Saints : prêcheurs, évangélisateurs, ermites, fondateurs – ou réputés tels – d’une multitude de localités, personnages réels ou légendaires, ils ont marqué les hommes et les paysages. Pour commencer par le commencement notre découverte du Haut Berry Giennois, je vous propose de nous intéresser aux principaux saints honorés dans cette région.

Seulement connue aujourd’hui – ou presque – par quelques dames âgées, l’histoire des saints, personnages réels ou légendaires, peut s’avérer éclairante, tant pour mieux appréhender le quotidien de leurs fidèles que pour saisir l’époque et les conditions de la fondation d’un certain nombre de villes et de villages.

Avant d’observer à la loupe les saints patrons des villes et villages berrichons du sud de Gien, nous ne pouvons pas ne pas évoquer les deux saints personnages qui ont marqué le Berry de leur action évangélisatrice. Notre introduction présentera donc deux volets, le premier volet est aujourd’hui consacré à Ursin de Bourges tandis qu’un deuxième sera consacré au très populaire Martin de Tours.

            Ursin de Bourges, l’énigmatique évangélisateur du Berry

Premier évêque de Bourges, mort aux alentours de l’an 300, venu en Gaule en même temps que saint Austremoine, saint évangélisateur de l’Auvergne encore très populaire – Jacques Baudoin[1] y voit même potentiellement son disciple – Ursin fait partie de ces personnages dont l’existence est attestée mais dont seule la gloire nous est parvenue, le temps ayant effacé le souvenir exact de ses actes. Il serait arrivé seul à Bourges, son disciple, saint Just avec lequel il cheminait étant mort sur la route. Apparemment doté d’un certain charisme, il pratiqua de nombreuses conversions. Après qu’Ursin l’ait converti et baptisé son fils, le gouverneur Léocade lui fit don de sa maison qui devint la cathédrale[2].

La légende fit de saint Ursin l’un des 72 disciples gravitant autour du Christ, l’assimilant au Nathanaël de l’Evangile, il aurait fait la lecture aux apôtres durant

la Cène

et c’est saint Pierre lui-même qui l’aurait envoyé en Gaule… Evidemment les datations à elles seules décrédibilisent totalement cette version.

Découvertes en 560, ses reliques furent placées dans une église de Bourges qui prit son nom. Il n’en subsiste aujourd’hui que le tympan[3]. Durant les invasions normandes, elles sont transférées dans l’abbaye bénédictine de Vaucluse dans les monts du Jura. L’église de Cour-Saint-Maurice conserve encore quelques reliques du saint. Après avoir fait retour à Bourges, les reliques reprennent la route en 1055 pour Lisieux, prêtées à l’église Saint-Jacques dans le but d’enrayer une épidémie de mal des ardents[4].

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A gauche, E-E Viollet-le-Duc, Dictionnaire Raisonné de l'Architecture, détail du portail saint Ursin.

Le culte de ce saint touche aussi

la Bourgogne

où il est invoqué contre le « mal saint Ursin », une inflammation des jambes, Ursin ayant voyagé à pied. Près d’Autun, la chapelle de Repas le montre associé à saint Antoine et saint Roch.

Etonnamment, seules deux villes de l’Hexagone sont placées sous son patronage : Saint-Ursin (Cotentin) et La-Chapelle-Saint-Ursin, près de Bourges. Le nom d’Orsennes, dans le Berry, est également associé à ce personnage.

Pour mémoire, la vie de saint Ursin est relatée sur l’un des portails de la cathédrale de Bourges (v 1460). Il est fêté le 9 novembre ou le 29 décembre.

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A Bourges, le musée du Berry conserve une série de tapisseries du XVIe siècle relatant l'histoire de saint Ursin.

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De gauche à droite Ursin rencontrant le Christ et Ursin recueillant le sang de saint Etienne, XVIe siècle, Bourges musée du Berry.


[1] Jacques Baudoin, Le Grand Livre des Saints, Clermont-Ferrand, Créer, 2006.

[2] Cf Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

[3] Voir à ce propos ce très intéressant article sur le non moins remarquable blog : http://berry.medieval.over-blog.com/article-35366166.html

[4] Maladie mortelle due à une intoxication par l’ergot de seigle, champignon qui infecte le seigle et d’autres céréales ; on appelle aussi cette maladie feu de saint Antoine.