07 décembre 2010
Décembre en Berry, l'heure de l'hallali!

Dernière vignette illustrant les mois de l'année, décembre est sans doute le fruit du travail de l'artiste anonyme de Charles VII, oeuvrant dans les années 1448-1452.
Traditionnellement c'est en décembre que l'on tue le cochon. L'artiste représente au premier plan dans ce dernier tableau la mise à mort du cochon sauvage : le sanglier, à l'issue d'une chasse à courre.
Cette scène contraste assez fortement avec les onze précédentes. Nous avons vu en effet comment le calendrier des Très Riches Heures illustre l'idéal de paix et de prospérité du duc Jean de Berry dont Froissart rapportait que l'on disait de lui qu'il voulait "que ses gens deviennent riches". En effet, si des onze tableaux précédents se dégage une impression de calme et de grande sérénité, cette ultime image contraste par la violence de la scène qu'elle illustre : la curée.
Lancés à la poursuite du fauve, les chiens (dont trois lévriers au milieu de chiens courants) l'ont rattrapé et la meute s'acharne désormais sur lui. Tandis que le veneur en habit bleu achève de sonner l'hallali de son cor, un autre retient l'un des chiens, rendu fou par l'odeur du sang.
La chasse au sanglier, chasse à courre, se pratique l'hiver. L'animal a toujours été considéré comme dangereux et nuisible à cause de sa grande propension à ravager les terres agricoles; question plus que jamais sensible de nos jours alors que, privé de prédateur naturel depuis l'extermination du loup, et devant la baisse du nombre de chasseurs, le sanglier prolifère en France, détruisant les cultures quand il n'est pas la cause d'accidents de voitures souvent mortels. Ce trop grand nombre de bêtes pourrait d'ailleurs former une alternative partielle, pourquoi pas, à nos élevages porcins industriels si nocifs pour l'environnement. Mais refermons là cette parenthèse contemporaine. Sous l'Ancien Régime, la viande du sanglier était fort appréciée de la noblesse, friande de gibier et seule autorisée à chasser; la chasse qui, lorsqu'elle se fait à courre et contre un fauve aussi dangereux qu'un sanglier adulte, est un entraînement aux situations de guerre auxquelles les nobles du royaume se préparent à faire face.
Le plan intermédiaire est occupé dans le tableau par une épaisse forêt de feuillus que la fin de l'automne n'a pas encore mis à nue. Cette forêt est celle de Vincennes; au-dessus d'elle, au troisième plan, se détachent les tours et le donjon du château, deuxième plus important palais royal à cette époque, immédiatement après le Louvre et dont le donjon, à l'image de la Tour de Londres outre-Manche conservait le trésor royal.
Comme souvent dans les vignettes du calendrier des Très Riches Heures du Duc de Berry, les niveaux de lecture sont multiples. Au-delà de l'illustration innocente d'une image fréquente à cette période de l'année, la scène est hautement chargée de symbolique. Ce n'est en effet pas un hasard si, vers 1452 se dresse, régnant sur le tableau, le château royal de Vincennes, haut lieu du pouvoir, incarnation du roi de France, Charles VII, qui vient d'en achever la construction; regardant du haut de ses tours, la meute, ivre de sang, mettre à mort après une longue, périlleuse et épuisante traque, le sanglier noir, symbole de la couronne anglaise. La guerre contre "l'Anglais" arrive enfin à son terme après plus d'un siècle de destructions, d'intrigues diplomatiques et de combats acharnés, de massacres, de mêlées meurtrières. Plus de vingt ans après l'épopée de Jeanne d'Arc qui permit le sacre de Charles VII en plein coeur des terres bourguignonnes, pied de nez magistral aux Anglais et à leurs alliés d'un jeune roi à la légitimité précaire, à cause d'une mère volage en la personne d'Isabeau de Bavière; le 15 avril 1450 la Normandie redevient française grâce à la victoire de Formigny. Trois ans plus tard les Anglais sont définitivement vaincus à la bataille de Castillon, le 17 juillet 1453. La Guyenne est française. Libéré de son ennemi de toujours, le royaume est prêt à connaître l'idéal de paix prôné par Jean de Berry.
Et n'y a-t-il pas, dans cet ultime tableau, un petit clin d'oeil au commanditaire de cette oeuvre artistique et de ce manifeste pacifique exceptionnels? Si Vincennes est en effet le deuxième palais du roi Charles VII, 112 ans plus tôt c'est aussi derrière les hauts murs de ce château qu'au soir du 30 novembre 1340, la reine de France, Bonne de Luxembourg, donnait naissance à un petit garçon à qui fut donné le prénom de Jean et qui deviendrait l'un des esprits les plus brillants de son temps, figure du prince idéal dans un royaume en péril.
20 novembre 2010
Le mois de novembre en Berry
Le mois de novembre est arrivé en Berry, et le guide-conf est de retour pour reprendre le commentaire du calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry.

Si nous nous sommes interrompus (faute de connexion internet de juillet à octobre) nous n'avons assurément pas été les seuls. Entamée vers 1410, la réalisation des Très Riches Heures du duc de Berry s'étend sur l'ensemble du XVe siècle. Interrompue en 1416 après la mort des frères de Limbourg et de leur commanditaire, le duc Jean, elle reprend vers 1438 pour le compte du roi Charles VII puis s'interrompt de nouveau en 1445. C'est finalement Charles Ier, duc de Savoie qui commande son achèvement à Jean Colombe vers 1485.
Jean Colombe (1430 - circa 1493), contrairement aux frères de Limbourg ou à l'artiste anonyme des années 1435, est un berruyer; probablement frère du sculpteur Michel Colombe (V1430 - 1513) connu, entre autres, pour avoir réalisé le tombeau de François II de Bretagne en la cathédrale de Nantes. Son oeuvre dans les Très Riches Heures rompt nettement avec le style des frères de Limbourg et de leur suiveur. En effet on cherchera ici vainement à situer géographiquement la scène qui nous est présentée. Point de monument prestigieux à l'arrière-plan, seulement la silhouette d'un village, bleuie dans le lointain, s'accrochant aux contreforts de la montagne; et un château anonyme à l'orée d'un bois. Le cadre est manifestement imaginaire. Le tableau nous présente la "glandée", autrement dit le pacage des porcs dans les bois, en particulier dans les chênaies; une activité typique de cette période de l'année. Si l'on note une vision plus "traditionnaliste" du paysan chez Jean Colombe (contrairement aux tableaux des frères de Limbourg, le paysan, sous la figure du porcher, apparaît ici laid, brutal, difforme) en revanche la perspective, hésitante jusqu'ici, est désormais parfaitement maîtrisée et les plans se succèdent naturellement avec une grande fluidité. De même, en faisant des porcs le sujet principal de son tableau, l'artiste innove, comme avaient innové les frères de Limbourg, comme innove Bruegel en faisant des petites gens des sujets à part entière. Le porc est en effet de tout temps un animal à forte connotation négative; associé à la fange, à l'obscénité. Pour autant il est une composante essentielle du quotidien. Sa viande est appréciée et chaque famille suffisamment aisée en élevait un, ou mieux, un couple et il y a alors autant de régions que de façons de le préparer. Salée, fumée ou séchée sa viande était ensuite conservée sous la cendre.
Jean Colombe a réalisé au moins un autre tableau des Très Riches Heures, et complété celui du mois de septembre.
Autre contribution de Jean Colombe aux Très Riches Heures.
25 juin 2010
Les dessous de Saint-Brisson, 2e partie
Comme nous l’avons vu à l'occasion de la première partie de cet article, la culture de la vigne, probablement apparue très tôt sur le coteau, se développe particulièrement sous la houlette des moines bénédictins du prieuré. Au XIIIe siècle le bourg compte de nombreux vignerons. La cave du château stockait dès cette époque le vin reçu en paiement des impôts. Le prieuré percevait lui aussi le cens[1] sur les terres qu’il concédait en tenure[2], ainsi que la dîme sur la majeure partie du bourg. On ignore cependant quel type de bâtiment stockait leur produit au XIIIe siècle.
A partir du milieu du XVe siècle en revanche une importante cave va y pourvoir. Elle est aménagée à l’occasion des travaux de construction du logis du prieur[3], entrepris par Charles Quinquet vers 1450. Cet édifice, constitué d’un corps de logis principal, flanqué, en façade sur cour, d’une tourelle d’escalier hors œuvre pentagonale, elle-même construite en briques bicolores formant une treille de losanges, est aujourd’hui le dernier élément restant de ce prieuré millénaire et sans doute l’une des plus belles demeures de Saint Brisson. La cave de ce luxueux édifice est à double niveau et couvre toute la longueur du corps de logis.
Le premier niveau de cave, dont l’entrée d’origine ouvre plein Est au pied du mur pignon[4], bien que totalement sous le niveau du sol, n’est pas voûté mais plafonné ; d’imposantes poutres de chêne d’une portée d’environ 7m, soutenues en leur milieu par un poteau de bois doublement contre-potencé reçoivent chacune une série de solives et supportent ainsi le sol du rez-de-chaussée ; le tout formant un plafond à la française comme il s’en trouve par ailleurs dans les niveaux d’habitation de la maison. Dans l’axe de l’entrée de ce premier niveau se trouve l’escalier descendant au second ; disposition à l’évidence destinée à faciliter la descente et la remontée des fûts de vin. Ce second niveau suit la même orientation que le précédent mais contrairement à ce dernier son plafond est fait d’une voûte maçonnée en arc surbaissé. A proximité immédiate du débouché de l’escalier d’accès et à gauche, une petite porte surmontée d’un arc en plein cintre donne accès à un minuscule réduit circulaire voûté en coupole qui forme la cave de la tourelle d’escalier.
Très différente des caves gothiques du XIIIe siècle que nous évoquions en première partie, cette construction, large et profonde, présentant une voûte en berceau lisse et surbaissé, préfigure le type même de la cave vigneronne qui perdurera sans grand changement jusqu’au XIXe siècle. Il existe au moins un exemple proche dans les environs immédiats, il s’agit de la cave de Mancy, elle lui est cependant postérieure de plus d’un siècle et ne présente qu’un niveau.
La construction de caves aussi vastes demande des fonds relativement importants et des ouvriers spécialisés, capables de mettre en œuvre des voûtes de faible hauteur et néanmoins d’une assez grande portée dans une région où le voûtement apparaît comme une pratique peu répandue[5]. C’est pourquoi ces grandes caves demeurent cantonnées à des commanditaires tels que le prieur ou le seigneur de Mancy, propriétaires fonciers d’une certaine importance.
Escalier d'accès au deuxième niveau de cave de la maison du prieur.
Maison du prieur, 2e niveau de cave, porte de la cave de la tourelle d'escalier.
Mancy, cave voûtée.
[1] Equivalent médiéval de l’impôt foncier.
[2] Tenure : Terre donnée moyennant une redevance annuelle, transmissible ou non par héritage.
[3] Supérieur d’un petit établissement ecclésiastique régulier n’ayant pas le statut de monastère ou d’abbaye.
[4] Mur triangulaire dans sa partie la plus haute supportant la charpente.
[5] On lui préfère en effet d’une manière générale le plafond ou même la voûte de bois sous charpente pour les édifices importants comme l’église de Saint-Brisson originellement.
21 juin 2010
Premier Rallye-Patrimoine du Giennois, bilan.
Ce dimanche s'est tenue la Journée du Patrimoine de Pays et des Moulins 2010 à l'occasion de laquelle la Société Historique et Archéologique du Giennois et moi-même organisions le premier Rallye-Patrimoine du Giennois. Le moins que l'on puisse dire c'est que le temps ne fut pas notre allié, associé à une publicité très insuffisante, à laquelle il nous faudra impérativement remédier pour les éditions futures, il aurait pu compromettre l'existence même de la manifestation et le bon déroulement de la journée. C'était sans compter sur la détermination des quatre visiteuses que nous remercions d'avoir eu le courage de répondre à l'appel et en compagnie desquelles nous avons passé une excellente journée, en dépit d'un froid digne d'un mois de novembre et d'ondées, certes courtes, mais répétées.
Nous avons débuté cette journée à 10H justes par une visite de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Gien, joyau de la reconstruction élevé entre 1950 et 1954 que nous devons à Paul Gélis, architecte en chef des Monuments Historiques disparu récemment, et à son fils. Nous avons poursuivi cette première partie par un point sur l'Histoire de Gien, du pont de Louis IX, et une visite des extérieurs du château d'Anne de Beaujeu. Nous avons ensuite fait une incursion dans la ville haute, rue Vielle Boucherie, où nous attendaient deux monuments méconnus: les vestiges (en péril!!!) de la maison de l'Argentier des Comtes de Gien (XII-XIIIe s) et l'auberge du Cheval Blanc, bel ensemble de bâtiments du début du XVe siècle (ou fin XIVe?) qui abritèrent peut-être la Pucelle lors de sa première venue à Gien, en mars 1429, et demanderaient à être mis en valeur par une restauration respectueuse de ces architectures.
Puis nous avons embarqué à bord de notre minibus, mis à disposition par la ville de Gien pour gagner Saint Brisson où le pique-nique fut pour le moins frisquet, après quoi nous visitâmes les extérieurs du château, l'église (où nous fumes au chaud: un comble en plein mois de juin!) et une partie du bourg médiéval, confortablement retranchés au chaud dans le bus! Le bus qui nous emmena ensuite à Autry-le-Châtel où nous découvrîmes en avant-première de sa première saison touristique, le Petit Château, élégant et altier manoir du XVe siècle qui, très meurtri par un terrible incendie en 2003 a retrouvé toute sa superbe grâce à la détermination de ses propriétaires et de l'association des Amis du Château d'Autry.
Les caves gothiques du Petit Château.
Une visite placée sous le signe du charme et de la détente, sous la conduite de M.Miquel, propriétaire des lieux, que nous tenons tout particulièrement à remercier pour la gentillesse de son accueil, simple et chaleureux. Profitez de l'ouverture au public du Petit Château cet été en juillet et août, vous serez surpris et touchés par la beauté et la sérénité du lieu, loin de la grandiloquence des géants ligériens.
Le Petit Château, lieu de séjour de madame de Sévigné.
Le groupe suit les explications de monsieur Miquel.
C'est à regret que nous avons dû laisser derrière nous ce monument si attachant et reprendre la route, mais de nouvelles surprises nous attendaient à Beaulieu-sur-Loire où l'association des Amis de Beaulieu et l'Office de Tourisme nous attendaient pour une visite de l'église romano-gothique Saint-Etienne (XIe-XVIe) dont madame Moreau nous fit découvrir les particularités ainsi que le remarquable mobilier intérieur; et de sa charpente, récemment restaurée que nous dévoila Isabelle Rémy.
Les immenses charpentes du transept et du choeur de l'église de Beaulieu.
Enfin, la journée se termina par une visite du domaine de l'Etang, exploitation qui compte aujourd'hui quatre hectares de vignes et où monsieur Guérot et son fils nous ont fait découvrir leur travail viticole et vinicole, une activité que leur famille pratique en ces lieux depuis plus de deux siècles; le tout au cours d'une discussion riche et passionnante et autour d'une dégustation très appréciée des produits du domaine, notamment un vin blanc, tiré de cépages de sauvignon, et un vin rouge, créé par un assemblage de gamay et pinot. Si vous passez par Beaulieu ne manquez pas de faire un petit détour par le domaine, niché dans un très beau hameau ancien, autrefois propriété des comtes de Sancerre, et sis tout à côté de sources résurgentes. Patrimoine historique et gastronomique se mêlent ici, un mariage heureux, régal pour les yeux et plus encore pour les papilles grâce à la qualité remarquable des vins du domaine.
Le retour se fit gaiement par la rive droite où nous passâmes devant Bonny, contournant ensuite Briare pour arriver finalement devant l'église de Gien un peu après 19H30, bouclant la boucle et mettant un terme à une journée riche en découvertes de toutes sortes qui nous aidèrent à oublier un peu une météo plus que capricieuse.
Rendez-vous est d'ores et déjà pris pour un nouveau circuit sur un thème différent l'année prochaine, en attendant si vous avez manqué cette première édition, n'hésitez pas à aller visiter, découvrir ou redécouvrir les sites qui nous ont accueillis ce dimanche et à nous faire part de vos idées, suggestions pour le thème et le parcours de l'an prochain et de vos coups de coeur dans la région de Gien. Si par ailleurs vous avez connaissance de sites méconnus qui pourraient faire l'objet d'une étape à l'occasion d'une prochaine édition du Rallye-Patrimoine du Giennois, contactez le guide-conf: antoine.estienne@orange.fr
Pour refermer cette synthèse, je remercie une nouvelle fois en mon nom et en celui des participants et de la SHAG (Société Historique et Archéologique du Giennois) tous les intervenants rencontrés au cours de cette journée qui nous ont tous acceuillis de façon charmante et qui ont contribué ainsi à faire oublier durant cette journée un temps médiocre pour un mois mars... Merci aussi à la ville de Gien qui a mis à disposition de la SHAG le mini-bus que nous avons utilisé au cours de cette journée et à notre chauffeur et collègue de la SHAG, Frédéric Mahuet; et merci enfin à mes visiteuses qui ont bravé le froid et supporté un guide très bavard pendant une journée entière, nous espérons ne pas les avoir déçues!
A l'année prochaine!
Le Guide-Conf.
11 juin 2010
Dimanche 20 juin, Premier Rallye-Patrimoine du Giennois!

Une escapade d'une journée à la découverte du patrimoine du giennois, le tout pour 4€ ça vous tente?
C'est ce que vous proposent le Guide-Conf et la SHAG (Société Historique et Archéologique du Giennois) en partenariat avec les Amis de Beaulieu et les Offices de Tourisme de Gien et Beaulieu-sur-Loire, à l'occasion de la Journée du Patrimoine de Pays et des Moulins qui se tiendra le dimanche 20 juin 2010.
Je vous propose de nous retrouver dimanche 20 juin dès 10h, devant le portail de l'église de Gien pour débuter ce périple qui nous emmènera jusqu'à Beaulieu-sur-Loire en passant par Saint-Brisson et Autry-le-Châtel, sur les traces de quelques uns des personnages, célèbres ou méconnus, qui ont marqué le giennois et ses monuments. (Voir le programme ci-dessous) Une journée exceptionnelle et qui s'annonce riche en découvertes!
Programme de la journée (Cliquer pour agrandir)
Point n'est besoin de véhicule! La ville de Gien met à notre disposition deux minibus (8 places chacun, les personnes intéressées sont invitées à réserver leurs places auprès des Offices de tourisme de Gien au 02.38.67.25.28 ou de Beaulieu au 02.38.35.30.10) une simple participation de 2 euros sera demandée pour couvrir les frais de carburant. (Un droit d'entrée de 2 euros sera en outre demandé pour chaque visiteur au Petit Château d'Autry, soit un total de 4€ pour les passagers des minibus).
Les recommandations du guide-conf :
Se munir d'un pique-nique pour le repas de midi, de chaussures confortables et de vêtements peu salissants (nous monterons visiter les charpentes de l'église de Beaulieu, il y a lieu de craindre un peu de poussière...)
J'espère sincèrement vous voir nombreux pour cette première manifestation du genre dans le giennois, qui se propose de vous emmener à la rencontre d'un patrimoine et d'une histoire riches et souvent méconnus.
A très bientôt donc!
Amicalement Vôtre.
Le Guide-Conf.
01 juin 2010
Si l'été se fait attendre, le mois de juin, lui, est arrivé.

Et le mois de juin c’est le temps des fenaisons. Ce travail des champs qui consiste à faucher le foin avant de le mettre en bottes. La mécanisation a fait disparaître cette activité encore couramment pratiquée il y a quelques décennies et qui n’avait pas connu grande évolution depuis le XVe siècle comme en témoignent nombre de clichés anciens. Exception faite du costume, bien peu de différences entre les paysannes du premier plan et leurs homologues du début du XXe siècle.
Une pause pendant le travail des champs durant les fenaisons 1920 en Roumanie. Les outils n'ont pas changé, à peine les vêtements...
Une vaste étendue de pré, située en bord de Seine sur la rive gauche est en train d’être fauchée. Tandis qu’au deuxième plan trois hommes s’emploient à sarcler le foin à l’aide de faux, les deux femmes du premier plan retournent l’herbe et la rassemblent en tas au moyen d’un râteau et d’une fourche de bois.
Une fois de plus, les miniatures du calendrier des Très Riches Heures font preuve d’avant-gardisme. Jamais en effet paysannes n’avaient été présentées de manière si gracieuse, particulièrement en ce qui concerne la jeune femme à la robe bleu foncé qui manie la fourche pieds nus. Ses traits sont fins, son port, ses vêtements, ses gestes élégants quand jusqu’ici les petites gens étaient ignorées, au mieux méprisées dans l’art, autant que les bêtes sauvages.
Comme pour le mois de février, un parallèle s’impose ici avec l’art de Bruegel qui consacre une toile aux fenaisons et tire lui aussi la paysannerie du caniveau des arts 115 ans plus tard.
Pieter Bruegel, La fenaison, 1565, Pragues.
Le lieu n’a pas changé ou très peu depuis le mois dernier : à l’arrière-plan se déploie toujours le Palais Royal de la Cité. Au contraire du mois de mai cependant il apparaît cette fois très présent dans la scène. Une poterne donnant sur le fleuve, précédée de quelques marches et surmontée d’un logis en léger encorbellement en permet l’accès. Elle défend l'entrée d'un jardin ceint d’un mur crénelé. Derrière cette poterne, sous laquelle un personnage s’engouffre, se trouve un bâtiment au haut pignon pourvu d’une cheminée et aux murs gouttereaux soutenus par une série de contreforts amortis par d’élégants pinacles, seule aile du palais joignant le fleuve, il s’agit de la « Salle sur l’eau ». Derrière elle on distingue le toit en poivrière de la tour Bonbec, elle-même suivie de deux autres, la tour d’Argent et la tour de César. La galerie Saint-Louis regarde le jardin tandis que derrière elle s’élèvent les deux hauts pignons jumelés de la Grand’salle suivie, dans son prolongement vers la droite de l’image, par le logis du roi, la tour Montmorency et enfin l’imposante Sainte Chapelle, élevée sur ordre de Louis IX de 1242 à 1248 pour abriter des reliques de la Passion du Christ. Outre l’importance proprement démesurée des verrières, le bâtiment est novateur et divisé en deux niveaux verticaux : une chapelle inférieure, dédiée à Notre Dame pour les gens de la cour et une chapelle supérieure, dédiée à la Sainte Couronne d’épines et à la Vraie Croix, réservée exclusivement à l’usage du monarque et de ses familiers et abritant les saintes reliques. Le Palais de la Cité resta la demeure royale jusqu’en 1417 puis devint le siège de l’administration royale et la tristement célèbre prison de la Conciergerie. Marie-Antoinette y est internée en 1793.
Et le duc de Berry dans tout cela me direz-vous ? Il semble en effet bien absent de cette miniature. Il faut dire qu’elle fut réalisée vers 1440, plus de 25 ans après la mort du grand commanditaire et des frères de Limbourg, probablement par un artiste gravitant autour du roi Charles VII. Pour autant la référence au duc de Berry est bien là ; elle est discrète, certes, et tient uniquement au point de vue de l’image. Le pré depuis lequel nous regardons le palais royal de la Cité fait partie des terres attachées à l’hôtel de Nesle, l’une des résidences favorites de Jean de Berry, remplacée de nos jours par la bibliothèque mazarine.
On notera pour finir l’ébauche de mise en perspective, le fleuve et son cours formant notamment une ligne diagonale donnant une véritable profondeur de champ au tableau. Là encore les miniatures des Très Riches Heures innovent, annonçant discrètement ce qui formera l’une des grandes préoccupations des peintres de la Renaissance.
09 mai 2010
"Voici le mois de mai où les fleurs volent au vent"

Le premier mai, on l’oublie trop souvent, n’est pas seulement la fête des travailleurs ; non, et ce ne sont pas les travailleurs mais l’amour que Jean de Berry honore par la fête qu’il donne sous nos yeux. Le premier mai c’est aussi l’occasion de célébrer le renouveau. Ce que font les participants à ce défilé qui, respectant la tradition, se rendent en cortège dans les bois, couper des rameaux dont on décorait ensuite les maisons et les rues. La nature est donc à l’honneur, y compris dans le vêtement puisque certains personnages se parent ici de couronnes ou de colliers de feuillages, les femmes arborant de longues et amples robes vertes comme le voulait la coutume.
Mais ce n’est pas uniquement pour se réjouir de l’installation définitive des beaux jours que Jean de Berry déploie ces fastes ; il s’agit ici de célébrer sa fille Marie et son gendre Jean, Comte de Clermont, fraîchement devenu duc de Bourbon. Précédés par une troupe de musiciens armés de flûtes et de trompes, les deux époux occupent la tête du cortège. Le duc, habillé et coiffé de trois couleurs – noir, blanc, rouge – se retourne vers son épouse, coiffée d’un voile blanc décoré de quelques feuilles et vêtue de sa robe verte au revers bleu azur, chevauchant à sa suite un superbe cheval blanc à la crinière soigneusement tressée. Son harnais ainsi que ceux des chevaux derrière lui porte les couleurs du duc de Bourbon et des cercles d’or à sept points, l’emblème de son ordre de l’écu d’or.
Au premier plan, deux petits chiens sont manifestement ravis de se dégourdir les pattes en suivant le cortège ; il s’agit peut-être des chiens du duc de Berry, présents dans la miniature du mois de janvier, peinte, comme celle-ci par les frères de Limbourg.
Une fois de plus, le calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry tourne ici à la chronique des fastes princiers du commanditaire. Il ne s’agit pas là d’un simple divertissement mais d’un devoir pour un prince que de divertir sa cour et de donner la preuve de sa puissance, de son rang par des manifestations somptueuses. La présence de couleurs rares et chères comme ce bleu obtenu à base de lapis-lazulis, ou ce vert, en broyant de la malachite, est là pour signifier au spectateur le côté festif de la scène. Ces couleurs ne sont d’ailleurs peut-être pas anodines. Si l’on en croit ce que nous dit Guillaume de Machaut, dans son Remède de Fortune (v 1201-1210) et la Louange des Dames (ballade n°212), le rouge est la couleur de l’ardeur amoureuse, le bleu azur, le signe de la loyauté, deux tons colorés qu’arbore discrètement Marie de Berry sur sa robe verte.
Contrairement à ce que nous avons pu observer sur certaines des miniatures précédentes, le château ne domine pas la fresque mais en occupe l’arrière-plan, discrètement, caché en grande partie par la forêt. Il s’agit du palais de la Cité, occupant le cœur de Paris, clin d’œil au couple fêté en ce premier mai puisque c’est en ces murs que furent célébrées les noces de Jean de Bourbon et Marie de Berry, le 14 juin 1400. On distingue la tour carrée du Châtelet et quatre tours encore existantes de nos jours : le haut de la tour d’angle, les deux tours du palais de la Conciergerie et la tour de l’Horloge.
17 avril 2010
Brice de Tours, ténébreux successeur de Martin
Nous poursuivons notre tour d’horizon des saints patrons des villes et villages du Haut Berry Giennois et nous allons nous intéresser aujourd’hui à un personnage pour le moins singulier en la personne de Brice, évêque de Tours, de 397 à 444. Brice est en effet le saint patron du village de Saint-Brisson-sur-Loire. Il est aussi le successeur direct du grand Martin au trône épiscopal de Tours ; notre précédent article était consacré à ce dernier et il est amusant – et peut-être point anodin – de noter que les communes de Saint-Martin-sur-Ocre et Saint-Brisson-sur-Loire sont mitoyennes.
S’il est loin d’être un total inconnu, Brice est tout de même très loin de pouvoir entrer dans le Top 10 des saints les plus populaires. Son souvenir n’a d’ailleurs bien souvent été conservé qu’en grande partie à cause de ses altercations célèbres avec son maître et illustre prédécesseur au trône épiscopal de Tours, le grand saint Martin. C’est en tout cas essentiellement pour cela que les deux sources auxquelles nous pouvons aujourd’hui nous référer nous parlent de lui, comme si sa vie aux péripéties rocambolesques complétait et refermait celle de Martin.
Ce sont en effet Sulpice Sévère, biographe de saint Martin et Grégoire de Tours, évêque ayant succédé à Martin et Brice au trône épiscopal de Tours plus de 150 ans après les faits qui les livrent à notre analyse.
Brice serait né, à en croire ces sources, dans un milieu pauvre. Martin, dont la charité a forgé la légende, l’aurait rapidement recueilli et élevé au monastère de Marmoutier. Ordonné prêtre, probablement aux alentours de l’âge de trente ans, il s’affranchit alors soudainement de la vie ascétique qui avait été la sienne au milieu des moines et profita de sa position d’ecclésiastique pour s’enrichir, amassant semble-t-il une fortune suffisante pour se lancer dans l’élevage de chevaux. Un peu plus tard il acheta des esclaves « de race barbare ». C’est alors que de violentes critiques commencèrent à s’élever à son encontre ; on l’accusa en effet de n’avoir pas acheté que des esclaves mais de les avoir assortis de jolies filles… Quelle qu’ait été la vérité, Martin, manifestement alarmé – et on le comprend – par le comportement de Brice, en qui il ne reconnaissait plus le disciple d’autrefois, le fit appeler auprès de lui. S’en suivit, à en croire Sulpice Sévère, une explication des plus houleuses où les noms d’oiseaux fusèrent mais qui se termina, grâce à la prière de Martin, par une demande de pardon.
Ce à quoi Sulpice Sévère ajoute : « Dans la suite, le même Brictio fut souvent poursuivi devant le tribunal épiscopal pour de nombreux et grands méfaits. Mais on ne put décider l’évêque à déposer ce prêtre. Martin craignait de paraître venger des injures personnelles. »
En effet, entre temps, Brice était apparemment devenu l’un des plus féroces détracteurs de l’évêque Martin. Grégoire de Tours en parle abondamment, citant même un exemple peu à l’avantage de Brice :
« Un jour, un malade, voulant demander à saint Martin quelque remède, vint trouver Brice, qui n’était encore que diacre, et lui dit avec simplicité : Voilà que j’attends le saint homme, et je ne sais où il est, ni ce qu’il fait. Brice lui dit : Si tu cherches ce fou, regarde là bas ; le voilà qui considère le ciel selon sa coutume, comme un homme hors de sens. Et lorsque ce pauvre, l’ayant rencontré, eut obtenu ce qu’il demandait, le saint homme parla ainsi à Brice : Brice, je te parais donc fou ? Comme celui-ci, confus en entendant ces mots, niait qu’il eût parlé ainsi, le saint homme lui dit : Mes oreilles n’étaient-elles pas près de ta bouche quand tu prononçais là bas ces paroles ? Je te dis amen, car j’ai obtenu de Dieu qu’après moi tu fusses honoré du pontificat ; mais tu connaîtras que dans l’épiscopat tu es destiné à bien des peines. Brice, entendant ces paroles, s’en moqua en disant : N’avais-je pas dit vrai , que cet homme parlait comme un insensé ? »
Martin, flegmatique autant que magnanime en avait semble-t-il pris son parti, et Sulpice Sévère rapporte cette phrase savoureuse qu’il répétait souvent : « Si le Christ a supporté Judas, je puis bien, moi, supporter Brictio ! »
Aussi surprenant que cela paraisse, c’est pourtant bien lui qui, sous la pression, notamment des évêques et d’une partie du clergé hostile au populaire Martin, lui succèdera au trône de Tours, après sa mort, survenue le 8 novembre 397. Plus surprenant encore, le fait que, s’il faut en croire Grégoire de Tours, Martin lui-même aurait appelé de ses vœux cette nomination malgré leur antagonisme : autant Martin avait volontairement choisi l’ascèse et la pauvreté, autant Brice, à en croire sa légende, aimait le luxe et l’abondance.
Bien que toujours critique à l’égard de son prédécesseur mais sachant l’immense popularité de ce dernier, l’une des premières actions de Brice en tant qu’évêque de Tours fut, d’après son successeur Grégoire, de faire construire un petit édifice au-dessus du tombeau épiscopal ; édifice dont le couvrement était assuré par une voûte, toujours d’après Grégoire de Tours. Compte tenu de l’époque et de la destination de cette construction, il y a fort à parier qu’il s’agissait alors d’un mausolée bien plus que d’une basilique au sens propre du terme.
Néanmoins, son vieux maître le lui avait promis, son épiscopat ne serait pas de tout repos… et force est de constater qu’il versait dans l’euphémisme en lui faisant cette confidence. Effectivement, après les accusations portées par les moines, fidèles à Martin, lors du Concile de Turin en 398, qui ne firent apparemment que reprendre les précédents faits rapportés par Sulpice Sévère, les événements eux-mêmes tournèrent bientôt aux troubles les plus graves. Après la mort de Théodose en 395, les frontières avaient de plus en plus de mal à contenir les flux migratoires, ces barbares qui ne pensent alors qu’à se ruer à l’assaut des dépouilles d’un Empire Romain bien malade. Une première armée importante, principalement constituée de Vandales franchit le Rhin en 406 sans qu’aucune légion pût leur faire barrage et dévasta une bonne partie de la Gaule durant les deux années qui suivirent. Constantin III évacue ses troupes de Bretagne et abandonne l’île aux Saxons…
Au milieu de ce contexte pour le moins animé, la suite des événements nous est connue avec moins de certitude puisqu’elle n’est plus relatée que par Grégoire de Tours qui, sans être très éloigné chronologiquement des faits, les relate avec un décalage d’environ un siècle et demi, ce qui nuit forcément à la précision de son récit, voire à l’exactitude de tout ou partie de celui-ci. Pour autant nous n’avons d’autre choix que de le suivre puisqu’il est notre seule source pour relater ces faits à défaut d’en avoir été un témoin oculaire.
D’après Grégoire de Tours donc, Brice, dans la trente-troisième année de son épiscopat, ce qui correspond donc à l’année 430, fut accusé par le peuple de Tours, d’avoir mis enceinte l’une de ses religieuses qui venait de mettre au monde une petite fille. S’en serait alors suivi une véritable insurrection populaire et Brice aurait échappé de peu à la lapidation. Mais gardant son sang froid, il aurait demandé à ce qu’on lui apportât l’enfant en question. Une fois devant le nourrisson, à peine âgé de trente jours, il le somma de dire à la foule si oui ou non il était son fils. Devant les témoins médusés, l’enfant aurait alors répondu « Non vous n’êtes pas mon père ». Mais loin de s’en tirer avec ce miracle, Brice dut continuer de subir la fureur de ses administrés ; face à ce phénomène inexplicable on l’accusa en effet de pratiquer la magie.
L’épreuve des charbons ardents n’y changea rien et presque aussitôt on le chassa de son siège et on mit à sa place un certain Justinien qu’ils chargèrent de poursuivre Brice, lequel avait quitté la ville pour Rome, et de « faire ce qu’il avait à faire ». Malheureusement pour lui, Justinien n’eut pas le loisir de mettre à exécution cette basse besogne ; arrivé à Verceil, en Italie, il rendit le dernier souffle. La nouvelle étant parvenue à Tours, Armence fut élevé sur le trône à sa place.
Entre temps Brice était parvenu à Rome où il se mit sous la protection du souverain pontife, auprès duquel il demeura sept ans. Après avoir expié ses fautes et fait repentance, le pape le laissa repartir pour reprendre ses fonctions à Tours. Avant d’entrer dans la ville, il commença par s’établir à Montlouis. C’est là qu’une vision lui révéla la mort d’Armence que la fièvre avait emporté. Une fois ce dernier inhumé, Brice put reprendre son trône épiscopal, qu’il conserva encore sept ans avant que la mort ne l’emporte à son tour « dans la quarante-septième année de son épiscopat » ; il fut alors enterré dans la petite basilique qu’il avait fait élever, près du corps de celui qu’il avait tant critiqué. En 580, Grégoire de Tours fit transférer ses reliques à Clermont. Il est depuis le patron des juges.

Saint Brice.
En dépit d’une réputation pour le moins sulfureuse et d’un épiscopat constamment sujet à diverses difficultés, étonnamment, le souvenir de Brice est resté celui d’un saint ; et il semble que son culte, bien que sans aucune comparaison possible à celui de son illustre prédécesseur, ait été, et demeure relativement étendu. Bien qu’aucune étude ne semble avoir été réalisée sur cette question, un petit nombre d’églises, de paroisses et de communes semblent avoir été mises sous son patronage.
On ne s’étonnera pas de lui trouver ainsi une chapelle à Montlouis, là même où il avait fait étape à son retour d’Italie et avait reçu la vision de son rival Armence, terrassé par la fièvre.
Au-delà de la région tourangelle, on trouve différents édifices, paroisses ou communes Saint Brice en Ile-et-Vilaine, dans la Marne, l’Orne, la Haute-Vienne, le Val d’Oise, la Manche, la Charente, la Haute-Garonne, le Languedoc-Roussillon et même jusque dans le canton de Berne, en Suisse.
En l’absence d’étude globale sérieuse, il est difficile de tirer des conclusions de ces recensements, néanmoins il est potentiellement intéressant de constater que la plupart des lieux concernés se situent tout de même essentiellement dans la partie septentrionale de l’Hexagone, plus ou moins proche de Tours ; c’est notamment le cas de Saint-Brisson-sur-Loire et de son église, situés – originellement du moins – en bord de Loire, à environ 180 km en amont du fleuve.
De saint Brice à Saint-Brisson
S’il faut en croire la légende, uniquement orale – et nous serions tenté d’ajouter peu originale – le village aurait pris ce nom dès le Ve siècle, Brice, en route pour Rome aurait en effet évangélisé au passage la population du coteau demeurée païenne. Or une question nous brûle aussitôt les lèvres : que serait venu fabriquer l’évêque déchu à cet endroit alors que son but était de se rendre à Rome – et tant qu’à faire compte tenu de la distance et des moyens de locomotion, par le chemin le plus court – pour trouver le souverain pontife ?
On se souvient par ailleurs que les Tourangeaux avaient lancé son usurpateur de successeur Justinien à sa poursuite avec pour mission de l’assassiner ; il n’avait donc pas de temps à perdre à faire du tourisme, et Saint-Brisson représentait pour lui un détour de 200km par rapport à la route qu’il aurait dû emprunter de Tours à Rome. On voit qu’il y a là un véritable problème. Au demeurant si Martin fit largement acte d’évangélisation durant sa vie, multipliant les déplacements dans ce but, y compris hors et très au-delà des frontières de son diocèse, il ne semble pas en avoir été ainsi pour son successeur dont le seul grand voyage paraît avoir été son séjour en Italie. Quid alors de ce vocable donné à l’église du bourg ?
La réponse à cette question réside probablement précisément là : l’église du bourg. L’église de Saint-Brisson, à la fois paroissiale et priorale, a été élevée par des moines de l’abbaye de Fleury (actuelle abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire), établis dans un prieuré au nord de l’édifice, entre les années 1120 et 1170, remplaçant un précédent édifice probablement en bois.
Le prieuré Notre Dame, dont la date de fondation reste inconnue à ce jour avait été donné à l’abbaye de Fleury vers 1060 par Robert, seigneur de l’époque. Cette donation était la première d’une telle importance depuis la mort de l’illustre abbé Abbon. Ce personnage qui fut avec Gerbert d’Aurillac et Odilon de Mercoeur l’un des trois grands esprits de son temps avait fait de Fleury le premier des monastères et le plus grand centre de culture de tout l’Occident grâce à la qualité des enseignements dispensés par l’école de l’abbaye et à l’importance de sa bibliothèque. Parti calmer l’agitation qui régnait au monastère de la Reole en Aquitaine, il y meurt en martyr le 13 novembre 1004, tué d’un coup de lance. Le choc pour les moines de Saint-Benoît-sur-Loire fut immense d’avoir perdu un guide spirituel d’une telle valeur. Son biographe, Aimoin, souligne dans son récit ainsi que dans son épitaphe l’association qui est faite désormais dans le calendrier bénédictin entre saint Brice et Abbon, tous deux célébrés le 13 novembre. Le prieuré de Saint-Brisson étant la première donation de ce type faite à l’abbaye depuis cette mort illustre il est très probable qu’au moment de choisir le vocable de leur église ils penchèrent pour le saint associé à leur défunt abbé. Cette hypothèse trouve confirmation dans le fait qu’il faille attendre 1072 pour qu’un document officiel – en l’occurrence une bulle pontificale d’Alexandre II – fasse mention du nom de Saint-Brisson pour la première fois. On ignore encore pour l’heure comment se nommait ce lieu avant l’arrivée des moines de Fleury ; peut-être un document concernant le prieuré ou plus sûrement la famille seigneuriale nous l’apprendra-t-il un jour…
Saint-Brisson-sur-Loire, priorale Saint-Pierre-et-Saint-Brice, XIIe-XVIe-XIXe siècles.
Brice de Tours, personnage controversé qui demeure auréolé de mystère 1500 ans après sa mort ne vint donc probablement jamais sur le coteau saint-brissonnais ; il ne fit jamais de surf en combinaison jaune, quant à ses reliques, que les révolutionnaires clermontois ne manquèrent assurément pas de détruire consciencieusement, elles nous rappellent les préceptes d’un autre Brice clermontois célèbre et au moins aussi controversé : « Un auvergnat ça va, c’est quand il y en a plusieurs que ça pose des problèmes… »
06 avril 2010
Pâques dans les Très Riches Heures

La crucifixion, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, XVe siècle.
05 avril 2010
La saison des amours est arrivée!

Après les fastes de la cour, la vie et le labeur des sujets du duc, le calendrier des frères de Limbourg nous présente l’installation d’un printemps placé sous le signe de l’amour courtois, Moyen Age oblige.
Après un hiver assez terne, les couleurs vives sont de retour dans la composition ; elles soulignent autant le retour du soleil et du foisonnement coloré de la nature environnante que la puissance du commanditaire.
Le premier plan, divisé en trois parties, présente du côté gauche une scène galante tandis que la partie centrale est consacrée à la cueillette des fleurs qui éclosent un peu partout en ce mois d’avril ; enfin la partie droite est occupée par un haut bâtiment couronné d’un crénelage et précédant un verger.
Cinq personnages forment le groupe de la partie gauche. Le couple principal dans lequel il faut probablement reconnaître Charles d’Orléans et Bonne d’Armagnac, petite-fille de Jean de Berry échangent un anneau, évocation de leurs fiançailles célébrées le 18 avril 1410… à Gien !
Les personnages sont ici hiérarchisés. Charles d’Orléans se détache ainsi du groupe par son vêtement, d’un bleu éclatant et semé de couronnes stylisées, allusion à son rang princier. Le bleu détrône désormais la pourpre, en vogue depuis l’époque romaine dans les hautes sphères de la société chez les laïques. Les différentes nuances du rouge, le vert, le blanc et le jaune sont également en vogue mais le bleu est de loin la couleur la plus raffinée et la plus prisée qui permet ici de reconnaître au premier coup d’œil le personnage le plus important de la miniature.
On note ici le remarquable travail réalisé par l’artiste pour mettre en valeur et retranscrire les expressions des personnages. L’amoureux regarde affectueusement sa belle qui baisse les yeux comme l’exigent les convenances. Etonnamment il est fait peu de cas chez la plupart des observateurs des deux témoins présents à leurs côtés dont la pose et les regards qu’ils échangent, emplis de tendresse, en disent long sur les sentiments qui les lient l’un à l’autre.
Plus petit que les quatre autres personnages et en marge de la scène, un fou égaye le tableau.
Le centre de ce premier plan est occupé par deux suivantes, affairées à la cueillette de fleurs, comme l’arrivée du printemps y invite. On remarque dans cette miniature que le costume masculin, certes encore fait de tissus longs et amples se distingue désormais nettement de son homologue féminin. Coupes, chapeaux et coiffures sont à la mode du temps ce qui forme visuellement un marqueur social. La houppelande portée par la femme en rose notamment apparaît vers 1390 et sera en usage jusque vers 1440. Contrairement à celle que portent les hommes, la houppelande féminine n’est pas ouverte sur le devant ni fendue latéralement et la ceinture, nouée dans le dos se porte haut, juste sous les seins. Les cheveux sont coiffés vers l’arrière, tirés ou lâches dans le dos, dégageant les oreilles et le front, une mode qui s’accentuera encore à la Renaissance.
Dans le tiers droit de l’image se trouve la représentation du verger seigneurial. Clos de murs il est pourtant situé en dehors de l’enceinte du château comme le veut l’usage. Il lui procure des fruits, ainsi que des légumes grâce aux carrés de potager, sans oublier les herbes aromatiques et les plantes textiles et médicinales. Le verger est à la fois un garde-manger et une pharmacie pour son propriétaire.
Enfin l’arrière plan, le sommet de la miniature est, comme à l’accoutumée occupé par un château. Ici les auteurs ne sont pas unanimes quant à son identité, s’agit-il de Dourdan, détruit en 1411 ou du château de Pierrefonds, propriété de Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI et père de Charles, notre amoureux à la bague et personnage principal en ce mois d’avril ?
En tout cas voilà un couple princier pour qui le Haut Berry Giennois n’était pas terra icognita, ils avaient au minimum eu tout loisir d’en admirer les rives depuis les hauteurs de Gien en ce 18 avril 1410 qui scella leurs fiançailles. Une question demeure : ont-ils eu beau temps ? En avril dans le giennois… rien n’est moins sûr…












