On l'oublie souvent mais pour "fonctionner" une église (avec un e minuscule) avait autrefois besoin de revenus propres. Outre la dîme qui, rappelons-le était à l'origine destinée à rémunérer le desservant mais qui fut souvent captée par les seigneurs laïcs en même temps que les cures et jamais restituée dans un grand nombre de cas ou seulement partiellement, et ce même après la réforme grégorienne (XIe siècle) dont les effets furent particulièrement précoces en Berry; la fabrique, conseil constitué de clercs et de paroissiens (les fabriciens aussi appelés marguilliers) nommés pour administrer le temporel de la paroisse, pourvoyait jusqu'en 1905 (et actuellement encore dans les pays concordataires), tant bien que mal souvent, à la fourniture de ce numéraire. Les fabriques possédaient en général quelques terres qu'elles mettaient en location ou dont elles tiraient bénéfice par tel ou tel moyen, fournissant ainsi, mais pas toujours, l'argent nécessaire à l'entretien de l'église, de son luminaire et de ses ornements;  faute de quoi les paroissiens étaient mis à contribution, ce qui n'allait pas sans heurts ou grincements de dents car il ne faudrait pas prendre nos aïeux pour d'invétérés dévôts. A Saint-Brisson-sur-Loire, c'est à cela que servaient les "Noix de la Bonne Dame". 

Augustin Berton, curé de Saint-Brisson-sur-Loire dans les premières années du XXe siècle et dont nous aurons assurément l'occasion de reparler, évoque cette source de revenus au nom curieux en page 123 de son ouvrage La vie communale dans le marquisat de Saint-Brisson. Aujourd'hui encore le territoire communal de Saint-Brisson présente de nombreux noyers et le ramassage de leurs fruits est un sport fort prisé de certains aux premiers jours de l'automne. Il semble que cette tradition remonte loin en arrière, tout au moins sur les terres de la fabrique qui possédait les terrains autour de l'église, nous dit le curé Berton, évoquant en fait les seuls terrains situés derrière le chevet et descendant du coteau en direction du val, le long, ou peut-être même de part et d'autre, de la petite route qui serpente à partir de l'église en direction de Saint-Firmin-sur-Loire. Le terrain, cadastré sous les numéros 283 et 284 en 1868, comme l'indique l'abbé Berton représentait un peu moins d'un hectare de superficie (6188m² + 2238m² soit 8426m²).

 

Fenêtre Est, ancien clocher église de Saint Brisson 28 11 2006 009

Le secteur de la Bonne-Dame vu depuis l'ancien clocher de l'église au-dessus de la croisée de transept.

Dès le compte de fabrique de 1641 les noix de la Bonne Dame apparaissent dévolues au lumignaire de la lampe d'icelle paroisse; comprendre ici l'entretien de la lampe du Saint-Sacrement. En 1673, les noix de l'église ont été livrées à François Sassin pour 36 mesures d'huile "laquelle a esté consommée et bruslée à l'entretenement de la lampe devant le Saint-Sacrement." L'année suivante, la fabrique vend 13 mesures pour 4 livres 11 sols à raison de 7 sols la mesure, "le surplus ayant été bruslé en la lampe qui est devant le Saint Sacrement". Un orage ayant endommagé "un noyer de l'église" en 1686, le bois est récupéré et vendu pour 6 livres.

Certaines années sont bien sûr meilleures que d'autres; ainsi en 1702 la récolte a été si maigre qu'aucune huile n'a été obtenue; une situation probablement liée à des événements météorologiques violents, peut-être un nouvel orage, puisque la même année est spécifiée la vente de bois de noyer pour la somme de 15 livres 12 sols. Mais dès l'année suivante, 77 mesures d'huiles sont recueillies "dont partie a été consommée à l'entretien de la lampe et le surplus laissé aux oyants" (le surplus est laissé aux marguilliers de l'année suivante). A compter du dernier quart du XVIIIe siècle, la fabrique jugeant sans doute le procédé plus simple, quoi que probablement moins rémunérateur, adjuge les noix de la Bonne Dame à l'encan, achetant sans doute son huile grâce au produit la vente. La tradition se perpétuera tous les 15 août, jour de la "Bonne Dame", au-delà de la Révolution puisque les terres de la fabrique saisies avec les biens d'Eglise lui seront restituées dès 1795 et le produit de la vente des noix de la Bonne Dame de 1794 réalisée par les édiles municipaux sera inscrit néanmoins sur les registres de la fabrique, non sur ceux de la ville.  Cette pratique ne cessera finalement qu'avec la disparition de la fabrique avec la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905. L'arrivée de l'électricité a depuis réglé la question de l'entretien de la lampe du Saint-Sacrement qui désormais brille à l'atome...