Le château de Saint-Brisson-sur-Loire, monument élevé dans les toutes dernières années du XIIe siècle et sans doute achevé dans les premières du XIIIe, maintes fois remanié par la suite, est l'un des monuments majeurs de la région de Gien et le plus important monument de ce petit bout de Berry qu'est le Haut Berry Giennois, nous aurons l'occasion d'étudier de plus près son cas au long de billets spécifiques.

Le château de Saint-Brisson-sur-Loire dominant le val asséché (photo A. Estienne)

Le billet de ce jour m'est dicté par l'actualité. Légué à la commune de Saint-Brisson-sur-Loire en avril 1987 par sa dernière propriétaire, Madame Anne de Ranst de Berchem (descendante de la prestigieuse famille Séguier), le château a très vite été pris en mains par une association de bénévoles, l'A.C.S.B (Association des Amis du Château de Saint-Brisson). L'acceptation de ce leg souleva déjà en son temps des oppositions au sein du conseil municipal, et un débat houleux. Quelques intellectuels d'alors souhaitant abattre ce témoin singulier et particulièrement intéressant de l'architecture militaire et palatiale du début du XIIIe siècle, afin "d'en faire des cailloux pour les chemins"... Je laisse au lecteur le soin d'apprécier la profondeur de ces propos.

Le château n'a donc jamais fait consensus à Saint-Brisson. La commune doit (oui, elle le doit, j'insiste, dans le sens où elle est redevable, si si) à Monsieur Roger Massé, son maire d'alors, le courage politique qui présida à l'acceptation de ce cadeau exceptionnel. 

Saint-Brisson, les ailes principales (nord) du château vues depuis la cour (photo A. Estienne)

La décision n'était effectivement pas simple à prendre. En effet, quand bien même l'ensemble du conseil municipal aurait montré une passion immodérée pour le patrimoine (qu'on se rassure, ceci relève bien de la plus complète fiction), la commune de Saint-Brisson-sur-Loire ne comptant que 1000 habitants et quelques entreprises (heureusement, cela lui permet de percevoir quelques taxes professionnelles), accepter le leg d'un patrimoine comme celui-ci n'était pas chose aisée étant donné bien sûr les coûts d'entretien et de fonctionnement du monument.

Mais cette décision fut prise et il faut s'en féliciter. En effet, le monument est alors légué intégralement meublé. Certes ce mobilier est très hétéroclite mais il s'avère, au fil des ans, des restaurations, des études, de plus en plus intéressant. Dans tous les cas, son principal intérêt d'ensemble est de présenter une demeure vivante, un exemple d'intérieurs aristocratiques ou grand bourgeois de la dernière moitié du XIXe siècle et des premières années du XXe.

Saint-Brisson, la salle à manger du château, classée Monument Historique depuis 1947 (photo A. Estienne)

Très vite, une association se constitua donc, l'A.C.S.B que nous évoquions plus haut, qui se donna pour but la restauration, l'ouverture au public et l'animation du site. Un but rapidement atteint puisque dès 1988 avaient lieu les toutes premières visites du château. Quatre pièces étaient alors proposées au regard des visiteurs. Un quart de siècle plus tard ce sont 14 pièces meublées et restaurées qui s'offrent au public, ainsi qu'une salle de concerts (et son piano Yamaha demi queue acquis par l'association) et ses dépendances qui à elles seules représentent l'ensemble du 2e étage de l'édifice, et depuis 1991, les machines de guerre médiévales, reproductions fidèles et fonctionnelles de machines de siège du XIIe au XVIe siècle, acquises par l'association auprès du spécialiste mondial de la question, chercheur et charpentier, Renaud Beffeyte. Les démonstrations de tirs à boulets réels, uniques en France, attirant chaque années de 5 à 10.000 curieux.

Les années passent et le site devient incontournable au plan macro-régional, tant au plan touristique qu'au plan culturel. Chaque saison, outre les visites du château qui attirent plus de 10.000 visiteurs à elles seules (auxquelles il convient donc d'ajouter un chiffre voisin aux démonstrations de tirs), le site accueille expositions d'art, représentations théâtrales et concerts d'une qualité sans pareille au plan régional. On compte des noms tels que Yuri Buenaventura, Otis Taylor, Marcus Miller, Didier Lockwood, Stacey Kent, Richard Galliano, ou le Zoulou Blanc, Johnny Clegg, et bien d'autres, pardon à ceux que j'oublie ici. Jusqu'à un millier de spectateurs se réunissent pour assister à ces concerts dans la cour du château.

Saint Brisson, les machines de guerre dans les fossés du château (photo A. Estienne)

Oui mais voilà, en 2010 un accident grave survient lors d'une démonstration sur l'une des machines de guerre médiévales. Un tireur bénévole de l'A.C.S.B est  grièvement blessé. Heureusement il récupérera incroyablement, et, preuve de son engagement sans faille dans l'association et dans la défense de ce patrimoine, continue aujourd'hui de prêter main forte aux démonstrations de tirs. S'il lit ces lignes, qu'il sache à quel point l'association et tous ses membres lui sont redevables. Après expertise il s'avérera qu'une pièce de la machine incriminée a subi une fatigue invisible aux examens de contrôle annuels, en dépit de leur sévérité et d'un entretien serré des machines. Celles-ci nous rappellent qu'elles ne répondent à aucune norme sinon aux pratiques de leur époque, le Moyen Âge. Ce ne sont pas des jouets, mais des machines de guerre, il est vrai qu'on pourrait avoir tendance à l'oublier dans leur usage quotidien. Les mesures de sécurité et de contrôle sont alors encore renforcées, la machine incriminée réformée.

Mais la municipalité exige désormais, afin de se couvrir en termes de responsabilités, qu'une délégation de service public (DSP) soit mise en place afin de se dédouaner en cas de nouvel accident, et afin de limiter ses investissements sur le monument. Cette décision brutale, prise alors sans véritable concertation, plonge l'association de bénévoles oeuvrant brillamment depuis 23 ans à la sauvegarde et à la valorisation du site dans un profond désarroi. A juste titre les bénévoles se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. Pourtant ils décident de s'entêter. Parce que le site le mérite bien, parce que c'est une aventure humaine de près d'un quart de siècle et parce qu'il est inconcevable que ces milliers d'heures de travail, ces efforts consentis jour après jour, année après année par tous les membres de l'association et par ses deux salariées sous la direction d'Angeline Bailly, directrice du site employée par la commune, soient jetés ainsi aux orties. 

Château de Saint-Brisson, un angle de la bibliothèque (photo A. Estienne)

L'association dépose donc un dossier et remporte la DSP pour les trois années suivantes. Mais elle devra supporter tous les coûts, à commencer par l'ensemble de la masse salariale du site puisque la commune détache son employée dans le cadre de la délégation. Elle ne devra compter que sur une subvention annuelle d'une vingtaine de milliers d'euros, et sur les recettes engendrées par ses activités de visite, de démonstrations de tirs et d'événementiel. En somme, il s'agit de transformer une association de bénévoles dévoués, désintéressés en termes financiers, et le château, en une entreprise devant à tout prix dégager des bénéfices ou mourir.

On voit ce que cette façon de raisonner a d'absurde. On ne peut penser en termes de rentabilité avec la culture. On peut y tendre, bien sûr, le but n'est pas de creuser des déficits pour le seul plaisir de creuser des déficits, mais ça ne peut pas être la raison finale de tout. Et encore bien moins lorsque l'on refuse d'engager les investissements qui permettraient peut-être d'atteindre cette rentabilité. L'investissement et la vue à moyen et long terme est pourtant l'une des bases de l'entrepreunariat me semble-t-il, mais peut-être ai-je raté quelque chose... 

Bref. Après trois années passées à tenir coûte que coûte la barre du navire, l'association, malgré une gestion rigoureuse et des efforts continus, a vu son déficit se creuser et ses réserves financières s'épuiser. Mais de quoi parlons-nous ? Nous parlons d'un déficit de fonctionnement annuel de 15 à 30.000 euros ! Que chacun se rende compte du ridicule de la somme, rapporté aux investissements publics réalisés quotidiennement ! Quand le moindre rond point coûte entre 300.000 et 2 millions d'euros ! Pour ne donner que ce seul exemple. On pourra dès lors souligner le mérite de l'association qui, tout en assumant la masse salariale de trois employées, l'entretien du site et son fonctionnement quotidien, arrive à limiter son déficit à cela ! 

Mais, malgré un déficit de fonctionnement objectivement faible, l'association est obligée de jeter l'éponge. Elle n'a en effet pas les moyens de se substituer seule aux pouvoirs publics, ce qui n'a d'ailleurs jamais été son ambition. S'engager dans une nouvelle Délégation de Service Public, sans perspectives d'investissements permettant de dégager de nouvelles recettes pour le site, avec une trésorerie à sec, relèverait du suicide. Surtout que cette fois il s'agissait de s'engager pour 8 ans ! L'association a donc décidé de ne pas répondre à l'appel à candidatures lancé par la municipalité de Saint-Brisson-sur-Loire dans le cadre de la mise en place de cette nouvelle DSP.

Château de Saint-Brisson, le grand comble de la fin du XVIe siècle (photo A. Estienne)

Personne n'ayant répondu à l'appel à candidatures, comme on pouvait s'y attendre, la balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics. On ne peut contredire la position de la commune de Saint-Brisson lorsque celle-ci fait remarquer qu'elle ne pourra assumer seule la gestion, le fonctionnement, l'entretien du site. C'est à notre avis une évidence. L'avenir du château se joue donc dans les échelons supérieurs. La communauté des communes giennoises, le conseil général, voire le conseil régional.

Seules ces collectivités ont les moyens d'offrir au site un véritable avenir, un avenir qui, si les bonnes décisions sont prises, si les bons investissements sont consentis, peut se traduire par un équilibre financier et même peut-être par des bénéfices. 

Une fois n'est pas coutume, je vais parler de moi. Je m'appelle Antoine Estienne (alias le guide-conf), je suis historien de l'art médiéviste, diplômé de Master 2 à l'Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand II, guide-conférencier des Villes et Pays d'Art et d'Histoire, agréé par le ministère de la Culture. J'ai travaillé dans d'assez nombreuses structures après avoir débuté comme guide bénévole et présentateur des démonstrations de tirs de machines de guerre médiévales au château de Saint-Brisson-sur-Loire. Je suis l'auteur d'un mémoire universitaire de 2e cycle, sanctionnant mon master 2, sur le château de Saint-Brisson et trois autres monuments de la commune auxquels je n'ai pas cessé de m'intéresser depuis lors. C'est donc peu dire si je connais bien le site dont il est question ici. 

Depuis des années je réfléchis à ce qu'il pourrait devenir si de véritables efforts financiers étaient déployés à son profit. A l'heure où son avenir pose question, je le dis aux pouvoirs publics : je suis à la recherche d'un emploi, et de quoi pourrais-je davantage rêver qu'un poste au sein d'une équipe dirigeante chargée de la valorisation du château de Saint-Brisson ? 

Je connais ce territoire et j'y suis connu et reconnu également depuis des années que je m'y implique dans le domaine patrimonial. Je dispose d'une vue générale, je connais le site lui-même et ses acteurs. J'y ai travaillé. Je connais les sites qui l'entourent et de nombreux acteurs locaux de la culture et du tourisme. Je connais les difficultés et les enjeux; je possède de bonnes facultés d'analyse, un sens du relationnel qui se montrerait précieux dans bien des domaines, notamment en ce qui concerne le "fundraising", s'il me faut employer une expression américaine à la mode, autrement dit la recherche de fonds par le biais du mécénat. J'ai des idées et de l'énergie à revendre et la fameuse "vue d'ensemble".

Mais tout cela ne sert définitivement à rien si vous ne m'embauchez pas.

Il va donc sans dire mais mieux encore en le disant que je pose ici officiellement et publiquement ma candidature à un poste au sein d'une éventuelle future nouvelle équipe du château de Saint-Brisson-sur-Loire et je suis à la disposition des élus qui souhaiteraient en parler avec moi. 

Ce blog n'a jamais été créé dans le but de me servir de pancarte publicitaire, mais dans ce cas précis, j'espère que mes lecteurs me pardonneront de l'utiliser afin de faire connaître aux collectivités et à leurs élus ma candidature à un tel poste dans la perspective des changements qui s'annoncent sur le site.

 

Vous trouverez ci-dessous reproduit l'article de la République du Centre se faisant l'écho de ces dernières informations saint-brissonnaises.

article Rèp Saint Brisson 08082014

 

Antoine Estienne.