Autry-Cernoy-Saint Brisson 021

Au bout d'une romantique allée parée des couleurs de l'automne se dessine le porche d'entrée du Vieux Château.

Situé à l'intérieur des terres, en Pays Fort, au sud de Saint-Brisson-sur-Loire, Autry-le-Châtel est une petite commune d'un millier d'habitants appartenant à l'actuel canton de Châtillon-sur-Loire. Si le paysage de la vallée de la Loire dans la région de Gien, aux frontières de notre Haut Berry peut sembler d'une infinie platitude, il faut se méfier des apparences car au sud du fleuve, à peine passé le plateau, l'intérieur des terres se révèle autrement vallonné et l'horizon empli de doux reliefs où alternent champs cultivés et vastes étendues boisées. Le village d'Autry lui-même s'est établi dans les méandres de ces micro-reliefs comme nous le laisse entrevoir cette carte postale ancienne.

 

Autry carte ancienne

L'église et une partie du village d'Autry-le-Châtel au début du XXe siècle. Carte postale ancienne. (Image source wikipedia)

Reconstruite au XIXe siècle sans que ne subsiste à ce jour aucun descriptif ni aucune image de la précédente, l'église d'Autry domine une grande partie du petit village établi à flanc de colline et en fond de vallée.

 

Autry carte Cassini

Autry sur la carte de Cassini (fin du XVIIIe siècle).

 

Le village fut autrefois divisé en deux entités, ce dont témoigne la carte de Cassini. Il y eut Autry-le-Châtel, dont la ville actuelle prit finalement le nom, et Autry-la-Ville. Deux noms pour deux seigneuries. La première dépendant de la chatellenie de Saint-Brisson (baronnie en 1425 puis marquisat en 1654) et axée autour du Vieux Château ; la seconde relevant du Petit Château, installé en fond de vallée.

Autry vue satellite 1

Photo satellite montrant le village d'Autry établi tant bien que mal auprès de son église. Entourés de rouge, le Petit Château est installé en fond de vallée auprès du village tandis que le Vieux Château fait bande à part, entouré de bois plus à l'est.

 

Bien peu de publications mentionnent seulement l'existence d'Autry et la plupart de celles qui le font se sont focalisées autour du Petit Château; "propriété de madame de Sévigné" pour les uns, seulement lieu de villégiature de l'écrivaine pour les autres... Rappelons à toutes fins utiles que le Petit Château, autrement dit la seigneurie d'Autry-la-Ville, ne fut jamais propriété de madame de Sévigné et qu'elle y séjourna... une fois l'espace de quelques jours.

 

20 juin 2010 Rallye-Patrimoine 067

Autry, le Petit Château.


Le Vieux Château est presque unanimement ignoré; et quand un ou une auteur fait mine de s'intéresser un temps soit peu à l'un des deux monuments c'est pour ressasser aussitôt des théories vieilles de plus d'un siècle et échaffaudées sur du vide. 

Il était donc grand temps d'apporter un début de regard neuf sur l'histoire d'Autry. C'est ce que je me suis proposé de faire au fil d'un important article à paraître à la fin de ce mois dans les pages du bulletin de la Société Historique et Archéologique du Giennois (S.H.A.G). Ce n'est qu'un début - tout au moins je l'espère - car bien que modeste, le sujet n'en est pas moins complexe. Ecrire l'histoire d'Autry dans son ensemble prendra du temps et j'espère qu'il me sera donné dans un avenir proche d'y consacrer un peu du mien. Aussi, ne brûlons pas les étapes, un pas après l'autre.

A la fin de mon travail de recherche universitaire qui portait sur l'histoire de la ville de Saint-Brisson-sur-Loire et de ses monuments, je fis le constat qu'il me restait de nombreuses données inexploitées que j'avais collectées au hasard de mes investigations, des données dont une partie importante portait sur le Vieux Château d'Autry.  C'est donc par là que j'ai décidé de commencer en rassemblant ces éléments pour rédiger un article qui fasse la synthèse de toutes les connaissances que nous avions de ce monument précédemment et de celles que j'ai pu rassembler en sus, à travers la bibliographie, les archives connues et les vestiges en place.

Cet article ne résoud pas tout, ne répond pas à toutes les questions que l'on est en droit de se poser au sujet du Vieux Château et au sujet d'Autry, bien loin de là mais il propose de nouvelles données et présente de nouvelles hypothèses. Ces dernières seront peut-être aménées à être remises en cause, en partie ou en totalité dans les années à venir et au fil des nouvelles recherches qui seront engagées, par moi-même ou par d'autres. "C'est le jeu ma pov'Lucette" comme disait une publicité il y a peu, mais j'aime à croire qu'il contribuera à faire avancer d'un petit pas la connaissance, pour l'heure bien mince, que nous avons des monuments et des hommes qui peuplent ou peuplaient jadis ce petit coin de France qu'est le Haut Berry Giennois.

 

Autry-Cernoy-Saint Brisson 040

Autry, les vestiges de l'enceinte principale du Vieux Château.

 

Une fois n'est pas coutume, c'est donc le Vieux Château qui sera la vedette de cette publication tout à fait imminente. Définitivement converti en ferme à la Révolution, cet édifice dont la superficie est assez impressionnante a été peu à peu démembré, mutilé jusqu'à ce qu'une bonne partie de ses murs ait totalement disparu. Il était donc urgent de s'enquérir de lui comme de ces espèces animales ou végétales dont on sait les jours comptés. Sans déflorer le sujet de mon article que je vous invite vivement à découvrir dans les jours à venir et ce en dépit de la lourdeur de ma prose, nous pouvons dire que le Vieux Château constitue un imposant vestige d'une non moins imposante maison forte contruite entre le XIIIe et le milieu du XIVe siècle. Ce fief, relevant de la chatellenie de Saint-Brisson passa de mains en mains au fil des siècles; de Courtenay, d'Harcourt, Séguier s'y succédèrent entre autres. La tradition veut qu'il ait été partiellement ruiné une première fois par les Anglais durant la guerre de Cent Ans. Si nous ne voyons aucun empêchement à cela; nous n'avons néanmoins découvert à ce jour aucun élément qui vienne confirmer cette assertion. Certains auteurs le disent avoir été finalement mis à bas par les huguenots durant les guerres de religion d'après une pièce d'archives dont nous n'avons pour l'heure vu ni copie ni original. Là encore la plus grande circonspection s'impose car si nous savons que de nombreux édifices religieux et civils furent ruinés au cours du XVIe siècle dans les affrontements entre protestants et catholiques, nous savons aussi qu'au XVIIe siècle l'édifice était encore habitable, propriété alors de Jean Séguier puis de son fils Pierre, le fameux chancelier de France des rois Louis XIII et Louis XIV, bras droit de Richelieu puis de Mazarin, grand mécène et protecteur de l'Académie française, qui acquit le comté de Gien voisin en 1646.

 

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Pierre Séguier peint par son protégé, Charles Lebrun, peintre officiel du roi Louis XIV, musée du Louvre.

 

C'est donc un monument encore très secret dont je me propose de vous dévoiler une partie de l'histoire dans les pages du 44e bulletin de la Société Historique et Archéologique du Giennois à paraître dans quelques jours. 

 

Le guide-conf.

 

Nota bene : le 44e bulletin de la Société Historique et Archéologique du Giennois sera notamment disponible à Gien en librairie et en maison de la presse.