Qu'on se rassure tout de suite, la malbouffe sauce US a certes largement essaimé mais ce n'est pas pour vous signaler l'ouverture prochaine d'un "nourriture rapide" (préservons notre langue) à Beaulieu que j'écris ce nouveau billet. Loin du clown filiforme et coloré, le MacDonald dont il va être ici question, pair de France, fut rien moins que l'un des plus brillants officiers des armées napoléoniennes.

C'est l'un des lots d'une vente aux enchères publiques, organisée par la maison Orsenat à Fontainebleau ce dimanche 17 novembre, intitulée "L'Empire à Fontainebleau", qui m'a incité à évoquer ce personnage en guise de premier billet d'automne sur Historivegauche. Par une sympathique coïncidence, ce jour du 13 novembre 2013 correspond à l'anniversaire de sa naissance, il y a 248 ans.

Né à Sedan (18 rue du Ménil, à l'hôtel des Trois Rois) le 13 novembre 1765, Etienne-Jacques-Joseph-Alexandre MacDonald a pour père, Neil MacEachen of Howbeg (1719-1788, il prendra plus tard le nom de MacDonald), lui-même un brillant général de l'armée écossaise. Une vingtaine d'années auparavant il a personnellement couvert la fuite de Charles-Edouard Stuart, prétendant au trône d'Ecosse à la tête d'un soulèvement armé contre l'Angleterre, défait à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. Lui-même contraint à l'exil, de confession jacobite, il finit par rejoindre un petit groupe de ses co-religionnaires établis à Sancerre et s'y fixe avec sa femme, Marie-Alexandrine Gonaut, et ses enfants en 1767. Etienne a deux ans et le Haut-Berry devient dès lors sa terre d'adoption.

 

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Etienne-Jacques-Joseph-Alexandre MacDonald en 1792, par Louis-Etienne Rioult, 1834.

 

Après des études au collège de Sancerre où il est interne, le jeune homme, perpétuant la tradition familiale, intègre l'école militaire de Douai et dès 1784 (il n'a que 19 ans) rejoint le régiment irlandais du comte Arthur de Dillon (1750-1794) et sert en Hollande sous les ordres du général Maillebois.

 

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Arthur, comte de Dillon par Jean-Hilaire Belloc, 1834.

 

Le jeune MacDonald connaît une ascension rapide. En 1787, il n'a que 22 ans quand est fait sous-lieutenant et n'en a qu'à peine 27 à Jemmapes le 7 novembre 1792 lorsqu'il reçoit le grade de colonel. Un an plus tôt, alors qu'il venait d'être promu lieutenant, il avait épousé en premières noces Marie Constance de Monloisir qui lui donnera deux filles, Anne et Adèle. C'est l'époque des guerres révolutionnaires. Général en 1793, à la tête de l'avant-garde du général Pichegru, il capture la flotte hollandaise prise dans les glaces ce qui lui vaut d'être fait général de division.

 

Général Jean-Charles Pichegru (1761-1804)

Général Jean-Charles Pichegru (1751-1804)

 

Après avoir fait partie des armées du Rhin et d'Italie, il obtient le commandement des troupes françaises à Rome en 1798. Menacé par une armée autrichienne 13 fois supérieure en nombre à la sienne, il doit évacuer mais parvient néanmois à défaire l'ennemi à Porto-Ferro et Civita-Castellana et à redevenir maître de la ville. Ayant récupéré le commandement de l'armée de Naples en février 1799, le Directoire lui ordonne d'évacuer au printemps. Rassemblant dans sa retraite toutes les unités dispersées, il attaque l'ennemi trop tôt et en état d'infériorité numérique (35.000 contre 50.000). La bataille de La Trébie dure 3 jours (17-19 juin 1799) au bout desquels MacDonald, blessé plusieurs fois, est défait et contraint de quitter l'Italie pour la France où il prend le commandement des compagnies stationnées à Versailles, position qui lui permet d'appuyer le coup d'Etat de Bonaparte, le 18 brumaire.

 Après avoir commandé quelque temps l'armée de réserve des Grisons et avoir pris part à la bataille de Marengo (14 juin 1800), il est nommé ministre plénipotentiaire (autrement dit ambassadeur) au Danemark de 1801 à 1803. C'est à cette époque qu'il se remarie après la mort de sa première épouse, Marie Constance de Monloisir, en 1797. En 1802 il prend donc pour femme Félicité Françoise de Montholon. De cette union naît rapidement une fille, Sidonie. Ses anciens officiers supérieurs Pichegru et Moreau accusés de complot contre l'Empereur, MacDonald partage leur disgrâce aux yeux d'un empereur sous les ordres directs duquel il n'a encore jamais servi. De surcroît il a pris la défense de Moreau. Il demeure néanmoins gouverneur de la 7e région de Bourges. Son "exil" se fera donc en Haut Berry, cette terre qui l'a vu grandir. Mais comme un malheur n'arrive jamais seul, il perd sa seconde épouse, après seulement deux ans de mariage. En 1806, il fait l'acquisition du château de Courcelles-le-Roy, sur la commune de Beaulieu-sur-Loire et s'y installe en famille.

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Carte postale ancienne présentant le château de Courcelles-le-Roy, propriété d'Etienne MacDonald de 1816 à 1840.

Rappelé par Napoléon en 1809 pour combattre la coalition européenne reformée par l'Autriche, son action et celle de ses troupes à Wagram (5-6 juillet 1809) emportera la victoire. Napoléon le fait maréchal d'Empire sur le champ de bataille, en récompense de son action décisive et de son exceptionnelle bravoure. Elevé au titre de duc de Tarente l'année suivante, il prend le commandement d'armées en Espagne puis en Russie en 1812 et prend part aux batailles de Lützen, Bautzen et Leipzig. L'armée impériale doit battre en retraite après avoir essuyé de lourdes pertes mais avec la consolation d'en avoir infligé encore bien davantage aux prussiens pourtant en nette supériorité numérique. Mais le pont de Leipzig dont la destruction devait couvrir la retraite des troupes des Français saute trop tôt et MacDonald, bloqué dans la ville avec ses troupes, doit traverser la rivière Elster à la nage avec ses hommes. Blessé, le maréchal Poniatowski se noie en tentant de les imiter.

 

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MacDonald dans ses habits de maréchal, portraituré par le baron Gérard (1770-1837).

 

Durant la campagne de France, en 1814, MacDonald commande l'aile gauche de l'armée impériale. Il portera personnellement l'acte d'abdication de l'Empereur au Tsar. Louis XVIII le fait pair de France. Désireux de se battre durant les Cent Jours mais ne voulant pas avoir à choisir entre son roi et son empereur, il réintègre l'armée au rang de simple grenadier de la garde impériale !

Après la défaite de Waterloo le 2 juillet 1815 et la seconde restauration, Louis XVIII l'élève au rang de Grand Chancelier de la Légion d'Honneur. Il le restera jusqu'en 1831. Major-Général de la Garde Royale, ministre d'Etat, il est également membre du Conseil Privé du roi. En 1816 il se remarie avec Ernestine Thérèse Gasparine, fille du diplomate Jean-François de Bourgoing qui lui donne un fils, Louis Marie Alexandre Charles.

Comme beaucoup de personnages éminents, il mit un point d'honneur à s'impliquer dans la vie de la commune de Beaulieu-sur-Loire où il avait choisi de s'établir,  à mi-chemin entre Gien et Sancerre. Conseiller municipal, il fit preuve d'un certain évergétisme. Outre son portail actuel, la vaste église de la commune (nous en reparlerons) lui doit ses grilles de choeur en fer forgé marquées de son chiffre et une huile sur toile "Concert des anges à la Sainte Famille" visible dans la chapelle Saint-Roch. Il s'éteignit à Beaulieu, en son château de Courcelles-le-Roy, le 25 septembre 1840 à l'âge de 75 ans et fut inhumé en grande pompe dans la capitale, au cimetière du Père Lachaise laissant son nom sur l'arc de triomphe de l'Etoile tandis qu'une plaque très simple commémore son action dans l'église de Beaulieu.

 

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L'église de Beaulieu-sur-Loire et son portail dû au maréchal MacDonald.

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Concert d'Anges à la Sainte Famille, don du maréchal MacDonald à l'église de Beaulieu-sur-Loire.

 

Je ne saurais dire ce qu'ornait l'élément de broderie mis en vente ce week end à Fontainebleau, dont vous voyez ci-dessous la photographie présente sur le site www.interenchères.com qui relaie l'information. La pièce est cependant intéressante, en bel état de conservation apparent et aurait appartenu personnellement à MacDonald. Je place ci-dessous le lien direct vers l'objet en question sur le site interenchères. Pour les personnes qui pourraient se montrer intéressées j'ignore à quel montant se fera la mise à prix, mais l'estimation donnée sur le site internet s'élève à 1200 €. Une somme certes confortable mais l'objet, surtout dans cet état est plutôt rare. Au cas où une telle somme ne vous ferait pas frémir, sachez que vous pouvez enchérir par téléphone ou laisser un ordre d'achat via le site internet interenchères. Avis aux collectionneurs, bonnes enchères et à bientôt.

 

IMPORTANTE BRODERIE EN FORT RELIEF AUX « ARMES SOUS COURONNE »

Grande broderie mise en vente ce dimanche 17 novembre 2011 à Fontainebleau. On y reconnaît les attributs du maréchalat et le grand collier de Chancelier de la Légion d'honneur ce qui semble bien désigner le maréchal MacDonald.

 

Ci-dessous le lien direct vers l'objet concerné au sein des lots de la vente du 17 novembre "L'Empire à Fontainebleau" : 

http://www.interencheres.com/fr/resultats-lots?r%5Bkeyword%5D=marechal+macdonald&r%5BmoteurLocalisation%5D=&r%5BmoteurRadius%5D=50&r%5Bch_minMoteur%5D=&r%5Bch_maxMoteur%5D=&r%5Bmoteur_dateDu%5D=jj%2Fmm%2Faaaa&r%5Bmoteur_dateAu%5D=jj%2Fmm%2Faaaa&r%5BTrie%5D=nom_tri+asc