombreux curieux, venus assister à "la vente dont toute la région parle", d'après la page de présentation de cette vente par Me Renard, sur le site interenchères.fr. Sur internet justement, ou au bout du fil, des enchérisseurs du monde entier. On parle essentiellement anglais près du pupitre; un anglais d'outre Atlantique, attiré par l'odeur des dépouilles d'un château français, fût-il inconnu. Combien d'objets sont actuellement en train d'être chargés dans les soutes des longs courriers de Roissy CdG ? Le commissaire priseur a par ailleurs bien fait les choses. Ainsi, les 32 carafes en cristal sont-elles vendues une à une. Non pour faire un chiffre, précise-t-il (pour les mauvaises langues, sans doute...), mais pour permettre à chacun de repartir avec un souvenir du château. L'idée s'avère en tout cas payante. Chaque carafe trouve preneur pour 100 à 150 €. Faites le calcul... 

Pièce unique en faïence de Gien signée Marois, commande spéciale du marquis de Saint-Brisson vers 1870, vendue lors des enchères des 4,5 et 6 octobre 2015.

Résister, rebondir, inventer

Face à ce cauchemar éveillé, que faire ? Après des années de bagarre, (particulièrement depuis 2011, voir mes articles précédents), face au mépris affiché à l'égard du travail titanesque effectué depuis presque 30 ans, et à l'égard de celles et ceux qui l'ont produit; l'abattement, le découragement étaient évidemment bien présents dans nos esprits. Mais la violence de cette vente, de cette dispersion; le gâchis formé par la dilapidation de ce patrimoine ont agi comme un électrochoc. Nous ne pouvions pas nous résigner. Pas maintenant, pas après toutes ces années, tout ce labeur. Pas devant ce qui était en jeu : la disparition de tout un pan de l'histoire de notre région. Nous pouvions encore agir; là, maintenant. Mieux, nous devions encore agir ! C'était notre dernière chance de sauver quelque chose dans ce naufrage organisé. Alors avec les membres du bureau de l'association des Amis du Château, et une petite poignée de passionnés irréductibles, nous nous sommes concertés, et nous avons fait nos comptes. Il fallait y aller et sauver les meubles. Ca coûterait ce que ça coûterait. Nous ne pourrions pas tout arracher aux griffes des spéculateurs, mais au moins quelques pièces, le plus possible, ce que nous permettrait l'addition de nos livrets A.

Le résultat de cette opération de sauvetage de la dernière chance, je laisse la primeur à l'A.C.S.B et aux médias qui nous ont soutenus, de le communiquer. 

Et maintenant ? Le château de Saint-Brisson-sur-Loire est désormais propriété de M. Lancelot Guyot. (S.C.I "Tous au château"). Ce dernier a annoncé sa réouverture au 1er juin 2016. L'Association des Amis du Château a quant à elle une nouvelle mission au moins : la préservation des pièces qu'elle a sauvées de cette braderie honteuse. Nul doute qu'elle le fera une fois de plus avec le brio que nous lui connaissons depuis sa fondation, et au bénéfice de la collectivité. J'espère que nous aurons la joie de vous présenter bientôt avec elle, le fruit de notre obstination.

Quant à nous... La situation du château de Saint-Brisson et de l'A.C.S.B, auxquels je suis très lié, comme vous l'aurez compris, a beaucoup agi sur mon moral et ma motivation ces derniers mois. Cependant Historivegauche va poursuivre son petit bonhomme de chemin. Vous êtes nombreux à consulter régulièrement ses pages, je vous en remercie, et je vous présente mes excuses pour ne pas l'alimenter plus souvent de nouveaux contenus. De nombreux articles sont en cours d'écriture, certains très avancés, et j'espère vous présenter des sujets inédits fort prochainement. 

Je ne peux pas refermer ce billet sans, du fond du coeur, dire ma très profonde gratitude, et exprimer mes remerciements les plus chaleureux et les plus sincères, à toutes les personnes (elles se reconnaîtront) qui ont, avec une incroyable modestie, une simplicité et une gentillesse qui m'ont réchauffé le coeur, oeuvré au sauvetage d'une partie du fonds mobilier saint-brissonnais lors de cette vente. Je vous suis infiniment reconnaissant, comme les générations qui viennent le seront assurément; et je suis fier de ce que nous sommes parvenu à faire ensemble. Notre modeste action, que nous le voulions ou non, résonne déjà dans l'histoire de ce site millénaire. L'Histoire qui retiendra, du reste, que si notre pays a ses talibans, il a aussi ceux qui les combattent. Et nous ne baisserons pas les armes.

L'aventure continue.

A très bientôt donc, et d'ici là, on ne lâche rien.

 

Antoine Estienne (alias Le guide-conf')

* (Précisons que la toile de Ludovico Dorigny (1654-1742) dont il est question dans l'article précité, n'a pas été découverte au château de Saint-Brisson, contrairement à ce qui a pu être écrit, sur la base des informations contenues dans le catalogue de vente en ligne. Au vu de ses dimensions, et même roulée hors de tout cadre et châssis, cette oeuvre n'aurait pas manqué d'être découverte lors des inventaires et mouvements de mobilier survenus au fil des années depuis le leg du château  à la commune en 1987.) 

23 avril 2015

Lancelot Guyot rachète le château de Saint-Brisson-sur-Loire

Voilà, c'est fait, ou en passe d'être signé très prochainement. Un article du mois dernier paru dans la République du Centre à ce sujet. Je ne m'étendrai pas davantage, ayant largement développé ce que j'avais à dire sur le sujet ces derniers mois. Cependant qu'on ne s'y trompe pas car le pire est sans doute encore à venir.

article Rep Saint-Brisson 28 mars 2015

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24 janvier 2015

Saint-Brisson : "Le mobilier pourrait être vendu aux enchères"

Comme je l'évoquais dans mon précédent billet, le conseil municipal de Saint-Brisson-sur-Loire se réunissait jeudi soir 22 janvier afin de voter la sortie du château de Saint-Brisson du domaine public de la commune, préalable très probable à sa vente prochaine. A la fin de ce billet, j'évoquais la question du devenir du mobilier. En effet, le château fut légué à la commune par ses dernières propriétaires et dernières descendantes de la famille Séguier qui l'occupait depuis 1567. Ce legs comprenait les meubles d'origine de la demeure. 

Article de la République du Centre du 24 janvier 2015 au sujet du conseil municipal de Saint-Brisson-sur-Loire du 22 janvier 2015

Si quelques uns ont fait l'objet d'un classement au titre des Monuments Historiques au fil des années, l'immense majorité de ce mobilier ne dispose d'aucune protection. D'ailleurs une bonne partie des pièces qui constituent ce mobilier, prises individuellement, ne présentent aucun caractère spécifiquement remarquable, et pour la plupart n'ont qu'une très faible valeur marchande. Individuellement, sauf quelques rares pièces d'exception, ces meubles ne valent donc rien, ou peu s'en faut : mobilier classique Louis-Philippe ou copies de Louis-Philippe début XXe, mobilier Napoléon III ou copie de Napoléon III époque troisième République, etc.

C'est l'ensemble qu'ils forment sur le site qui leur donne une valeur, une valeur inestimable. En effet, il est rare de pouvoir avoir sous les yeux un exemple préservé d'intérieur aristocratique ou grand bourgeois fin XIXe ou début XXe, préservé dans son écrin, et d'une totale authenticité. C'est ce qui constitue la magie du château de Saint-Brisson où l'on a le sentiment que le temps est suspendu et qu'à tout moment les occupants des lieux pourraient faire leur apparition. Par ailleurs, les pièces les plus rares, dont toutes n'ont pas pour autant fait l'objet d'un classement Monument Historique, sont le plus souvent très intimement liées à la demeure qui les abrite. Nous pensons ainsi à la crédence première Renaissance française qui orne la salle à manger et qui était vraisemblablement autrefois le meuble de sacristie de la chapelle seigneuriale gothique détruite durant la Révolution, aux portraits de famille, aux gravures, à la bibliotèque et aux livres qu'elle contient, aux petits objets : trousse de toilette Louis XV aux armes, pièce unique de la faïencerie de Gien représentant le château, montre du marquis, flacons à sels du XVIIIe, vêtements anciens... la liste est très longue.

Or ce que je craignais se précise et se rapproche. Dans un article de ce jour, La République du Centre rapporte les propos tenus par le maire, Claude Pléau à l'occasion du conseil municiapal de jeudi 22 janvier. "Le mobilier pourrait être vendu aux enchères, ça ferait quelques sous dont nous avons bien besoin". Voyez l'article en question dans sa totalité ci-dessous :

article Rèp Mobilier Château de Saint-Brisson 240115 (1)

La dispersion de tout ceci à l'encan serait une catastrophe aussi irréversible qu'impensable. Qui plus est ce serait aussi la trahison suprême vis à vis de Marie-Brigitte et Anne de Ranst de Berchem qui pensaient que leur demeure familiale, emplie de ces souvenirs, emplie de cette âme des siècles, serait préservée par le legs qu'elles avaient choisi d'en faire à la commune. Un choix en effet, car si aucune n'avait d'enfant à qui transmettre ce patrimoine, elles avaient d'autres héritiers, cousins, cousines à divers degrés et tout à fait légitimes à vouloir préserver en tout ou en partie, pour eux-mêmes ou pour la collectivité, ces biens de famille patrimoniaux.

Enfin n'oublions pas qu'une bonne partie de ce mobilier, tout comme le château lui-même d'ailleurs, a été restauré sur les fonds de l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire durant près de 30 ans. La plus value est considérable quand on connaît l'état de l'ensemble, tant mobilier qu'immobilier en 1987. Et la mairie, après avoir jeté l'association dehors, vendrait le tout en tirant seule les marrons du feu sans y avoir mis un centime ? Mais où sommes-nous ?

Devant ce qui est en train de se passer, je nous invite tous et toutes à nous mobiliser autant que nous le pouvons pour empêcher ces ventes et plus largement ce saccage organisé du patrimoine. Je vous invite à grossir les rangs du comité de soutien, de l'Association des Amis du Château, et vous pouvez également me contacter si vous le souhaitez, n'hésitez pas, en me laissant un commentaire ci-dessous ou par le biais de l'onglet "Contacter l'auteur". Enfin n'hésitez pas à relayer ces informations autour de vous, il faut que l'on sache ce qui se passe ici.

Merci à toutes et à tous.

Antoine Estienne, alias Le guide-conf'

Historien de l'art, guide-conférencier agréé par le ministère de la Culture

22 janvier 2015

Le château de Saint-Brisson s'enfonce dans les ténèbres et le silence.

Voilà, c'est fait. Le 30 décembre dernier, le château de Saint-Brisson-sur-Loire a fermé ses portes. Le lendemain, l'association des Amis du Château remettait les clés à la mairie à l'issue de sa délégation de service public.

Oh cela paraît bien dérisoire après les jours terribles que nous venons de vivre... Mais même cette actualité n'aura pas fait fléchir, encore moins réfléchir semble-t-il les élus de la commune de Saint-Brisson-sur-Loire, leur maire en tête, Claude Pléau dans leur détermination absurde, pour ne pas dire davantage, à vouloir, quoi qu'il puisse en coûter, se débarrasser du château de Saint-Brisson, propriété de la commune depuis qu'il lui fut légué un jour d'avril 1987 par la générosité de ses dernières propriétaires, Marie-Brigitte et Anne de Ranst de Berchem.

Le château de Saint-Brisson-sur-Loire illuminé par les bénévoles de l'ACSB pour son dernier Noël au château. 23 décembre 2014. (Photo A. Estienne.)

Ce soir, au moment même où j'écris ces lignes, le conseil municipal de la commune vote la sortie du domaine public du château et de ses dépendances, suite à leur "désaffectation". Cette procédure est à l'évidence le préalable à sa vente. Désaffection serait plus près de la vérité, non ? Impossible de ne pas s'interroger très profondément sur les motivations de ces gens, de ce monsieur Pléau en particulier. On vend parce que c'est trop cher pour la commune bien sûr ! Diront les naïfs. Eh bien non justement, même pas. Et c'est là finalement le plus ahurissant. Ce monument équilibrait ses comptes, chose bien rare étant donné les moyens modestes dont il disposait pour se faire connaître. 

Dans une campagne de dénigrement orchestrée par la municipalité, on l'a accusé soudain de tous les maux : il est passé en quelques mois de fierté du village à "monstre" et autre "épée de Damoclès". Parce qu'il nécessitait des travaux énormes, et nous y voilà ! Voilà ce qui allait coûter cher à la commune ! Entre un et deux millions qu'il a dit le maire ! ... Sauf que... ce n'est pas du tout ce que dit l'audit de travaux effectué l'été dernier qui donnait pour plus ou moins 270.000 € sur 20 ans. On se souviendra pour mémoire que la même commune a consenti des travaux relativement conséquents sur l'église (électricité, chauffage etc...) pour un ordre de grandeur approchant les 100.000 € ces dernières années sans que cela soulève d'opposition, alors que le retour sur investissement est ici de zéro et que les usagers se font rares... Ou encore plus récemment, la réfection d'un simple mur de cimetière, pas bien grand ni bien haut, a coûté la coquette somme de 90.000 € sans là encore soulever les foudres de personne... Mais consentir des sommes de cette nature dans des travaux subventionnables et avec perspectives de retour sur investissement au château : non.

Les arcades néo-Renaissance embrasées. 23 décembre 2014. (Photo A. Estienne.)

Refus du dialogue, position dogmatique imposée à l'ensemble de la population sans la moindre consultation, désinformation, "Nous avons été élus" vont-ils certainement avoir le culot de clamer, sûrs de leur argument d'autorité ! Mais être élu c'est administrer sa commune, pas dilapider son patrimoine, pas ruiner son activité culturelle en refusant toutes les mains tendues, toutes les alternatives proposées ! Par ailleurs la décision (qui va suivre, n'en doutez pas), de mettre en vente le château, dépasse de beaucoup le droit moral et la légitimité de ce conseil. En effet, autant accepter le legs du monument, alors presque en ruines, il y aura bientôt 30 ans était un pari fou mais réversible (rien n'empêchait de le revendre si cela tournait au fiasco), autant aujourd'hui, vendre le château presque intégralement restauré est une décision irréversible. La commune de Saint-Brisson n'est pas Orléans ni Bourges, elle ne pourra pas revenir en arrière, elle n'aura jamais les moyens de racheter ce qu'elle aura vendu. De ce fait cette décision engage tous les conseils municipaux de Saint-Brisson-sur-Loire à venir, tout l'avenir de cette commune est ainsi obéré. Vous n'en avez tout simplement pas le droit messieurs dames. Pourtant vous allez le prendre, c'est évident. 

Plus largement, c'est tout le bassin Giennois qui prend un coup terrible dont il aura du mal à se relever. Une grande part du programme culturel de ce bassin avait pour cadre le château de Saint-Brisson; et j'ose le dire, la meilleure part. Concerts, expositions, théâtre, salon du livre jeunesse, activités thématiques, ateliers divers, visites, animations estivales, et j'en oublie. La région de Gien avait déjà un gros déficit culturel, maintenant elle a un gouffre. Avec quoi le bassin va-t-il attirer de nouvelles populations ? Avec quelle attractivité ? Que lui reste-t-il à proposer ? La saison touristique 2015 s'annonce déjà une catastrophe : les deux principaux monuments du bassin, Gien, château d'Anne de Beaujeu actuellement en travaux est fermé jusqu'en septembre, et Saint-Brisson fermé jusqu'à... fermé tout court. Que va-t-on proposer comme point fort aux touristes ? Et que va-t-on leur dire ? Quelle image cela renvoie-t-il de cette région qui aurait tout pour réussir et qui gâche tout ? Qui va globalement à rebours de toutes les politiques à l'échelon national.

Château de Saint-Brisson-sur-Loire, l'aile ouest illuminée. 23 décembre 2014. (Photo A. Estienne.)

En ma qualité de membre et de bénévole de l'association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire depuis déjà longtemps, ayant par ailleurs consacré mon mémoire de Master 2 à l'étude de cette commune et de son château, je suis affligé de voir cela. 27 ans d'efforts déployés par des dizaines de personnes, pour des centaines, des milliers de visiteurs et d'usagers chaque année au rendez-vous et de plus en plus nombreux (oui la fréquentation connaissait une hausse constante depuis 3 ans !), tant de moyens humains et financiers investis par l'association pour en arriver là. A être mis dehors avec un incroyable mépris. Quel gâchis... Et je ne parle même pas des deux emplois détruits ou de la façon dont on récompense les 25 ans de travail remarquable de la directrice du site. 

J'ai bien conscience que ce billet ne va pas faire que des heureux; ça m'est égal. J'en ai assez de ce silence. J'en ai ras-le-bol ! 

Que va-t-il advenir du château ? Que va-t-il advenir de ses riches collections que rien ne protège ? Le vendre à un propriétaire privé c'est de facto mettre en péril, à court comme à long terme ce site et son contenu. Il fut légué meublé à la commune, avec son mobilier d'origine, dont certaines pièces sont tout à fait remarquables. Tout cela pourra désormais être dispersé. Quand bien même le futur acquéreur respecterait-il le site, il ne sera lui-même pas éternel : qu'adviendra-t-il le jour de sa succession ? Tout cela est navrant et très inquiétant. Au moment où nous avons le plus besoin de culture, l'actualité nous le rappelle si douloureusement, voilà qu'ici on nous l'enlève. On nous dit que la culture coûte cher. Possible, en l'occurrence elle ne coûtait pas grand chose ici et ravissait beaucoup de monde. Mais quand bien même, essayez donc l'ignorance pour voir. Remarquez il semble que certains aient déjà franchi le pas ces derniers temps...

Billet d'humeur, parce que trop c'est trop.

Antoine Estienne.

 

 

 

 

16 novembre 2014

Fermeture du château de Saint-Brisson-sur-Loire

Je suis resté silencieux ces derniers mois, non que je manque de sujets à aborder, mais la rédaction d'articles pour des publications et l'actualité déprimante en matière patrimoniale ne m'ont pas incité à poster de nouveaux messages. C'est pour vous annoncer une triste nouvelle, dont j'évoquais déjà les prémices dans un post précédent, que je rédige ce nouveau billet. Le soir de ce dimanche 16 novembre 2014 signera peut-être la fin d'une très belle histoire. Le château de Saint-Brisson-sur-Loire ferme en effet ses portes au public à l'issue de sa 27e saison touristique. Après 27 ans de bons et loyaux services, l'association des Amis du Château qui le restaure et le gère depuis son legs à la commune en 1987, dans l'incapacité de supporter plus longtemps les conditions de la délégation de service public imposée modicus par la mairie propriétaire se voit, malgré tout le travail accompli, malgré une saisons culturelle 2015 prête à être mise en place, sommée de rendre les clés au 31 décembre 2014.

Le château de Saint-Brisson et ses altières façades médiévales, aujourd'hui face à leur destin, incertain.

Que dire sinon ma consternation et celle de toute l'équipe de bénévoles et de salariées (dont deux ont dû être licenciées, la troisième, détachée par la mairie étant en attente d'une réaffectation) qui se sont courageusement battus, près de trente années durant, pour un résultat brillant avec des moyens dérisoires, et qui sont tous et toutes flanqués à la porte du monument qu'ils ont restauré à près de 75%, pour un coût réel estimé d'environ 1,5 million d'euros (28.000 heures de travail bénévole, 25 pièces restaurées intégralement). Cette situation constitue un véritable drame humain. Un crève coeur et une injustice inimaginables pour les centaines de bénévoles qui se sont donnés sans compter pour faire revivre cette magnifique demeure durant toutes ces années. Le traitement qui leur est fait par la mairie est d'une honte sans nom. Deux emplois ont été détruits, 27 ans de travail sont d'ores et déjà mis en péril par l'attitude de la mairie. 

Je ne m'étendrai pas aujourd'hui sur les projets de la commune dont le maire a annoncé le 23 octobre dernier lors d'un événement public sans rapport avec le château qu'il était déterminé à le vendre à un acheteur privé. Quels que soient les projets (ou l'absence de projets) du maire, l'avenir du château se joue sans doute dans les jours ou semaines qui viennent. Le prochain conseil municipal est programmé pour le 11 décembre qui statuera probablement sur la question. D'ici là l'association et le comité de soutien continuent de se battre. Ils ont besoin plus que jamais de tout notre soutien, aussi bien opérationnel que moral, aussi, si je ne pourrai malheureusement être présent moi-même, je vous invite si vous le pouvez, à vous rendre au château de Saint-Brisson-sur-Loire ce dimanche 16 novembre à 17h00 pour un rassemblement de soutien à l'occasion de la fermeture au public du site sans perspective de réouverture à l'issue de la saison 2014. 

Rendez-vous donc, pour celles et ceux qui le peuvent, à 17h00 dans la cour du château de Saint-Brisson-sur-Loire.

Bien à vous.

Le guide-conf'.