Un triste anniversaire

Il y a un an, jour pour jour, étaient dispersées les collections du château de Saint-Brisson-sur-Loire. Alors que le monument a rouvert ses portes au public au mois de juin, désormais propriété de M. Lancelot Guyot (SCI Tous au château); pour tous les amoureux du patrimoine, plus encore pour les membres de l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson (ACSB), le traumatisme est intact. Rien ne nous avait préparé à cela. Rien car nous partions tous du principe que ce monument, propriété de la commune, à laquelle sa dernière propriétaire l'avait légué en 1987, était un sanctuaire; et que ses collections, comme toutes les collections muséales de France, étaient et demeureraient inaliénables. Mais c'était sans compter sur la méchanceté, la bêtise crasse, insondable, l'acharnement destructeur et la rapacité de certains décideurs.

Le château de Saint-Brisson, vu depuis le coteau de la rive droite (photo : A. Estienne).

Comme je l'évoquais dans un précédent billet, faisant immédiatement suite à cette vente de la honte, avec l'ACSB et quelques passionnés, nous avons tenté, avec des moyens somme toute bien limités, de sauver du naufrage ce que nous pouvions. Je ne sais pas combien de pièces au juste ont disparu ce jour-là. Nous ne le saurons probablement jamais. 

Pour comble de malheur, les pièces de la collection étaient si nombreuses et diverses (pensons à la vaisselle, à l'argenterie, à tous les très nombreux bibelots), que nous n'en possédons pas un inventaire photographique exhaustif. Du reste, les clichés dont nous disposons sont rarement de très bonne qualité. Néanmoins ils existent. 

Avec ce triste anniversaire, et alors que nous sommes tous encore sonnés par ce qui est arrivé, je me demandais quoi faire. Quoi faire maintenant. J'ai un début de réponse avec ces quelques clichés. Je me propose donc de vous présenter chaque année à cette date anniversaire, un billet consacré à une ou plusieurs pièces de la collection Saint-Brisson, en grande partie disparue durant ces trois jours maudits, 4,5 et 6 octobre 2015.

Le coffret d'Anna Séguier

Le premier objet que je souhaitais vous faire découvrir est un petit coffret. Ce petit coffret a longtemps été présenté dans le cabinet de toilette de Madame la marquise, au premier étage de l'aile nord-est, néo-Renaissance. 

 

Le coffret en situation dans le cabinet de toilette du premier étage (photo : A.C.S.B.).

 

Cet élégant petit coffret en bois gaîné de cuir havane imitait la forme des grandes malles de voyage en usage dans la haute société au XIXe siècle. 

Couvercle du coffret aux initiales d'Anna Séguier (photo : A.C.S.B.).

 

Sur le cuir de son couvercle, entre deux sangles factices, se trouvent deux initiales "A.S." que surmonte une couronne de marquis. La datation de l'objet associée à la présence de ces initiales montre qu'il appartenait à Anna Séguier, née Amelot de Chaillou (1823-1890). Elle était l'épouse de Pierre Frédéric Brigitte Séguier, dernier marquis de cette lignée (1813-1902). 

Façade principale du coffret, estampillée Buck Brothers Manufacturers, et Royal Warrant Appointment (photo : A.C.S.B).

 

Sur la face principale, ce luxueux petit coffret montre une estampille de la maison Buck Brothers Manufacturers. Au centre, on retrouve le blason de la famille royale britannique, soutenu par le lion et la licorne, ainsi que la devise "Dieu et mon droit". Les manufactures Buck frères bénéficiaient donc du Royal Warrant Appointment. Une distinction toujours en usage, et réservée aux maisons ayant fourni, cinq années durant au moins, un service d'une qualité irréprochable à la Couronne britannique.

Coffret d'Anna Séguier estampillé Buck Brothers; remarquer la soie au revers du couvercle (photo : A.C.S.B.).

 

Les parois intérieures de ce petit coffret étaient autrefois tendues de soie moirée et de velours dont seul le couvercle avait gardé le souvenir. Présenté sur cette table de toilette comme support d'une collection de barrettes et d'épingles à chapeau, cette jolie création était vraisemblablement au départ un coffret à bijoux. 

Une quête

J'ai réellement été très peiné de ne pas avoir été en mesure d'enchérir sur cet objet, mais il y avait tellement de pièces à sauver et si peu de fonds pour le faire... J'ai toujours adoré ce petit coffret qu'il m'est arrivé - très rarement et très précautionneusement - de manipuler du bout des doigts en une douzaine d'années à conduire régulièrement des visites au château de Saint-Brisson.

Nous ne disposions pas des fonds suffisants pour tout sauver, dès lors il a fallu faire des arbitrages. L'Association des Amis du Château, moi-même et une poignée de passionnés que je remercie encore une fois du fond du coeur, avons donc été obligés de privilégier les pièces qui, au milieu de toutes les autres nous ont paru les plus importantes, le niveau des enchères faisant le reste. Le but est de constituer un fonds cohérent, partagé entre ce qui a donc pu être acquis par des particuliers passionnés par le château, et ce qui l'a été par l'association. Par ailleurs, petit à petit, ce fonds est destiné autant que possible à s'enrichir afin d'espérer reconstituer un jour la collection, pièce après pièce. Une quête qui prendra des décennies.

Une bouteille à la mer

Aussi, parce qu'il faut bien commencer par quelque chose, si modeste soit ce quelque chose, je lance un appel. Si la personne qui a acquis cet objet, ce petit coffret, tombe sur ce billet de blog, je lui serais infiniment reconnaissant si elle avait la gentillesse de me contacter, par l'intermédiaire très simple de l'onglet "contacter l'auteur" ou bien via mon mail personnel : antoine.estienne@orange.fr. A défaut de lui racheter cet objet qu'elle souhaite j'imagine conserver, je souhaiterais au moins savoir ce qu'il est devenu depuis cette vente et avoir son contact à toute fin utile.

Si, par ailleurs, vous qui lisez ces lignes avez acquis un ou des objets en provenance du château de Saint-Brisson-sur-Loire lors de cette vente ou d'une vente suivante, je vous serais très obligé de la même façon si vous acceptiez de vous faire connaître. Soit directement de moi par l'intermédiaire de ce blog ou de mon mail personnel (antoine.estienne@orange.fr) ; soit de l'Association des Amis du Château de Saint-Brisson-sur-Loire. Merci infiniment par avance pour votre collaboration à ce projet. 

Union Jack

For those of us who don't speak French, I'm launching an appeal, to all bidders of the october 4, 5 & 6, 2015 auction about the château de Saint-Brisson, by Me. Jean-Claude Renard, that took place in Loire-Sologne Auction House. The association that preserved and restored the castle of Saint-Brisson during nearly 30 years (the A.C.S.B.) and me, Antoine Estienne, art historian, are trying to locate, in France and around the world, the different pieces of the collection of this castle sold these days of 2015. If you acquired one of these; please, feel free to call me through this blog (use the button "Contacter l'auteur"), or via my personnal email : antoine.estienne@orange.fr ; or to call the A.C.S.B. (Association des Amis du Château de Saint-Brisson). We are hoping for your contact, in order to know where the different pieces of this collection are conserved today. Thank you very much in advance for your collaboration in this project.

Antoine Estienne.